Mucha, maître de l’Art nouveau

Publié le 18/10/2018

Le zodiaque, 1896. Lithographie en couleur 65.7 x 48.2 cm. Prague, Fondation Mucha

Mucha Trust 2018

Éblouissantes et fascinantes de beauté, ces jeunes femmes, fleurs parmi les fleurs, exercent un attrait tout particulier. Elles témoignent de l’extraordinaire invention créatrice de Mucha, maître de l’Art nouveau.

Quel talent dans cette œuvre originale et indépendante ! En ce début de 1900, Mucha est surtout connu comme illustrateur ; en tant que peintre, il est attiré par les thèmes historiques. Il faudra une occasion particulière pour qu’il s’intéresse à l’affiche et que, grâce à ce travail, s’épanouisse son style novateur qui fera sa réputation. C’est Sarah Bernhardt qui, en 1894 lui offre sa chance ; elle joue une pièce de Victorien Sardou, Gismonda, et réclame à l’imprimeur Lemercier une affiche pour sa publicité dans les plus brefs délais. Ce dernier fait part de cette demande à l’artiste qui accepte de la réaliser ; un vrai défi, car il ne dispose que de quelques jours. Et c’est ainsi qu’il crée une composition où l’actrice apparaît hiératique, imposante dans une longue robe blanche, une branche de laurier à la main. Un affichiste exceptionnel est né dont l’œuvre n’est comparable à aucune autre. Enthousiasmée par le travail de Mucha, l’actrice signe avec lui un contrat pour décors, costumes et affiches de 6 pièces à venir.

D’origine tchèque, Mucha naît en 1860 dans une petite ville de Moldavie ; son attrait pour l’art remonte à son enfance ; il ne se démentira pas. Un échec à l’école des Beaux-Arts de Prague l’incite à partir pour Vienne, où il est engagé pour la réalisation de décors de théâtre. La chance lui sourit lorsqu’il rencontre en 1883 le comte Kuen, mécène pour lequel il réalise des peintures murales dans son château. Très satisfait de son travail, le comte lui alloue une bourse pendant 7 ans. Mucha part alors étudier 4 ans à Munich, puis se rend à Paris en 1888. La capitale est alors un fleuron artistique incontesté ; la création y est permanente et Mucha apprécie la liberté ambiante.

Gismonda, 1894. Lithographie en couleur. 216 x 74.2 cm. Fondation Mucha, Prague

Mucha Trust 2018

L’exposition reflète l’œuvre multiple de ce peintre, illustrateur, sculpteur et photographe et révèle le talent de cet artiste, sa virtuosité – dont parfois nous ne retenons que son art de l’affiche, certes immense. Il n’est d’ailleurs pas l’inventeur de cette discipline ; Jules Chéret ou Toulouse-Lautrec, pour le Moulin Rouge, sont réputés pour leur talent.

Mais Mucha apporte autre chose et donne à l’affiche ses lettres de noblesse. Dans ses compositions, courbes et contrecourbes se répondent en de gracieuses arabesques où l’on décèle parfois une influence japonisante. Les jeunes femmes au visage pur et expressif séduisent avec leur longue chevelure dorée sous la lumière les enveloppant, dessinant leur sensualité discrète, leur mystère. Elles affirment leur présence par une silhouette parfois éthérée, coiffées de fleurs évoquées par des tons doux. S’il existe dans certaines une prolifération de végétaux, le plus souvent de détails qui les surchargent, on admire le raffinement de la technique ou les effets nouveaux de la mise en page.

Les affiches de Sarah Bernhardt, dans Médée ou Lorenzaccio, la représentent seule en pied dans une sobre décoration. L’artiste aime aussi les allégories : Les Quatre saisons ou Danse et Poésie, incarnées par des jeunes femmes. Ou encore Zodiaque, un superbe profil de femme portant une tiare somptueuse comme son collier, qui témoignent de l’intérêt de l’artiste pour les bijoux.

Il est une autre inspiration chez lui ; fort attaché à son pays, il veut chanter la renaissance du peuple slave ; appelé à décorer le pavillon de la Bosnie-Herzégovine à l’Exposition de 1900, il trouve là l’occasion de concevoir un projet évoquant l’épopée slave, où il met en scène les luttes menées durant des siècles pour chasser les envahisseurs. Il mêle histoire et légendes dans ses 20 panneaux monumentaux, images de tragédies. Plusieurs études permettent d’imaginer l’œuvre définitive ; l’artiste en a fait don à sa ville de Prague.

LPA 18 Oct. 2018, n° 139v6, p.15

Référence : LPA 18 Oct. 2018, n° 139v6, p.15

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