Pauvre Bitos d’Anouilh à Hébertot : « On n’est jamais trop cruel avec les imbéciles »

Publié le 19/03/2024

À l’affiche du théâtre Hébertot en ce moment, la pièce de Jean Anouilh, « Pauvre Bitos ou le dîner de têtes », met en scène un substitut du procureur à la fin de l’épuration victime d’un traquenard orchestré par l’élite de sa ville natale. À voir ! 

Pauvre Bitos d'Anouilh à Hébertot : "On n'est jamais trop cruel avec les imbéciles"
Pauvre Bitos, de Jean Anouilh, au Théâtre Hébertot.

 

La pièce n’avait plus été jouée depuis 1967 ! Pauvre Bitos ou le dîner de têtes de Jean Anouilh se tient actuellement au Théâtre Hébertot à Paris. André Bitos est un substitut du procureur qui s’en donne à cœur joie pendant l’épuration. De retour dans sa province, ce fils du peuple est invité à dîner par l’élite locale qui nourrit le sombre projet de punir son zèle. Le prétexte est un dîner de têtes dans lequel chacun doit incarner un personnage. Ici on a choisi la Révolution française et Bitos s’est vu attribuer le rôle de… Robespierre, tandis que les autres convives incarnent Danton, Saint-Just, Camille Desmoulins, Marie-Antoinette, Antoine Mirabeau et Lucile Desmoulins. Le parallèle entre les excès de la Révolution et ceux de l’épuration est le prétexte pour Anouilh de s’interroger sur la pureté en politique.

Quand le bourreau devient victime

Maxime d’Aboville a la lourde tâche de succéder à l’immense Michel Bouquet dans le rôle de Bitos. L’ex-avocat issu d’une grande famille de la noblesse normande devenu comédien se tire à merveille de ce rôle à contre-emploi de parquetier issu du peuple. Détestable à souhait tant que l’auteur de la pièce le souhaite, il inspire peu à peu la pitié à mesure que les vengeurs deviennent plus détestables et extrémistes que le bourreau devenu leur victime. Quel professionnel de la justice serait surpris de découvrir au fil de l’intrigue la somme d’humiliations et de blessures qui a fabriqué ce petit homme raide et vindicatif ? Et c’est avec émotion qu’on l’entend décrire ce que serait son blason s’il était noble, mais nous n’en dirons pas plus.

Une pièce d’actualité

Le texte d’Anouilh, servi par d’excellents comédiens, parmi lesquels un Danton (Etienne Ménard) et un Mirabeau (Francis Lombrail) particulièrement convaincants, est mis en valeur par de très beaux costumes, une lumière esthétique et une mise en scène habile. Les dialogues contiennent leur lot d’aphorismes mémorables, comme ce magnifique « Dieu pardonnera à tout le monde, sauf aux médiocres ».  On rit à cette comédie acide, du même rire que devant Le dîner de con, avec le même embarras face à la cruauté de l’exercice, même si Anouilh nous assure qu’« On n’est jamais trop cruel avec les imbéciles ».  Certains ont vu dans la pièce à sa sortie une satire de la résistance, ce qui lui valut d’être conspuée par une large partie de la critique à gauche, tandis qu’à droite la pièce était plutôt saluée. Le public quant à lui accourut et la pièce fut un succès. Transposé à notre époque, Pauvre Bitos donne à réfléchir sur tous ceux qui, en politique, rêvent d’un monde parfait sans se soucier du prix de la liberté, ni de celui du sang. En ce sens, non seulement la pièce n’a pas pris une ride, mais on se surprend à faire d’intéressants parallèles avec l’actualité.

 

Une pièce de Jean Anouilh en collaboration avec Nicole Anouilh Mise en scène Thierry Harcourt Avec Maxime d’Aboville, Adel Djemai, Francis Lombrail, Adrien Melin, Etienne Ménard, Adina Cartianu, Clara Huet et Sybille Montagne Décors Jean-Michel Adam Lumières Laurent Béal Costumes David Belugou Musiques Tazio Caputo Assistante mise en scène Clara Huet.

Du mercredi au samedi à 19h et matinée le dimanche à 17h30.

Relâche exceptionnelle le jeudi 7 mars 2024.

Représentations exceptionnelles les mardi 5 mars, 19 mars et 2 avril 2024 à 19h.

Durée : 1h20

Réservations ici. 

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