Sergio Leone à la Cinémathèque de Paris

Publié le 14/12/2018

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Il était temps ! Sergio Leone, enfin, a son exposition en France. Il faut y courir… Sergio Leone, ce fut ce type qui, avant de tourner lui-même, fut un incontournable technicien sur quelques-uns des plus grands films américains et italiens des années 1950 et 1960. Sergio Leone, c’est surtout celui qui, avec seulement cinq films (il en a tourné plus), a inscrit son nom parmi les plus grands de l’histoire du cinéma et l’a transformée. Comment en est-il arrivé là, et que nous reste-t-il de son œuvre ? C’est à ces questions que répond cette exposition ludique.

Il était une fois l’enfance de l’art : les premiers pas nous conduisent dans le cinéma muet et d’abord vers Vincenzo Roberti, metteur en scène. On voit défiler sur le mur les portraits des réalisateurs avec lesquels Leone commence à travailler et se forge un nom en même temps qu’une sacrée expérience : Camerini, Gallone, Soldati, Bonnard… Au fait, Leone, acteur ? On revoit en souriant l’extrait où, encore mince, Leone joue le rôle d’un jeune séminariste qui vient s’abriter à côté de Lamberto Maggiorani dans une scène de Le voleur de bicyclette, de De Sica, à qui il vouait une admiration sans bornes.

Il était une fois le western : il ne faut pas rater le montage parallèle des scènes de Yojimbo, le film d’Akira Kurosawa, dont Leone s’est largement inspiré pour tourner Pour une poignée de dollars. L’exposition rappelle par ailleurs combien Leone n’a pas parodié le western hollywoodien, déjà bien en peine à l’époque où Sergio tourne ses premiers films, mais combien il lui rend hommage. D’abord au plus grand des réalisateurs du genre : John Ford. La formule « western spaghetti » a donné au western léonien ses lettres de noblesse en même temps qu’il le cantonnait à devenir un sous-genre relayé par de piteux épigones. On adore ce moment où quelques photographies de tournage montrent Leone, se sentant enfin prêt, filmant Monument Valley. Il lui fallait le niveau, disait-il. L’humilité est la marque des grands.

Il était une fois en Amérique : icônes, objets, réminiscences… Une salle est consacrée à ce film extraordinaire à plus d’un titre. Elle évoque les décors, les versions du scénario. Le côté ludique, ce sont aussi les exemplaires de quelques armes des westerns tournés, du fameux poncho qui a immortalisé Clint Eastwood en icône léonienne, jusqu’au costume porté par Robert de Niro dans Il était une fois en Amérique.

Il était une fois Morricone. Comment en serait-il autrement ? Ennio et Sergio étaient copains de classe – une photographie en atteste – et sont restés copains de cinéma. Le parcours évoque cette amitié et la présence du musicien indispensable.

Il était une fois l’humanité : on ne dira jamais assez qu’en filmant comme il filmait certaines scènes et surtout les visages et les regards des bons, des brutes, des truands et des madones, Leone parle d’abord de l’humain, avec ses fêlures, sa tendresse (on songe à Jason Robards dans Il était une fois dans l’Ouest), ses violences, ses espoirs (le regard bleu horizon de Charles Bronson), la paix enfin trouvée, ce que nous disent le regard et le sourire (celui de Robert de Niro à la toute fin d’Il était une fois en Amérique)… La grâce et l’émotion que l’on ressent à chaque vision de ses films, c’est cela même : l’humanité si brutale et si fragile.

L’exposition, en redonnant à voir tous ces visages que Sergio Leone voulait dans leur authenticité rugueuse, rappelle cette profonde évidence de l’amour que portait Leone au cinéma et à la gente.

LPA 14 Déc. 2018, n° 140f7, p.14

Référence : LPA 14 Déc. 2018, n° 140f7, p.14

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