Hauts-de-Seine (92)

À Issy-les-Moulineaux, le Vaisseau de Jean Nouvel devient une faculté de droit

Publié le 02/11/2022 - mis à jour le 02/11/2022 à 10H37

Installée à Issy-les-Moulineaux (92), la faculté de droit de l’Université catholique de Lille (FLD) déménagera pour sa rentrée 2024 au sein du Vaisseau, œuvre emblématique de l’architecte Jean Nouvel. Pour l’occasion, le bâtiment sera mis aux normes pour l’enseignement supérieur et accueillera de nombreux projets novateurs.

Le Vaisseau, œuvre emblématique de l’architecte Jean Nouvel

DR

L’Université catholique de Lille a ouvert son antenne francilienne en 2009 à La Défense, dans la Grande Arche. Très vite, les locaux sont trop petits. Le choix se pose sur une autre commune de l’ouest de Paris, Issy-les-Moulineaux, qui accueille déjà l’École de formation professionnelle du barreau. La faculté de droit est installée rue Gabriel Péri en 2013.

Près de dix ans après, la nécessité de changer de locaux se fait à nouveau sentir. « La question du neuf s’est posée, mais nous nous sommes vite dirigés vers plusieurs sites intéressants. L’opportunité des visites nous a portés vers le Vaisseau », nous dit Christophe Bellon, vice-doyen de la faculté de droit de l’université catholique de Lille en charge du campus d’Issy-les-Moulineaux, et maître de conférences en histoire contemporaine.

En mai 2022, la Société foncière lyonnaise (SFL) annonce la cession de l’immeuble « Le Vaisseau », situé sur l’Île Saint-Germain, à l’Institut catholique de Lille pour un montant hors droits de 27 millions d’euros. Aude Grant, DGA Asset Management & Investissements de SFL commentait alors : « Nous sommes très heureux de céder cet immeuble à l’Institut catholique de Lille, et de participer à la transformation des immeubles de bureaux, quand un nouvel usage apparaît comme créateur de valeur. Un travail en excellente intelligence avec les équipes de l’Institut catholique de Lille et des Ateliers Jean Nouvel a rendu possible ce projet ambitieux » !

Le Vaisseau ou V-So de Jean Nouvel

Achevé en 1992, le Vaisseau occupe une surface d’environ 6 300 m². L’immeuble a été conçu par l’architecte français, Jean Nouvel, pour le compte de l’agence de publicité CLM BBDO, inspiré par le secteur naval. Sur le site des Ateliers de Jean Nouvel, on y apprend que Philippe Michel, l’un des fondateurs de l’agence, est décédé avant que le bâtiment ne soit achevé : « [Il] pensait que la communication et la créativité étaient au cœur de son activité et qu’une agence de publicité ne pouvait fonctionner que si le cours des idées et des concepts ne rencontraient aucun obstacle. […] Le dessin de l’intérieur naît de la discussion de ses idées avec Nouvel. Au rez-de-chaussée, un atrium : 20 mètres de long, 15 de large, 10 de haut, et deux étages de bureaux et de locaux repartis tout autour, croisés par des passerelles de métal. À l’une des extrémités de l’atrium, le bar, décoré par l’artiste américain, Gary Glaser. Les larges fauteuils dessinés par Jean Nouvel sont couverts de cuir rouge : « comme un punching bag », précise-t-il, et conçus « pour que l’on puisse s’y asseoir ou s’y appuyer, avec un dos large pour qu’il soit possible d’y poser des documents pour une réunion en passant ».

Le concept de mobilité conduit alors à filer la métaphore du bateau, « à usage industriel, enfoncé dans l’eau sous le poids de son fret, entouré de végétation aquatique, brutal et rouillé à l’extérieur, efficace et ouvert à l’intérieur. Pour couronner le principe d’ouverture, deux systèmes transforment l’éclairage et l’appréhension de l’espace intérieur : on peut ouvrir dans le toit des lucarnes individuelles ou de gigantesques panneaux, chacun d’une dimension de huit mètres par six, actionnés par un mécanisme conçu pour les écluses ».

Le 24 mars 1994, Pierre de Gasquet publie dans Les Échos l’article : « CLM-BBDO : l’arche de Nouvel sur l’île Saint-Germain ». Le journaliste précise cependant que « Jean Nouvel préfère comparer [le Vaisseau] à une « huître géante » ». « Pour moi, ce bâtiment appartient beaucoup plus à la Seine qu’à l’urbanisation qui s’est faite autour. Je n’y ai jamais vu spécialement un bateau, mais un bâtiment qui joue de son rapport à l’eau. Assez banal à l’extérieur, il est rugueux, ancré comme quelque chose qui est là depuis longtemps. Mais dès qu’on y entre, on se rend compte qu’on n’est pas n’importe où. On est parti d’une critique assez radicale de ces bureaux, toujours les mêmes, avec des halls faussement luxueux », expliquait alors l’architecte.

Des problèmes d’isolation phonique se font rapidement sentir parmi les salariés qui s’y installent, évoquant également « une pression sociale extrêmement forte » du fait de la transparence et de l’ouverture à l’intérieur du bâtiment. Thierry Vallenet, secrétaire générale de la compagnie, reconnaissait dans Les Échos que « certains salariés ont mal vécu l’absence d’intimité » et que « de façon générale, Jean Nouvel n’a jamais voulu intégrer les contraintes de bruit dans son architecture ».

Le Vaisseau fut par la suite acquis par la SFL en 2006. Plusieurs locataires s’y sont succédé, dont RÉVOLUTION 9, groupe de marketing et de communication, qui avait obtenu un bail de six ans en 2015.

Pas de modification structurelle mais une transformation des usages

Mis en vente par la SFL, le Vaisseau a trouvé son acheteur : l’université catholique de Lille. Pour cette opération, l’université a souscrit un emprunt à la Caisse des dépôts dont la ville s’est portée garante. Ce partenariat tripartite a été entériné lors d’une signature lors du congrès des maires d’Île-de-France, le 29 juin 2022.

Plusieurs arguments ont joué dans la balance. Le premier était de répondre à l’objectif de rester à Issy-les-Moulineaux. « La ville est agréable, dynamique et nous avons le soutien de la municipalité, complète Christophe Bellon. Le cadre de l’Île Saint-Germain est exceptionnel et présente des éléments de forte commodité de transport ». Parc, point d’eau, offre immobilière, l’environnement est propice à l’installation de nouveaux étudiants. L’aspect futuriste et exceptionnel de l’immeuble s’accordait également avec la vision d’une faculté moderne, tournée vers le numérique. « Autre facteur important, l’université voulait acheter, pour devenir complètement propriétaire, ce qui n’était pas le cas sur l’ancien campus et par sa structure interne, il n’était pas possible d’adapter un campus in situ. Ce sont les raisons pour lesquelles nous avons choisi ce bâtiment ».

Âgé de trente ans, le Vaisseau ne subira pas de modification structurelle mais nécessitera tout de même quelques modifications pour être aux normes ERP 2, comme pour tout bâtiment affecté à l’enseignement supérieur. À l’intérieur, on pourra y retrouver tout ce dont une faculté a besoin : bibliothèque, salles de cours, amphithéâtres, cafétéria, etc. Pour la faculté de droit, ce sera également l’occasion de proposer de nouveaux projets à ses étudiants et étudiantes.

La faculté de droit évolue

Le Vaisseau marque une « nouvelle étape » pour l’École de l’Alternance du droit qui regroupe deux filières de masters au sein desquels les étudiants et étudiantes partagent leur temps entre l’entreprise et la faculté. « L’École polytechnique d’assurances a rejoint la faculté pour le développement d’un pôle Assurances, qui contribuera également au renforcement de nos parcours en alternance, poursuit Christophe Bellon. L’international sera également l’un des facteurs de développement de la faculté au Vaisseau, avec des formations très novatrices : l’essor de la licence européenne trilingue, du master franco-allemand en droit des affaires et en alternance, en partenariat avec l’Université bavaroise de Passau, et du projet double diplôme droit-finances, en lien avec une grande école de commerce, contribuant au tropisme interdisciplinaire de la faculté ».

Un autre projet, nommé le « Studio », coïncidera avec le déménagement au sein du Vaisseau. « Cette structure dédiée au droit et au numérique prendra un nouvel élan à la rentrée 2024, détaille le vice-doyen. La faculté vise à enseigner différemment. De nouveaux masters et diplômes universitaires seront proposés, visant à l’apprentissage du numérique dans les matières du droit et ce que le numérique peut apporter aux métiers du domaine juridique. » Le master droit justice médiation et numérique propose, quant à lui, d’étudier les nouvelles formes de médiation judiciaire. « Le tout sera complété par des expériences d’incubation et de pratique professionnelle, tout en développant une recherche dynamique ».

Si la rentrée 2024 s’attend à accueillir 1 000 étudiants, l’objectif optimal à moyen terme serait d’atteindre les 1 800 étudiants. « Nous avons grandi en lien avec la ville, en interactivité avec les commerçants et les habitants, la municipalité et d’autres établissements d’enseignement supérieur comme l’École du barreau de Paris située également à Issy-les-Moulineaux. Nous souhaitons poursuivre dans cette dynamique une fois installés sur l’Île Saint-Germain », conclut Christophe Bellon.

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