Violences familiales : Sous bracelet électronique, il frappe sa femme qui vient d’accoucher

Publié le 06/08/2025 à 9h00

Silvio est un bon gros macho. Raciste, avec cela, particulièrement envers les Africains. « Narcissique et mégalomane », complète le psychiatre. Le tribunal de Meaux (Seine-et-Marne) n’a donc pas été surpris qu’il fasse son show à l’audience. Il comparaissait pour avoir frappé au ventre, d’un coup de pied, son épouse qui venait d’accoucher.

Violences familiales : Sous bracelet électronique, il frappe sa femme qui vient d’accoucher
Palais de justice de Meaux (Photo : ©I. Horlans)

Au début de son procès, Silvio*, un Portugais de 39 ans, indique faire « 100 kilos et beaucoup de sport ». Il arbore des bras très musclés, recouverts de tant de tatouages que l’on ne voit plus sa peau. Condamné une dizaine de fois depuis l’année 2003, c’est un pensionnaire habituel des prisons – il sait même s’en évader. Il fait actuellement l’objet d’une surveillance à domicile sous bracelet électronique. À son arrivée sous escorte dans le box de la 1ère chambre correctionnelle de Meaux, il a hurlé : « Où est ma femme ? Vous ne l’avez pas prévenue ? » En quelques minutes, ce vendredi 18 juillet, on devine que les débats seront possiblement mouvementés.

Silvio est poursuivi pour violence envers sa conjointe, en présence de leur bébé (circonstance aggravante), outrage en récidive pour avoir traité une gendarme de « grosse pute » ; il nie avec vigueur ces délits constatés les 14 et 15 juillet.

« J’ai très, très mal. J’ai perdu du sang »

Le premier procès-verbal rapporte une dispute chez le couple. Vers 21 h 30, ce soir de fête nationale, Silvio a vidé à moitié les bouteilles de cognac, de vodka ; il boit depuis 10 heures du matin. Maria*, excédée par ses ivresses à répétition, lui fait des reproches. Prompt à la riposte, il brise le téléphone de sa compagne, lui assène un coup de pied dans le ventre, sur la cicatrice de sa césarienne : elle a accouché 15 jours auparavant. La jeune femme se précipite hors de l’immeuble. Dans la rue, elle avise un passant, lequel « la trouve dans un drôle d’état, lit la présidente Cécile Lemoine, lui prête son portable. Il la met en sécurité dans un commerce ».

Maria alerte les pompiers : « J’ai très, très mal, leur dit-elle en pleurant. J’ai perdu du sang, j’ai des vertiges. » Elle est conduite à l’hôpital, mais refuse de porter plainte. « Il a fait son bêbête », confie la jeune mère dont l’état de santé est rassurant. Elle ressort sans incapacité de travail. Entre-temps, la gendarmerie a été prévenue par les secours. Dans la matinée du 15, Silvio est arrêté. L’appartement sent l’alcool, son occupant plus encore : il faudra attendre le 16 juillet pour l’entendre, tant il était fin soûl.

De son box, le prévenu minimise ses actes : « On se taquine, d’ailleurs, c’est souvent elle qui me frappe. J’ai cassé son téléphone parce qu’elle a cassé le mien une semaine plus tôt. Ma femme n’est pas une victime ! Je ne l’ai pas tapée, je l’ai juste poussée avec mon pied. »

Quoi qu’il en soit, vu son gabarit, on imagine la puissance d’impact.

« Vous déféquez dans la cellule, passez votre étron sous la porte »

De son interpellation à son audition, Silvio sème la zizanie à la caserne. Il hurle, frappe des pieds et des poings contre la porte, les murs, simule une crise d’épilepsie – il souffre effectivement de cette maladie, mais il est sous traitement. Un médecin est cependant requis, confirme que le gaillard va bien, qu’il doit simplement cuver. « Il m’a dit que je puais de la gueule », objecte Silvio, voyant là une injure suprême. « Après, j’étais attaché comme un cochon ! »

La juge explique pourquoi il est neutralisé : « Vous traitez une gendarme de grosse pute, et…

– Faux ! Jamais !

– Laissez-moi finir. Et vous déféquez dans votre cellule, passez votre étron sous la porte.

– Faux, je me suis accroupi près de la porte et il a glissé, mime-t-il, à demi-accroupi, mains sur le haut du pantalon.

– Monsieur, on ne va pas faire une reconstitution ! »

L’expert psychiatre décrit un homme « mégalomane, narcissique, impulsif et d’humeur exaltée », ce que Silvio prend cette fois pour un compliment. Il sourit, bombe le torse, étale son palmarès : « On m’a crevé l’œil droit, on a tiré dans mes jambes, je suis resté deux semaines dans le coma en état de mort cérébrale. » Qu’on se le dise : c’est un caïd.

« J’ai neuf enfants avec huit femmes différentes »

 Ses multiples blessures, notamment à la tête, sont à l’origine de l’épilepsie. Pourquoi les lui a-t-on infligées ? « Les Africains sont jaloux car je suis bien sapé », avance-t-il. Un peu court. Et le voici qui digresse sur « les Noirs du quartier », parlant « de bêtes noires », finit par s’attaquer aux Blancs : « Si [Maria] dit aux pompiers “je perds du sang”, c’est parce que, pour les gens de notre espèce, ils ne se déplacent que si c’est grave. On n’est pas bien vus par les Blancs. » La juge coupe court : « Espèce ?! De quoi parlez-vous ? La couleur de peau est hors-sujet. » Il évoque désormais ses séjours en prison pour trafic de stupéfiants, vols, violences ; il a été libéré sous bracelet le 11 juin. Il se vante d’avoir « neuf enfants avec huit femmes différentes ».

« Où sont-elles ?

– Partout ! Aux USA, au Luxembourg…

– Vous subvenez à leurs besoins ?

– Quand je peux, oui. Sinon, c’est le grand-père qui fait son travail », lâche-t-il en rigolant.

L’avocate de l’administrateur ad hoc du bébé, partie civile, considère qu’il « se défend piteusement. Je suis préoccupée pour la petite fille de 15 jours. Je demande que le parquet saisisse un juge des enfants ».

« Je suis effarée et inquiète à cause de sa “carrière” »

 Pauline Foulin, substitut du procureur, assure qu’elle fera le nécessaire et déplore qu’il se « présente comme une victime d’erreur judiciaire, et sans regrets. Je suis effarée et inquiète à cause de sa “carrière” ». Elle joint des guillemets au mot car Silvio ne travaille pas. « Il dépend financièrement de sa conjointe et vient de sortir de prison ! Il ne comprend pas les signaux que la justice lui a plusieurs fois adressés. » En revanche, faute de preuve, elle sollicite une relaxe pour l’outrage.

Silvio a entrepris de polir le Plexiglas du box avec son t-shirt, on distingue son bidon poilu. Et soudain, il interrompt la parquetière : « Ma femme est là, regardez, la voilà ! »

Entend-il seulement la magistrate requérir trois ans de prison ferme, sans aménagement ? Il fait des signes à son élégante épouse – le contraste entre les deux est étonnant. Me Julia Moroni, elle, a saisi le quantum de la peine : « On est dans le cadre d’une dispute conjugale, c’est aberrant ! Il existe des dossiers plus importants et plus monstrueux ! Certes, il est sous contrôle judiciaire, il porte un bracelet, mais il l’a poussée, c’est tout. »

Le tribunal prononce la relaxe pour l’insulte à la gendarme, condamne le prévenu à six mois ferme, sans maintien en détention, à suivre un stage de lutte contre les violences.

« Je sors quand ? crie Silvio.

– Ce soir, après la levée d’écrou.

– Je n’ai pas les clés. Tu seras à la maison ?

– Oui », balbutie Maria, visiblement embarrassée.

 

* Prénoms modifiés

 

 

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