Le violeur de Mathilde et Claire Geronimi condamné à 18 ans de réclusion criminelle et interdit de territoire

Publié le 26/09/2025 à 17h44

À l’issue d’un brillant réquisitoire et d’une plaidoirie de la défense juste car tenant compte « d’actes d’une particulière gravité », qui ont causé un traumatisme considérable », la cour criminelle de Paris a condamné le Centrafricain Jordy Goukara à 18 ans de réclusion. Contre le violeur de Claire Geronimi et de Mathilde, les juges ont prononcé une interdiction définitive du territoire français.

Le violeur de Mathilde et Claire Geronimi condamné à 18 ans de réclusion criminelle et interdit de territoire
Palais de justice de Paris (Photo : ©AdbeStock/neiezhmakov)

 À 11 h 35, ce vendredi 26 septembre, l’auteur des viols avec arme de jeunes Parisiennes qu’il promettait de tuer s’est adressé à « Mesdames Mathilde et Claire ». Les regardant droit dans les yeux de son box, Jordy Goukara a dit « avoir compris en prison » ce qu’il a commis. « Je vous vois toutes les deux, je m’en voudrais d’avoir gâché votre vie. Je vous souhaite une bonne vie et une longue vie. » Les victimes, dont les avocats ont plaidé hier, ne l’ont pas dédaigné, au contraire. Avec courage, elles se sont tournées vers lui, l’ont écouté. Puis le président de la cour criminelle, Franck Zientara, a lu les quatre questions se posant à la juridiction, portant sur la commission de « viol en concours » et « sous la menace d’une arme », circonstances aggravantes, punie de 20 ans de réclusion.

Des crimes reconnus par le Centrafricain âgé, selon lui de 27 ans, qui faisait l’objet de deux OQTF (obligation de quitter le territoire français) avant les viols, d’une troisième prononcée deux jours après. Durant son procès, que son arrogance et sa légèreté ont un peu chahuté, il n’a jamais nié la férocité des attaques perpétrées samedi 11 novembre 2023 au cœur de Paris et en pleine après-midi (voir notre article du 25 septembre ici). Un soulagement pour Mathilde, alors âgée de 19 ans, et Claire Geronimi, qui en avait 26, tant il est douloureux de supporter les dénégations d’un violeur. Ici, elles n’ont pas eu à se battre afin de prouver leur statut de victimes. La qualité de l’enquête et de l’instruction avait de toute façon établi les faits, ainsi que l’a rappelé l’avocate générale.

« Séquestrées, bâillonnées, projetées et maintenues au sol »

 Camille Hennetier, la chef du département des juridictions criminelles qui représentait l’accusation, a souligné d’emblée « la brutalité, la violence, la proximité temporelle » des crimes, et « le profil de M. Goukara ». Tout au long de son réquisitoire implacable, sans aucune outrance, elle a manifesté son inquiétude : « On peut être certain qu’il récidivera, a-t-elle estimé, c’est une certitude. » Et d’exprimer le sentiment général depuis l’ouverture des débats : « On peut se demander ce qu’il se serait produit si les policiers ne l’avaient pas arrêté 35 minutes » après sa fuite de l’immeuble de la rue de Vézelay, dans le VIIIe arrondissement. Sous le porche de cet édifice cossu, il s’est acharné durant 20 minutes contre Claire Geronimi, contrainte à des pénétrations digitales, vaginales et anales, à des fellations, soumises à des mouvements du bassin bestiaux qui lui ont causé des blessures aux lèvres, à la bouche, l’empêchant de parler. Sa maman a témoigné de son calvaire : « Elle a eu des idées suicidaires au cours des premières semaines. »

Mathilde, première victime, a enduré huit minutes infernales et en ressort extrêmement traumatisée.

L’avocate générale insiste sur le supplice : « Elles ont crié, pleuré, supplié, imploré, négocié pour sauver leur peau. Il les a séquestrées, bâillonnées, projetées et maintenues au sol, leur a causé des déchirures, des envies de vomir. Il leur a fait mal physiquement». Mais Mme Hennetier n’oublie pas « la terreur que [Mathilde] a ressentie face à la lame pointue » posée contre sa gorge. « Claire Geronimi, craignant d’être égorgée a dit : “Les fellations me donnaient du temps pour ne pas mourir”. L’intensité du traumatisme est tel, pour ces jeunes femmes, qu’elles ne seront plus jamais les mêmes ».

Profitant « de son ascendance physique, il n’a eu de cesse de les étrangler, de les paralyser, criant “je vais te tuer, je vais te tuer, je vais te tuer ». Cela a eu et aura toujours « un impact sur leur vie professionnelle, personnelle, sentimentale, familiale ».

« Investi de super-pouvoirs », « comme un militaire en action »

 Si la magistrate concède que « M. Goukara n’a jamais minimisé » les faits, elle considère que ses déclarations durant l’instruction et le procès doivent alerter : « Il dit être “comme possédé, investi de super-pouvoirs”, avoir “besoin de rapports sexuels comme jamais ”, se sentir comme un militaire en action. L’obsession de se satisfaire par tous les moyens l’a conduit à se mettre en chasse, à chercher des proies. Il a déclaré “je voulais finir ce que j’avais commencé, j’avais faim de sexe”. » Selon Camille Hennetier, s’il n’a pas fui, ne s’est pas caché, « c’est parce qu’il cherchait une autre victime ».

L’avocate générale s’étend ensuite sur « les traits de personnalité de Jordy Goukara », citant notamment les conclusions exposées la veille par Roland Coutanceau, l’expert psychiatre. Il l’a qualifié « d’antisocial », résumant ainsi son mode de raisonnement : « J’ai envie, j’agis. » Un homme enfermé dans « la toute-puissance, la perversion narcissique », a-t-il exposé. Mme Hennetier souligne « le discours très froid, son détachement, son absence d’empathie, son égocentrisme et son arrogance qui s’est exercée jusque sur son avocat, qu’il a voulu dominer ». Elle a relevé aussi « son sentiment de complaisance » à l’audience, « se posant en victime de l’incompréhension, mettant systématiquement en avant sa vie de SDF, que personne ne remet en cause, mais qu’il érige en paravent ». Jeudi, Goukara avait déploré que son existence soit « un enfer depuis deux ans [en prison]. J’ai été moi aussi une victime ce jour-là ».

Revenant sur « son lourd passé de violence, avec 13 condamnations », sur les rapports défavorables de l’Aide sociale à l’enfance, elle regrette « qu’il ne se soit pas remis en cause. Il n’a aucune accessibilité à l’introspection ». Elle en fait la démonstration avec l’agression de l’adolescente de 13 ans, la fille de sa famille d’accueil, « qu’il a déshabillée chaque soir durant un an et soumise à des pénétrations digitales. Il réinterprète de façon stupéfiante la réalité en nous disant que “c’était une très belle histoire d’amour” ».

« Le défendre, c’est plaider contre lui »

 « Compte tenu de sa dangerosité, du risque de réitération, pour protéger la société, particulièrement les femmes », Mme Hennetier requiert 18 ans de réclusion et, à titre de peine complémentaire, l’obligation définitive de quitter le territoire. Elle estime que la loi de 2024 sur la protection des étrangers arrivés en France avant 13 ans est en l’espèce « invocable », des experts et témoins évaluant sa naissance en 1996 et non 1998 comme il persiste à le dire. Si c’est le cas, il était âgé de 13 ans révolu en 2009 à son entrée dans le pays.

Son avocat, Me David Bocobza, est face à une mission quasi impossible. Il peut néanmoins atténuer les effets de la mauvaise impression laissée par Jordy Goukara. Il choisit l’honnêteté, et la compassion : « Je le défends un peu malgré lui, parfois sans lui : le défendre, c’est plaider contre lui. J’ai eu l’envie fugace, à ce procès, de devenir procureur. » Confronté à « des actes d’une particulière gravité qui a causé un traumatisme considérable » aux parties civiles, il leur explique pourquoi l’accusé n’a pas demandé pardon. « Il est incapable de considérer que l’être humain n’est pas une chose (…) Il a un problème structurel avec lui-même, il est hermétique, il sait qu’il doit travailler ses pulsions, mais ne le fait pas. Il reconnaît sa culpabilité et dit au psychiatre qu’il peut recommencer, recraquer, sachant que cela sera rapporté ici. »

Me Bocobza confie avoir tenté de l’aider, lui suggérant une attitude moins incompréhensible ; en vain. « Il ne se laisse influencer par personne, il n’a aucune stratégie, pas de jeu de calcul. Quand il indique que ce qu’il a fait “est grave”, que “c’est comme tuer quelqu’un” et qu’il a “honte”, je le crois sincère. » Mais « il n’a pas progressé » jusqu’à « dépasser son surmoi ».

Il ne conteste ni le quantum de la peine ni l’interdiction de territoire, « qui fait sens. Il a admis que la France lui a plus donné qu’il ne lui a donné, elle lui donne encore ce procès et la possibilité de se soigner. Son existence sera meilleure en Centrafrique. Je me suis renseigné, là-bas, il sera mieux ».

Après 90 minutes de délibérations, les cinq juges ont suivi les réquisitions de l’avocate générale. Le condamné devrait purger la totalité de sa peine dans l’Hexagone. Toutefois, il peut être expulsé s’il donne son accord.

Jordy Goukara a remercié son défenseur d’un signe, une main sur le cœur, puis il a tendu ses poignets aux gendarmes.

 

 

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