Paris (75)

Journée du droit 2021 : les jeunes Parisiens passionnés par le thème de l’injustice

Publié le 16/11/2021 - mis à jour le 16/11/2021 à 11H54
Journée du droit 2021 : les jeunes Parisiens passionnés par le thème de l’injustice
Affiches de la Journée du droit 2021

Comme chaque année en octobre, le Conseil national des barreaux (CNB) et l’association InitiaDroit s’invitent dans les établissements scolaires pour sensibiliser les jeunes à la justice et à ses métiers. Le collège-lycée Camille-Sée, niché dans le quinzième arrondissement de Paris, a une jolie façade art-déco et porte surtout le nom d’un héros de l’éducation pour tous et toutes. Le juriste et homme politique, disparu dans les années 1920, était un fervent promoteur de l’éducation secondaire pour les jeunes filles. Me Séverine Audoubert a apprécié la coïncidence et le symbole, quand elle a accepté de participer une nouvelle fois aux Journées du droit, organisées en octobre dernier par le CNB et le ministère de l’Éducation nationale. Ces deux heures d’échange sont pour elle l’occasion de prendre le pouls du présent et du futur, sachant que l’avocate exercant en mobilité internationale cumule – entre autres – les casquettes de présidente de la commission ouverte « Nouveaux métiers du droit » au barreau de Paris et de vice-présidente de la mission « communication institutionnelle » au sein du CNB. Entretien.

Actu-juridique : Pourquoi ces journées sont-elles primordiales selon vous ?

Séverine Audoubert : La formation est un aspect très important de ma pratique. J’enseigne à des étudiants (à l’INSEEC notamment) et à des avocats jeunes ou moins jeunes (dans la plupart des Écoles d’avocats de France). En mars dernier, je suis également intervenue au lycée français de San Francisco, invitée par le CNB à l’occasion de la deuxième édition de la « Fête du droit et des avocats dans la francophonie » lors de la Semaine de la francophonie. J’aime la transmission et je considère que c’est fondamental : le droit est partout, il ne doit pas être perçu comme une matière rigide et poussiéreuse mais comme vivante et moderne. Donc les Journées du Droit portent beaucoup de sens selon moi : les collégiens sont de futurs jeunes adultes responsables, des citoyens en devenir qui doivent comprendre, appréhender le droit dans son rôle sociétal.

AJ : Le thème de cette année, était les injustices. Comment les enfants ont-ils répondu à cette problématique ?

S.A. : Il s’agit d’un sujet porté par CNB et c’est un sujet de fond essentiel à aborder dans un État de droit.

Selon nous, l’avocat doit être mis au cœur du débat sur les injustices. Pour aborder ce thème, nous disposions d’ un kit fourni par le ministère de l’Éducation nationale, mais personnellement, je pars toujours des jeunes et de leur définition de ce que c’est qu’une injustice. Nous abordons ensemble des exemples concrets dans leur vie quotidienne. Nous avons beaucoup traité des injustices sociales et économiques, le fait d’expliquer que tel nombre de personnes ne peut se loger ou se nourrir convenablement, cela est parlant pour eux !

Je suis intervenue dans Paris intra-muros et l’injustice écologique était un sujet prépondérant, aussi. Ils sont très touchés par le combat de Greta Thunberg. Nous avons glissé sur le sujet de l’égalité hommes-femmes, ce qui collait bien avec le nom de leur établissement, et sur le droit de s’exprimer au-delà du droit de vote. C’était très intéressant car ils ont conscience de nombreuses choses de leur côté. Je considère que l’éducation c’est notamment cela : plus tôt et meilleure est la conscience des choses plus le changement est possible. Aussi faut-il leur donner de la matière et les aider à argumenter.

AJ : J’imagine que vous avez beaucoup parlé des réseaux sociaux et du harcèlement en ligne ?

S.A. : Oui nous avons parlé des réseaux sociaux, mais pas que du côté négatif : c’est ce qui leur permet d’être au courant de ce qu’il se passe en France mais aussi ailleurs ! Et bien sûr nous avons abordé le cyber-harcèlement. Il faut dire que la période de l’adolescence représente une période de vulnérabilité, de questionnement, de construction. Ils sont tous sur Instagram, Whatsapp ou Tik Tok, et pourtant, ils n’ont pas lu les termes de confidentialité : on en a discuté ensemble.

Concernant le cyber-harcèlement, j’ai abordé la liberté d’expression, là où elle commence, là où elle s’arrête et ils étaient très conscients des limites, de l’abus, de l’injure, de la diffamation, de ce qu’il ne faut pas poster… on a abordé ces questions en utilisant des cas très actuels, comme l’affaire Mila ou le hashtag #2010 (un mouvement de cyberharcèlement visant les enfants nés en 2010).

AJ : Avez-vous fait des émules ?

S.A. : J’ai demandé qui souhaiterait devenir avocat, oui bien sûr ! J’ai expliqué que c’était un métier intemporel et donc aussi d’avenir surtout lorsque l’on est soi-même animé très tôt par le sentiment d’injustice.

J’anime les Journées du droit depuis plusieurs années maintenant et je trouve passionnant de travailler des notions juridiques abstraites, comme l’impunité, avec des individus encore en construction, non polissés. Cela occasionne une véritable concentration d’énergie bouillonnante. Ce que j’adore avec les enfants et les jeunes c’est leur côté vif et spontané, leur réflexion brute, ils sont curieux de tout et c’est grâce à cela que l’on peut avancer collectivement.

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