Adapter Paris au réchauffement climatique : mission impossible ?

Publié le 29/03/2024
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Paris, le 19 juillet 2022, vague de chaleur – PhotoLoren – stock.adobe.com

Face à la réalité du changement climatique, la ville de Paris a mis en œuvre une stratégie d’adaptation de son territoire aux risques climatiques. Son nouveau challenge ? Adapter la ville aux vagues de chaleur pour en limiter l’impact sur les infrastructures, les activités et les habitants.

Le réchauffement climatique est déjà une réalité. La dernière décennie (2010-2019) s’est révélée plus chaude de 1,1 °C que la fin du XIXe siècle (1850-1900). Les températures ont atteint des niveaux jamais vus depuis au moins 125 000 ans d’après le 6e rapport d’évaluation du GIEC.

Le changement climatique est déjà visible à Paris

Le changement climatique est visible en Île-de-France et bien sûr à Paris, une ville minérale particulièrement exposée au risque d’élévation des températures.

L’amplitude de variation de la température y est plus forte qu’au niveau mondial. Ainsi le réchauffement qu’on peut observer à la station Paris-Montsouris est de 2,3 °C entre les périodes 1873-1902 et 2000-2019. Cette station, installée au sein du parc Montsouris, est chargée de la collecte et de l’analyse des données météorologiques. Depuis 1872, différents paramètres y sont mesurés : température, précipitations, humidité, pression atmosphérique, vent, rayonnement et durée d’ensoleillement. « À Paris, l’étude du climat sur le long terme montre plusieurs changements notables depuis la fin du XIXe siècle », souligne une étude récente de l’Agence parisienne du climat (l’APC), qui accompagne d’un point de vue opérationnel la transition écologique du Paris de 2050. Les températures sont en hausse. « Les températures minimales ont augmenté de 2,3 °C, avec une accélération notable à compter de la deuxième moitié du XXe siècle », souligne l’APC. Le constat est sans appel. Le nombre de jours chauds a augmenté et le nombre de jours froids a diminué. « Le nombre moyen de journées caniculaires (température maximale supérieure à 30 °C) est de 13,6 jours dans le climat actuel (2001-2020) contre 7,2. On constate environ 5 nuits tropicales par an en moyenne (température minimale supérieure à 20 °C) alors qu’elles étaient très rares (0,2 par an) à la fin du XIXe siècle », analyse cette étude.

Les scénarios pour l’avenir

L’élévation des températures devrait se poursuivre au cours du XXIe siècle. Ses proportions dépendront des émissions de gaz à effet de serre à venir. « Ainsi, dans les projections optimistes il serait possible de retrouver à la fin du siècle des températures similaires à celles actuelles, alors que des scenarios intermédiaires ou pessimistes nous mèneraient vers un réchauffement de 1 °C, 2 °C voire 3 °C supplémentaires. L’été 2003, le plus chaud jamais observé à Paris depuis le début des mesures en 1872 avec 22,6 °C de moyenne, serait alors fréquent à la fin du siècle », explique l’APC. Pour les précipitations, si les modèles sont plus incertains, ils convergent vers une augmentation des pluies hivernales. Les épisodes pluvieux pourraient être plus rares mais plus intenses, augmentant le risque d’inondations.

L’augmentation des phénomènes d’îlot de chaleur urbain

Avec son tissu urbain très dense, la ville de Paris influe sur son environnement météorologique. Paris est donc particulièrement concerné par l’augmentation des phénomènes d’îlot de chaleur urbain (ICU). Activité humaine, déficit de végétalisation, sol bitumeux, hauteur et densité du bâti, lors des périodes de forte chaleur, Paris affiche en moyenne des températures entre 3° et 6 °C plus élevée que dans les campagnes franciliennes, comme le Vexin ou les forêts de Rambouillet et Fontainebleau d’après les données du Centre national de recherches météorologiques (CNRM). « Ces différences peuvent atteindre 10 °C en cas de situation anticyclonique par vent faible et ciel clair, comme les canicules. Durant celle d’août 2003, un écart de 4 °C à 8 °C a été observé entre le centre de Paris et les zones moins urbanisées alentour », souligne une étude récente de l’Agence parisienne du climat qui accompagne d’un point de vue opérationnel la transition écologique du Paris de 2050.

Une politique transversale

Face à cette situation, la ville de Paris a mis en œuvre une politique transversale pour lutter contre le changement climatique sur son territoire. Son premier plan Climat énergie territorial (PCET) a été adopté en 2007. Il a été révisé une deuxième fois en 2018, avec l’adoption du plan Climat air énergie, fixant notamment des objectifs pour 2050. Ses objectifs sont ambitieux puisqu’ils consistent à ce que Paris devienne un territoire à zéro émission de gaz à effet de serre intra-muros, mais aussi à réduire de 80 % l’empreinte carbone du territoire par rapport à 2004 et atteindre la neutralité carbone en compensant l’empreinte résiduelle. Ce plan prévoit de réduire de 50 % la consommation énergétique du territoire par rapport à 2004 et de consommer 100 % d’énergies renouvelables et de récupération, dont 20 % produites localement. Il ambitionne d’assurer la résilience climatique de Paris en conduisant une transition écologique socialement juste. Présenté en décembre 2023, le nouveau plan Climat sera soumis au vote des élus courant 2024. Il s’inscrit dans la lignée du rapport Paris à 50 degrés : s’adapter aux vagues de chaleurs publié en avril dernier afin d’adapter la capitale aux vagues de chaleur et faire face aux risques liés aux canicules.

Une ville vulnérable aux vagues de chaleur

Du fait de son héritage historique, Paris est une ville particulièrement minérale et dense. Cela la rend spécialement vulnérable aux fortes chaleurs. La forme et les matériaux de la ville combinés aux activités humaines qui s’y déroulent génèrent « une augmentation supplémentaire des températures pouvant aller jusqu’à 8 ou 10 degrés par rapport à ses alentours, surtout la nuit », souligne le rapport Paris à 50 degrés : s’adapter aux vagues de chaleurs. D’après le diagnostic des vulnérabilités et robustesses de Paris face au changement climatique de 2021, la chaleur est la première vulnérabilité à laquelle doit faire face la capitale devant des risques mieux identifiés comme les crues ou les fortes pluies. La surmortalité liée aux fortes chaleurs y est considérée comme inquiétante : + 21 % en Île-de-France en 2019 comme en 2022. Au-delà de ces victimes directes, tous les écosystèmes, les infrastructures et les activités du quotidien sont impactées par la chaleur. « Sans une préparation adéquate, souligne le rapport, les vagues de chaleur extrêmes qui sont anticipées pour Paris auront des conséquences délétères sur la santé des Parisiens, Parisiennes ainsi que sur la biodiversité. Elles seraient susceptibles d’entraîner des effets en cascade, notamment sur les réseaux critiques (transport, électricité) et sur le système économique ».

Préparer Paris, le programme 1000 toits

Comment préparer la capitale à ces vagues de chaleur et en diminuer la vulnérabilité ? Le plan Climat liste des mesures très concrètes comme rénover les bâtiments publics et privés, avec la mise en place d’un programme 1000 toits anti-surchauffe, un programme d’isolation d’urgence face aux fortes chaleurs. Il s’agit de développer une aide spécifique destinée aux occupants des logements des derniers étages, qui sont les plus exposés aux conséquences sanitaires des vagues de chaleur, pour y mener des travaux d’isolation. La création de 40 000 mètres carrés de toits peints en blanc sur les bâtiments publics de la Ville de Paris, une mesure peu coûteuse, permettrait de réduire de plusieurs degrés la température lors des fortes chaleurs dans des équipements sensibles comme les écoles, les crèches ou les gymnases.

Tabler sur les cours oasis

Autre mesure proposée : le développement des cours oasis dans les écoles. Le projet des cours oasis consiste à transformer les cours d’école en îlots de fraîcheur. Il s’agit, dans un environnement où le foncier est tendu, de tirer bénéfice des espaces offerts par les cours des établissements scolaires, en les transformant à la fois pour réduire les risques liés aux vagues de chaleur et pour favoriser la cohésion sociale à l’échelle des quartiers. Cette transformation consiste à aménager, à horizon 2040-2050, l’ensemble des cours des établissements scolaires de Paris en mixant des solutions techniques et naturelles qui permettront de contribuer au rafraîchissement de ces espaces : une part très importante de la superficie totale de la cour dédiée au végétal, un sol rendu perméable ou permettant une gestion optimisée et intégrée des eaux de pluie, des zones ombragées, des fontaines et jeux d’eau. Début avril 2023, 100 cours ont été réalisées et 27 sont en projet ou travaux pour les deux prochains étés selon les directions (Affaires scolaires et Constructions publiques et architecture) de la ville de Paris, ce qui correspond à une surface globale de 8,77 ha. Pensées comme de véritables îlots de fraîcheur au cœur des quartiers, certaines cours accueillent également un public plus large en dehors des temps éducatifs, et peuvent devenir notamment des « refuges » pour les personnes vulnérables durant les vagues de chaleur.

Adapter les normes de construction et de rénovation

La notion de confort d’été implique des impératifs en matière de construction et de rénovation : isolation thermique, protection solaire, ventilation naturelle, abandon des surfaces vitrées, développement des réseaux de froid et végétalisation… Or au regard du temps long des projets d’urbanisation de la ville, ces adaptations ne sont pas nécessairement anticipées. La performance énergétique et bioclimatique du bâtiment ces dernières années est plus pensée en termes d’économie d’énergie et d’isolation en période de froid que de confort pour l’été. À Paris, la notion de confort d’été a longtemps été mise au second plan par rapport aux enjeux de confort thermique d’hiver, souligne le rapport. Et les formes urbaines les plus récentes sont les moins bien adaptées aux fortes températures. Avec les réglementations thermiques qui s’appliquent depuis 1974, les bâtiments sont de plus en plus économes en énergie de chauffage et de plus en plus sensibles aux fortes températures. Les politiques de rénovation et de réhabilitation doivent également être revues afin d’intégrer la notion de confort d’été. Il en est de même pour certains projets d’urbanisme, dont le temps long, quelquefois plus de dix ans, n’a pas permis d’anticiper le nouveau risque canicule. Autant de défis à relever dans les prochaines années pour Paris !

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