Joe Biden peut-il gagner l’élection présidentielle grâce à une obscure circonscription du Nebraska ?

Publié le 11/04/2024
Joe Biden peut-il gagner l’élection présidentielle grâce à une obscure circonscription du Nebraska ?
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La Constitution américaine de 1787, qui est la plus ancienne encore en vigueur aujourd’hui dans le monde, ne prévoit pas une élection présidentielle au suffrage universel direct. Ce sont en effet les 538 grands électeurs désignés par les 50 États de l’Union qui élisent le président. En dépit des sondages actuellement défavorables au président sortant Joe Biden, ce dernier peut néanmoins espérer emporter une majorité de 270 voix des grands électeurs à l’issue de l’élection du 5 novembre 2024, mais à la condition d’arriver en tête dans la 2e circonscription du Nebraska. En cas d’échec dans le Nebraska et d’égalité à 269 grands électeurs remportés respectivement par Joe Biden et par Donald Trump, le nouveau président des États-Unis sera alors élu par la chambre des représentants.

Même si les trois quarts des États-Uniens estiment aujourd’hui que le pays va dans la mauvaise direction1, et même si Joe Biden est à ce jour le président le plus impopulaire de l’histoire politique récente des États-Unis, avec plus de 60 % d’opinions défavorables2, Joe Biden peut néanmoins espérer emporter l’élection présidentielle le 5 novembre 2024 s’il obtient la combinaison suivante des grands électeurs.

Le mécanisme original des grands électeurs (Electoral College)

On rappellera que Joe Biden, pour être réélu, devra, au minimum, obtenir une majorité des voix des 538 grands électeurs (538 Electors). Ce sont en effet les grands électeurs qui élisent formellement le président des États-Unis lors d’une cérémonie qui se tient dans chaque État quelques semaines après le jour de l’élection3.

Chaque État est doté d’un nombre de grands électeurs correspondant à leur nombre d’élus au Congrès des États-Unis (State Congressional Delegation)4.

Le Congrès est constitué du Sénat (chambre haute), composé de 100 sénateurs (2 pour chacun des 50 États), élus pour six ans et de la chambre des représentants (chambre basse, dénommée House of Representatives), composée de 435 représentants élus tous les deux ans dans des circonscriptions législatives (équivalents des députés en France).

En conséquence, les 50 États de l’Union sont représentés dans les deux chambres du Congrès par un total de 535 élus (100 sénateurs + 435 membres de la chambre des représentants).

Ainsi, un État qui est divisé, par exemple, en 3 circonscriptions législatives pour la chambre des représentants (house districts), comme le Nebraska, a donc 5 grands électeurs (puisqu’il est représenté au Congrès par 2 sénateurs et par 3 représentants).

Les États les moins peuplés, qui ne sont dotés que d’une seule circonscription législative, ont donc 3 grands électeurs (ce qui est le cas de l’Alaska, du Dakota du Nord et du Sud, du Vermont…).

La Californie et le Texas, qui sont les deux États les plus peuplés de la nation, avec respectivement 39,2 millions et 29,5 millions d’habitants, sont respectivement dotés de 54 et de 40 grands électeurs5.

Le District de Columbia (c’est-à-dire la ville de Washington DC) n’a aucun sénateur ou représentant, du fait de son statut de capitale de la fédération. Mais en 1961, la Constitution a été modifiée (23e amendement) pour attribuer au District 3 grands électeurs « fictifs » au titre de l’élection présidentielle. C’est la raison pour laquelle il y a 538 grands électeurs (et non 535)6.

Winner takes all system

En principe, le candidat arrivé en tête dans un État en particulier au soir de l’élection présidentielle (même avec 0,1 % d’avance) se voit attribuer l’ensemble des grands électeurs afférents à cet État désignés par son parti7 (winner takes all system).

La Constitution américaine de 1787 ne prévoit donc pas une élection présidentielle au suffrage universel direct, l’objectif étant d’assurer une sur-représentation des États dans le processus électoral fédéral8.

La victoire en obtenant moins de voix que son concurrent

Concrètement, un candidat peut donc obtenir une majorité de grands électeurs (Electoral votes) tout en ayant obtenu moins de voix que son concurrent (Popular votes).

Cette situation ne s’est produite que quatre fois dans l’histoire du pays, la dernière fois étant en 2016 lorsque Donald Trump – qui arriva en tête dans 30 États sur 50 – emporta l’élection présidentielle avec 306 grands électeurs (contre 232 pour Hillary Clinton) tout en ayant obtenu 2,9 millions de voix de moins qu’Hillary Clinton à l’échelle de la nation9.

Les États acquis aux démocrates

En premier lieu, Joe Biden devrait obtenir le socle de 225 grands électeurs correspondant aux 20 États traditionnellement acquis par avance aux démocrates, à savoir :

Californie (54 grands électeurs), Colorado (10), Connecticut (7), District of Columbia (3), Delaware (3), Hawai (4), Illinois (19), Maine (3), Maryland (10), Massachusetts (11), Minnesota (10), New York (28), New Jersey (14), New Hampshire (4), New Mexico (5), Oregon (8), Rode Island (4), Vermont (3), Virginie (13) et Washington (12).

Le cas particulier du Maine et du Nebraska

À la différence de tous les autres États de l’Union, le Maine (depuis 1972) et le Nebraska (depuis 1992) ont choisi de ne pas accorder l’intégralité de leurs grands électeurs au candidat arrivé en tête.

Ils se contentent en effet d’accorder 2 grands électeurs (correspondant aux 2 sénateurs) au candidat arrivé en tête à l’échelle de l’État alors que les grands électeurs correspondant aux circonscriptions législatives sont attribués au candidat arrivé en tête dans chacune desdites circonscriptions (Congressional District allocation system).

Une répartition des grands électeurs plus représentative

L’objectif est de rendre plus proportionnelle et représentative l’attribution des grands électeurs, tout en conservant le mécanisme prévu par la Constitution de l’élection indirecte du président via le mécanisme des grands électeurs.

Cette formule est supposée également favoriser la participation, dans la mesure où dans certains États fortement marqués à droite ou à gauche, de nombreux électeurs d’opposition choisissent de ne pas aller voter, constatant que leurs votes ne servent à rien10.

Par exemple, les 6 millions d’électeurs de Californie ayant voté pour Donald Trump en 2020 n’ont obtenu strictement aucune retranscription concrète de leurs votes – alors même que dans aucun autre État de l’Union, Donald Trump a obtenu autant de voix.

Pour illustrer le propos, si le système adopté par le Maine et le Nebraska était adopté par l’ensemble des États de l’Union, Donald Trump aurait gagné l’élection de 2016, mais avec seulement 292 grands électeurs (au lieu de 306 obtenus).

De même, Joe Biden aurait gagné l’élection de 2020 mais avec seulement 278 grands électeurs (contre 306 obtenus)

La perte assurée dun grand électeur dans le Maine pour Joe Biden

Sur les 4 grands électeurs associés au Maine (2 sénateurs et 2 circonscriptions législatives), il est plus que probable que Joe Biden n’obtiendra que 3 d’entre eux au soir de l’élection du 5 novembre 2024.

En 2020, Joe Biden a certes emporté l’État du Maine (avec 9 % d’avance) mais Donald Trump est arrivé en tête avec plus de 7 % dans l’une des 2 circonscriptions législatives de cet État – la seconde, immense circonscription rurale du nord de l’État – ce qui explique pourquoi un grand électeur du Maine lui a été alloué (contre 3 pour Joe Biden).

Déjà, en 2016, Donald Trump avait emporté cette circonscription du Maine. À vrai dire, depuis l’introduction de ce système original de répartition des grands électeurs par l’État du Maine il y a 52 ans, les années 2016 et 2020 furent les seules qui ont vu une telle configuration (split electoral votes).

En dépit de l’absence de sondages contemporains concernant cette partie spécifique de l’État du Maine, les observateurs s’accordent à penser que Donald Trump devrait emporter la 2e circonscription rurale du Maine avec plus de 5 % de voix d’avance en novembre 2024, ce qui permettra au candidat républicain d’obtenir son seul grand électeur en provenance de la partie nord de la côte est des États-Unis11.

Le gain possible dun grand électeur dans le Nebraska pour Joe Biden ?

En parallèle, en 2020, certes Donald Trump était arrivé en tête dans le Nebraska (avec + 19,15 %) mais Joe Biden était parvenu à lui subtiliser l’un des 5 grands électeurs de cet État en arrivant en tête dans l’une des 3 circonscriptions du Nebraska, à savoir la 2e, correspondant au centre urbain d’Omaha (la plus grande ville de l’État), avec + 6,6 %12.

Avant lui, seul Barack Obama avait réussi cet exploit lors de l’élection de 2008, à 3 325 voix près.

L’absence de sondage contemporain concernant cette partie spécifique de l’État du Nebraska laisse planer le doute pour novembre 2024, étant précisé que Donald Trump avait emporté cette 2e circonscription en 2016 contre Hillary Clinton (avec + 2 %).

Qui plus est, le Parlement à majorité républicaine et le gouverneur républicain du Nebraska ont procédé récemment à un redécoupage de cette 2e circonscription qui leur est favorable13.

Il n’est donc pas du tout évident que Joe Biden puisse rééditer son exploit de 2020 dans cette 2e circonscription du Nebraska, qui a d’ailleurs constamment élu un républicain à la chambre des représentants depuis novembre 201614.

Un total de 225 grands électeurs garanti pour Joe Biden

Il résulte de ce qui précède que le total de grands électeurs garantis pour Joe Biden correspond à 225 (avec seulement 3 grands électeurs du Maine mais sans compter le possible grand électeur du Nebraska).

En effet, même si Joe Biden est actuellement impopulaire, les électeurs de ces 20 États démocrates mentionnés précédemment devraient tout de même voter très majoritairement pour le président sortant.

Le Minnesota et le New Hampshire à portée de main pour Trump ?

On soulignera que si, par extraordinaire, Joe Biden devait perdre dans l’un de ces États, il pourrait éventuellement s’agir soit du Minnesota, soit du New Hampshire, dont les résultats risquent d’être plus serrés qu’en 2020 lorsque Joe Biden a emporté chacun de ces deux États avec une avance de plus de 7 %.

On rappellera qu’en 2016 Hillary Clinton n’a emporté le New Hampshire qu’avec 0,37 % de voix d’avance sur Trump (2 736 voix pour être précis) et avec seulement 1,52 % de voix d’avance dans le Minnesota.

Par ailleurs, les électeurs du New Hampshire ont élu en 2018 un gouverneur républicain, en la personne de Christopher Sununu, qu’ils ont réélu trois fois depuis lors (en 2018, 2020 et 2022)15.

Les trois Swing States de la région des Grands Lacs

Pour gagner l’élection, il suffira donc à Joe Biden de remporter les 44 grands électeurs des trois Swing States suivants de la Rust Belt (région des Grands Lacs) : Michigan (15 grands électeurs), Pennsylvanie (19) et Wisconsin (10).

Joe Biden emporterait alors son second mandat, et ce, même s’il perdait dans tous les autres Swing States des États-Unis, à savoir l’Arizona, la Caroline du Nord, la Géorgie, l’Iowa, le Nevada et l’Ohio16.

À condition toutefois d’avoir emporté également le grand électeur de la 2e circonscription du Nebraska, dans la mesure où 225 + 44 correspondent à seulement 269 grands électeurs. Or, comme indiqué précédemment, la majorité se situe à 270.

Les précédents de 2016 et de 2020

On rappellera que Donald Trump a emporté, de très peu, ces 3 États du Michigan, de la Pennsylvanie et du Wisconsin en novembre 2016.

Plus précisément, Donald Trump a emporté le Michigan avec 0,23 % d’avance (ce qui correspondait à 10 614 voix d’avance), la Pennsylvanie avec + 0,72 % (44 292 voix d’avance) et le Wisconsin avec + 0,77 % (67 748 voix d’avance).

Puis Joe Biden a emporté ces 3 États, également de très peu, lors de l’élection de novembre 2020, avec respectivement 2,78 % d’avance dans le Michigan, (ce qui correspondait à 154 188 voix d’avance), + 1,17 % en Pennsylvanie (80 555 voix d’avance) et + 0,63 % dans le Wisconsin (20 682 voix d’avance).

On constate donc qu’au cours des deux dernières élections présidentielles, ces 3 États ont voté en bloc, de la même façon. En réalité, ces 3 États ont constamment voté pour le même candidat depuis 1992.

Les sondages donnent lavantage à Donald Trump, pour le moment

La moyenne des sondages les plus récents donne actuellement un avantage de 2,3 % à Donald Trump à l’échelle nationale17.

On rappellera toutefois qu’en raison du mécanisme des grands électeurs, le candidat qui obtient le plus grand nombre de voix n’est pas nécessairement certain d’emporter l’élection. Comme mentionné précédemment, Hillary Clinton obtint une avance de 2,1 % du vote national en novembre 2016, ce qui ne l’a pas empêchée de perdre l’élection18.

Par ailleurs, les chiffres sont disparates dans les 3 États en question de la Rust Belt.

En effet, selon le Real Clear Politics Aggregate du mois de mars 2024 (agrégat de l’ensemble des sondages publiés en février), l’avance de Donald Trump est de 3,7 % dans le Michigan mais elle n’est que de 0,5 % en Pennsylvanie et de 1,2 % dans le Wisconsin.

La prime au sortant (« the incumbent surge »)

À l’évidence, ces sondages peuvent évoluer, dans un sens ou dans un autre, d’ici à l’élection qui se tiendra dans huit mois.

Or, si l’on observe les trois dernières élections américaines où le président sortant s’est représenté pour un second mandat, à savoir la réélection de George W. Bush en 2004, la réélection d’Obama en 2012 et la réélection manquée de Donald Trump en 2020, on constate un point commun important.

Systématiquement en effet, les résultats finalement obtenus par chacun de ces trois présidents sortants furent bien meilleurs, comparés aux sondages respectifs parus au début des années 2004, 2012 et 2020.

Par exemple, George W. Bush obtint 8,4 % de voix de plus que ce qui avait été prédit par les sondages en début d’année 2004, lesquels annonçaient une victoire aisée de John Kerry avec 6 % d’avance (Bush ayant finalement emporté l’élection avec + 2,4 % de voix).

Quant à Barack Obama, les sondages de janvier 2012 prédisaient + 1,2 % alors qu’il l’a finalement emporté en novembre 2012 avec + 3,9 %.

Enfin, Joe Biden a finalement obtenu 4,5 % de voix de plus que Donald Trump en novembre 2020 à l’échelle nationale alors que les sondages de février 2020 le créditaient d’une avance de 5,4 % (cette avance était même de 10 % en novembre et décembre 2019).

Il résulte de ce qui précède que la moyenne du différentiel en faveur du président sortant fut de 3,17 % sur les trois dernières élections concernées (8,4 % en 2004, 2,3 % en 2012 et 1,2 % en 2020).

Si l’on corrige à la hausse les sondages actuels des États du Michigan, de Pennsylvanie et du Wisconsin, Joe Biden pourrait donc arriver en tête dans chacun de ces trois États.

Des électeurs qui changent davis au dernier moment par crainte de linconnu

Il semble en effet que les électeurs, lorsqu’ils sont sondés en début d’année électorale, n’hésitent pas à exprimer leur mécontentement, en faisant part de leur intention de voter pour le candidat de l’opposition.

Mais au jour J de l’élection, nombreux sont ceux qui accordent finalement leur vote au président sortant, sans doute par peur de l’inconnu.

Donald Trump, le candidat hybride

Les observateurs rétorqueront que Donald Trump ne représente pas vraiment l’inconnu puisqu’il a déjà été président (de 2017 à 2020). Il est en quelque sorte un candidat hybride, à la fois de l’opposition et sortant, si bien que les sondages de début d’année 2024 seraient plus justes que dans le passé.

Cela étant, sur la base de l’observation des trois dernières élections de présidents sortants, on ne peut pas écarter l’hypothèse selon laquelle Joe Biden obtiendrait en novembre des scores meilleurs que ceux que lui prédisent les sondages actuels.

« Je vais le battre à nouveau »

En conséquence, il n’est pas du tout impossible que Joe Biden arrive finalement en tête (sans doute de justesse) dans ces trois États du Michigan, de la Pennsylvanie et du Wisconsin.

C’est d’ailleurs bien ce scénario que le président a en tête lorsqu’il déclare récemment : « Je vais le battre à nouveau »19.

Les incertitudes liées au vote par correspondance universel et à labsence de contrôle de la carte didentité des électeurs

L’incertitude concernant le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin est exacerbée en particulier par le fait que ces États autorisent le vote par correspondance universel (« No excuse mail in ballot »).

Ce mécanisme électoral autorise les électeurs à voter depuis chez eux, en envoyant leur bulletin par la poste, au lieu de se rendre aux urnes20.

Pour mémoire, ce mécanisme fut supprimé en France il y a un demi-siècle en raison des risques inhérents de fraude électorale21.

Or, ce système de vote par correspondance généralisé suscita de nombreuses interrogations lors des dernières élections de 2020, qui se sont déroulées dans le contexte de la crise du Covid et des confinements, notamment en raison de la prise en compte par ces États de centaines de milliers de bulletins de vote par correspondance favorables à Joe Biden arrivés par la poste postérieurement à la date de l’élection.

À tel point que le 7 décembre 2020, 18 États de l’Union et 128 membres de la chambre des représentants saisirent (en vain)22 la Cour suprême des États-Unis afin de faire annuler les résultats de ces trois États (et la Géorgie) en raison des soupçons de fraude électorale massive.

Qui plus est, la Pennsylvanie fait partie de la quinzaine d’États de l’Union (tous dirigés par le parti démocrate) qui interdisent le contrôle de la carte d’identité des électeurs (« no ID required to vote State »).

En Pennsylvanie, le contrôle de l’identité des électeurs est fondé uniquement sur la comparaison de la signature des électeurs apposée sur l’enveloppe du bulletin envoyé par correspondance (ou de la signature apposée devant l’assesseur au bureau de vote) avec les signatures enregistrées sur les listes électorales.

Cette absence de contrôle de la carte d’identité des électeurs en Pennsylvanie – qui est unique dans le monde démocratique occidental – a également généré nombre d’interrogations lors des élections de 2020, les républicains dénonçant un contrôle, à dessein, très laxiste, voire inexistant, des signatures, notamment dans les bureaux de vote de Philadelphie.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est à craindre que les élections de cette année suscitent à nouveau de nombreuses interrogations et litiges concernant le déroulement du scrutin, en particulier dans ces trois États cruciaux, ce qui rend leurs résultats d’autant plus incertains.

270 grands électeurs pour Joe Biden contre 268 pour Donald Trump

Avec cette configuration de victoires emportées dans les 20 États traditionnellement acquis aux démocrates, ainsi que dans la 2e circonscription du Nebraska, auxquelles s’ajouteraient donc le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin, Joe Biden serait élu de justesse puisqu’il obtiendrait 270 grands électeurs, c’est-à-dire tout juste la majorité, contre 268 pour Donald Trump23.

Les grands électeurs sans foi (ni loi)

Il convient de souligner cependant que les grands électeurs ne sont pas nécessairement tenus de voter pour le candidat arrivé en tête dans leur État.

La plupart des États de l’Union les autorisent en effet à voter pour qui ils veulent, c’est-à-dire soit pour le candidat opposé, soit pour un tiers (faithless electors)24.

C’est ainsi qu’en 2016, Donald Trump, qui avait obtenu 306 grands électeurs, n’a finalement reçu que 304 voix de la part de ces grands électeurs. De son côté, Hillary Clinton a subi cinq défections, n’ayant obtenu que 227 voix de la part de ses 232 grands électeurs25.

En 2020, aucune défection de grands électeurs n’a été constatée.

Ainsi, en théorie, même si Joe Biden obtenait 270 grands électeurs le 5 novembre 2024, il n’est pas garanti d’obtenir 270 voix lors du vote des grands électeurs des 50 États qui se tiendra à Washington DC le 17 décembre 2024.

Les deux candidats seraient alors à égalité (ou aucun ne serait élu, à défaut d’obtenir 270 voix) si l’un des grands électeurs de Joe Biden décidait de voter en faveur de Donald Trump (ou pour un tiers), à supposer qu’aucun des grands électeurs de Donald Trump ne vote pour Joe Biden.

En réalité, si Joe Biden obtenait effectivement 270 grands électeurs au soir du 5 novembre 2024, la probabilité que l’un d’eux lui fasse défaut et le trahisse est extrêmement faible. Jamais dans l’histoire des États-Unis les grands électeurs n’ont osé modifier le verdict des urnes.

Le rôle crucial de la 2e circonscription du Nebraska

Comme il a été mentionné précédemment, cette victoire in extremis avec 270 grands électeurs en faveur de Joe Biden dépendrait donc entièrement de l’unique grand électeur alloué par le Nebraska au candidat arrivé en tête dans la 2e circonscription de cet État.

En d’autres termes, les quelque 473 000 électeurs de cette circonscription détiennent potentiellement entre leurs mains le destin de Joe Biden, sur un total de plus de 240 millions d’électeurs inscrits.

Inutile de préciser que l’attention des états-majors des partis démocrate et républicain est dès à présent très concentrée sur cette circonscription qui apparaît anodine de prime abord.

Les démocrates ont mécaniquement perdu 3 grands électeurs entre les élections présidentielles de 2020 et de 2024

Le grand électeur de cette 2e circonscription du Nebraska sera d’autant plus crucial pour Joe Biden (et pour Donald Trump) que les démocrates ont mécaniquement perdu trois grands électeurs à l’occasion de cette élection présidentielle de novembre 2024. Le coupable ? Le recensement de la population états-unienne de 2020.

En effet, l’élection présidentielle du 5 novembre 2024 sera la première tenue sur la base des résultats de ce recensement, qui prend en compte d’importants mouvements de populations intervenus au sein des États-Unis au cours de la décennie 2010-2020.

Ainsi, la répartition des 435 circonscriptions législatives de la chambre des représentants entre les 50 États (reapportionment) a été modifiée sur la base des variations du nombre d’habitants entre lesdits États, pour tenir compte de ceux qui ont gagné des habitants au détriment des autres.

Plus particulièrement, la Californie, l’Illinois, et New York – tous les trois acquis aux démocrates (v. supra) – ont chacun perdu une circonscription législative et donc par voie de conséquence un grand électeur.

Ainsi, la Californie, qui, en 2020, avait 55 grands électeurs, n’en a plus que 54 pour l’élection de 2024. Idem pour l’Illinois, qui passe de 20 à 19 grands électeurs et pour New York qui passe de 29 à 28 grands électeurs26.

De même, le Michigan et la Pennsylvanie – que Joe Biden doit absolument emporter (v. supra) – ont également perdu chacun un grand électeur (et aucun changement pour le Wisconsin)27.

Ce déficit de cinq grands électeurs est néanmoins compensé par le fait que l’Ohio et la Virginie Occidentale – que Donald Trump emportera assurément – ont eux aussi perdu chacun l’un de leurs grands électeurs.

Au total, la Caroline du Nord (+ 1), la Floride (+ 1), le Montana (+ 1) et le Texas (+ 2), que remportera Donald Trump, ont gagné ensemble cinq grands électeurs. Ce qui est compensé par le fait que le Colorado et l’Oregon – qui sont dans le camp démocrate – ont eux aussi obtenu un grand électeur supplémentaire.

D’où un gain net pour Donald Trump de trois grands électeurs résultant des mouvements de population entre les différents États de l’Union28.

Joe Biden navait donc pas besoin du grand électeur du Nebraska en 2020

Il résulte de ce qui précède que Joe Biden n’avait pas nécessairement besoin d’arriver en tête dans la 2e circonscription du Nebraska lors de l’élection présidentielle de novembre 2020.

En effet, le socle des 20 États acquis à la gauche (v. supra) correspondait alors à 226 (contre 225 aujourd’hui) alors que les trois États de la région des Grands Lacs (Michigan, Pennsylvanie et Wisconsin) lui apportaient un complément de 46 grands électeurs (contre 44 aujourd’hui), soit un total de 272 grands électeurs…

En résumé, les habitants qui ont quitté la Californie ou New York au cours de la décennie passée pour s’installer en Floride ou au Texas29 vont peut-être coûter la réélection de Joe Biden pour un second mandat si Joe Biden ne parvient pas à emporter le grand électeur de la 2e circonscription du Nebraska.

Quid en cas dégalité 269 grands électeurs partout ?

En tout état de cause, si Joe Biden ne parvient pas à emporter ce grand électeur de la 2e circonscription du Nebraska en novembre 2024, les deux candidats obtiendraient alors chacun 269 grands électeurs (dans la configuration où Trump perdait dans le trio Michigan, Pennsylvanie et Wisconsin)30.

Le président est désigné par la chambre des représentants

En cas d’égalité 269/269 (ou si aucun des candidats n’atteint 27031), le président sera alors désigné par la chambre des représentants, lors de la session du 6 janvier 2025, sur la base de sa nouvelle composition résultant des élections des représentants qui viendront de se dérouler.

Un vote par délégation dÉtats en lieu et place dun vote à la majorité absolue des représentants

En vertu du 12e amendement de la Constitution, il ne s’agira pas d’un vote à la majorité simple des nouveaux députés mais d’un vote par délégation représentant chacun des 50 États.

Le candidat qui l’emportera sera donc celui qui recevra au minimum 26 voix sur 100 à la chambre des représentants.

Par exemple, les 54 membres de la chambre des représentants qui auront été élus dans les 54 circonscriptions de la Californie se réuniront entre eux pour voter soit pour Joe Biden, soit pour Donald Trump. Comme vraisemblablement une quarantaine d’entre eux seront démocrates alors que seulement une quinzaine d’entre eux seront républicains, la voix de la délégation de la Californie sera en faveur de Joe Biden.

De même, le seul et unique représentant du Vermont (qui sera un démocrate) votera pour Biden. Puis les 4 représentants de l’Arkansas (tous républicains) voteront pour Donald Trump, etc.

Et ainsi de suite, chaque État réunissant sa propre délégation pour organiser un vote à la majorité simple pour l’un ou l’autre des candidats.

Un système intrinsèquement avantageux pour le parti républicain

Bien évidemment, nous ne savons pas encore quelle sera la nouvelle composition de la chambre des représentants au lendemain des élections du mois de novembre.

Toutefois, quelle que soit la nouvelle majorité dans la chambre basse (républicaine ou démocrate), il est probable que le parti républicain aura l’avantage en termes de délégations au soir du 5 novembre 2024.

En effet, le parti républicain est intrinsèquement avantagé par cette règle de vote par délégations car le Grand Old Party est structurellement majoritaire dans un plus grand nombre de (petits) États de l’Union. Et ce, même s’il est éventuellement minoritaire en termes de sièges à la chambre.

En conséquence, si Joe Biden ne remporte pas la 2e circonscription du Nebraska, il est vraisemblable qu’il ne sera pas réélu (par la chambre basse).

Sil y avait eu égalité entre Joe Biden et Donald Trump en 2020, Trump aurait été élu !

Pour illustrer le propos, on soulignera que lors des élections de novembre 2020, le parti démocrate a emporté 222 sièges à la chambre des représentants, contre 213 pour le parti républicain.

Mais le parti républicain était majoritaire dans 27 délégations d’États contre 20 pour les démocrates, 3 étant à parité (Michigan, Minnesota et Pennsylvanie).

En conséquence, si Joe Biden et Donald Trump avaient chacun obtenu 269 grands électeurs à l’élection présidentielle de novembre 2020, Donald Trump aurait été élu par la chambre des représentants, par 27 voix contre 20, et ce, alors même que le parti démocrate y disposait d’une majorité absolue de sièges !

Lélection de Joe Biden sest jouée à 42 918 voix près en 2020

Or, l’élection de Joe Biden en novembre 2020 s’est jouée à 42 918 voix près (sur un total de 158 millions de bulletins exprimés) puisque Joe Biden a finalement emporté l’Arizona avec 10 457 voix d’avance, la Géorgie avec 11 779 voix d’avance et le Wisconsin avec 20 682 voix d’avance.

Si Donald Trump avait emporté ces trois États, Joe Biden et Donald Trump auraient obtenu chacun 269 grands électeurs, auquel cas, comme cela vient d’être décrit, Donald Trump aurait été élu par la chambre des représentants.

En cas dégalité, le viceprésident est élu par le Sénat

En cas d’égalité entre Joe Biden et Donald Trump au soir de l’élection présidentielle du 5 novembre 2024, chaque candidat obtenant 269 grands électeurs, le vice-président sera élu par le Sénat, dans sa nouvelle composition, à un vote à la majorité simple des 100 sénateurs.

Il est donc possible, en théorie, que Kamala Harris soit élue vice-présidente si les démocrates obtiennent la majorité à la chambre haute en novembre 2024 (les démocrates détiennent à ce jour une majorité de 51 sénateurs)32.

La situation serait alors ubuesque, avec un Donald Trump élu par la chambre des représentants affublé de Kamala Harris, élue par le Sénat.

Le Sénat passera sans doute aux mains des républicains en novembre 2024

En réalité, les observateurs s’accordent à penser que, compte tenu de la carte électorale sénatoriale spécialement favorable au parti républicain cette année, celui-ci devrait obtenir une majorité de sénateurs en novembre prochain si bien que la question d’une « cohabitation » entre Trump et Harris pendant quatre années à partir de janvier 2025 ne devrait pas se poser.

En effet, seuls 34 sièges de sénateurs (sur 100) seront à pourvoir en novembre 2024 puisqu’un tiers du Sénat est renouvelé tous les deux ans. Ce sont donc les sièges des 34 sénateurs qui ont été élus en novembre 2018 qui sont en lice cette année.

En l’occurrence, 28 sénateurs démocrates et 38 sénateurs républicains vont rester en poste (élus en 2020 et 2022). Or, le parti républicain devrait remporter au minimum 14 des 34 sièges en lice, dans les États du Dakota du Nord, Floride, Indiana, Montana, Mississippi, Missouri, Nebraska (2 sièges), Ohio, Tennessee, Texas, Utah, Virginie Occidentale et Wyoming.

Ce qui signifie que le parti de Donald Trump est assuré d’obtenir 52 sénateurs en novembre 2024 (38 + 14).

En conséquence, en cas d’égalité de grands électeurs entre Joe Biden et Donald Trump en novembre 2024, nous assisterons alors vraisemblablement à une élection de Donald Trump par la chambre des représentants assortie d’une élection de son vice-président par le Sénat33.

Dans le meilleur des cas, Joe Biden sera en cohabitation à partir de janvier 2025

Comme exposé précédemment, même si Joe Biden est réélu à la présidence des États-Unis en novembre 2024 (en emportant 270 grands électeurs ou plus), il devrait se trouver néanmoins en situation de cohabitation, le parti démocrate ayant alors vraisemblablement perdu sa (courte) majorité au Sénat. Il lui sera donc impossible de faire adopter son programme législatif sans l’accord des républicains puisque la Constitution américaine prévoit que les deux chambres ont les mêmes pouvoirs législatifs, chacune des chambres pouvant bloquer les projets de loi de l’autre34.

Joe Biden se trouverait alors exactement dans la même situation que Barack Obama au lendemain de sa réélection de 2012.

Notes de bas de pages

  • 1.
    Les différents sondages effectués depuis un an (Associated Press, NBC News…) varient entre 65 % et 78 % d’électeurs qui pensent que le pays va dans la mauvaise direction (Direction of the country polls).
  • 2.
    Les sondages mesurant les Approval ratings du président ne le créditent que de 34 % à 39 % d’opinions favorables selon les instituts de sondage (37 %, par exemple, d’après le sondage national NBC paru le 3 février 2024), ce qui rend Joe Biden encore plus impopulaire que ne le fut Jimmy Carter en 1980. La référence à ces sondages d’opinions favorables est importante car en général, le candidat obtient à l’élection un pourcentage de voix proche de ses opinions favorables. Par exemple, en 2020, le président sortant Donald Trump bénéficiait de 46 % d’opinions favorables et il obtint 47 % des voix. En 2012, Barack Obama bénéficiait de 50 % d’opinions favorables et il obtint 51 % des voix lors de sa réélection.
  • 3.
    Cette année, le vote des grands électeurs se tiendra dans chaque État le 17 décembre 2024. Puis leurs votes seront officiellement comptabilisés lors d’une cérémonie au Congrès à Washington DC qui se tiendra le 6 janvier 2025 (« Congress count of electoral votes »). Ce décalage dans le temps était justifié à l’origine pour permettre aux bulletins des grands électeurs d’être transportés (à cheval) des différents États lointains jusqu’à la capitale.
  • 4.
    Constitution américaine de 1787, sect. 1, art. II : “Each State shall appoint, in such Manner as the Legislature thereof may direct, a Number of Electors, equal to the whole Number of Senators and Representatives to which the State may be entitled in the Congress”.
  • 5.
    La Californie a voté pour les candidats démocrates de façon constante depuis 1992 (avec Bill Clinton), ce qui en fait un véritable « liberal stronghold » (une « place-forte socialiste » si l’on traduit littéralement). À l’inverse, la dernière fois que le Texas a voté pour un candidat démocrate fut en 1976 (Jimmy Carter). Compte tenu du nombre important de grands électeurs en jeu au Texas, le parti démocrate déploie depuis des décennies des efforts considérables pour faire basculer cet État dans le camp démocrate, comme il a réussi à le faire avec la Californie qui était républicaine avant 1992. En vain pour le moment, Trump ayant emporté le Texas avec 9 % d’avance en 2016 et avec 5,6 % en 2020. Le jour où le Texas deviendra un État démocrate, les chances pour le parti républicain d’emporter l’élection présidentielle seront très largement amoindries. On soulignera cela dit que le 3e État le plus peuplé des États-Unis, la Floride, a longtemps été un swing state, c’est-à-dire un État votant tantôt pour les démocrates, tantôt pour les républicains. Toutefois, depuis 2016, la Floride, avec ses 30 grands électeurs, est devenue un État fortement ancré à droite (alors que la Floride avait voté pour Barack Obama en 2008 et en 2012).
  • 6.
    Les habitants de Washington DC certes n’élisent pas de sénateur ou de représentant mais ils votent donc pour les élections présidentielles. Cette réforme constitutionnelle de 1961 (appliquée pour la première fois à l’élection de 1964) est du pain béni pour les démocrates dans la mesure où la ville a systématiquement voté très majoritairement en faveur du candidat démocrate depuis 1964. En 2020, par exemple, Joe Biden a obtenu 92,15 % des voix.
  • 7.
    Chaque parti constitue en effet une liste de ses grands électeurs, composée en principe d’élus locaux. Par exemple, si le candidat républicain à l’élection présidentielle arrive en tête dans un État, ce sont alors les grands électeurs de la liste républicaine de cet État qui voteront officiellement pour désigner le président.
  • 8.
    Ce système du Collège électoral fut adopté par les pères fondateurs des États-Unis en 1787 non seulement comme un moyen de préserver les droits des États de l’Union les moins peuplés mais également comme un compromis entre une élection du président au suffrage universel direct (qui n’existait d’ailleurs dans aucun pays à l’époque) et une élection du président par le Congrès.
  • 9.
    Cette défaite paradoxale d’Hillary Clinton de novembre 2016 fut d’ailleurs à l’origine d’attaques sans précédents du parti démocrate contre le mécanisme du collège électoral, réclamant son abolition. Donald Trump, critiqué pour avoir emporté l’élection en ayant perdu le vote populaire, rétorqua en substance : « J’ai joué avec les règles du jeu. S’il fallait remporter le vote populaire, j’aurais fait campagne en Californie et à New York… »
  • 10.
    Le taux de participation aux élections présidentielles aux États-Unis est traditionnellement assez faible, se situant, depuis 1980, entre un plus bas de 49 % (1996) et le record de 62 % de 2020.
  • 11.
    De la Nouvelle Angleterre jusqu’à la Virginie, l’intégralité des États de la façade atlantique des États-Unis est acquis aux démocrates, et ce, depuis des décennies. Depuis peu cependant, la partie sud de cette côte atlantique est devenue un bastion républicain (ce qui inclut donc la Caroline du Nord et du Sud, la Géorgie et la Floride).
  • 12.
    Precious McKesson, qui représentait cette circonscription côté démocrate en tant que grande électrice, fut alors la première états-unienne d’origine africaine à voter en tant que elector de toute l’histoire des États-Unis.
  • 13.
    Le redécoupage a consisté en fait à adjoindre à cette circonscription urbaine (à tendance démocrate) un comté rural adjacent (à tendance républicaine).
  • 14.
    En la personne de Donald Bacon, élu pour la première fois en novembre 2016. Il a été systématiquement réélu depuis lors en 2018, 2020 et 2022 (les représentants étant élus tous les deux ans). Il fut donc l’un des rares représentants républicains (9 au total) à avoir été élu en 2020 dans une circonscription emportée par Joe Biden (en ayant été crédité de 17 000 voix de plus que Donald Trump dans cette circonscription).
  • 15.
    John Sununu, le père de Christopher Sununu, fut lui aussi gouverneur républicain du New Hampshire (entre 1983 à 1989) puis Chief of Staff du président Georges Bush de 1989 à 1991 (poste très important au sein de la Maison Blanche).
  • 16.
    Les sondages donnent actuellement une large avance à Donald Trump dans chacun de ces États clefs (+ 5,5 % en Arizona, en Caroline du Nord et en Géorgie, + 11,5 % dans l’Iowa, + 7,7 % dans le Nevada et + 9 % dans l’Ohio).
  • 17.
    Il s’agit d’une moyenne des sondages publiés au cours des derniers mois. Par exemple, deux sondages du début du mois de mars 2024 (Fox News et Wall Street Journal) donnent 2 % d’avance à Trump. Un autre sondage du 2 mars 2024 du New York Times/Siena College donne, quant à lui, une avance de 5 % à Donald Trump (48 % pour Trump contre 43 % pour Biden avec 10 % d’indécis).
  • 18.
    Les sondages de la veille de l’élection donnaient un avantage de 4,5 % à Hillary Clinton en novembre 2016, ayant donc fortement sous-estimé le vote en faveur de Donald Trump.
  • 19.
    Interview de Joe Biden du 4 mars 2024 dans The New Yorker : « I will beat him again ».
  • 20.
    Ces États ont même légalisé le « ballot harvesting » (la récolte de bulletins), en autorisant une personne (par exemple, le responsable local d’un parti) à venir récupérer au domicile des électeurs les bulletins par correspondance, à charge pour cette personne de les déposer ensuite dans un bureau de vote.
  • 21.
    Le quotidien Le Monde titrait à sa une du 13 novembre 1975 : « Pour réduire la fraude électorale, le vote par correspondance est supprimé » (le vote par correspondance fut alors remplacé par le vote par procuration).
  • 22.
    Le 11 décembre 2020, la Cour suprême rejeta la requête, estimant que les demandeurs n’avaient pas d’intérêt à agir (« Lack of standing »).
  • 23.
    Ce qui ne serait pas sans rappeler l’élection de Georges W. Bush qui obtint 271 grands électeurs en 2000 contre Al Gore. Pour un exemple inverse où un candidat a emporté quasiment l’intégralité des grands électeurs, il faut remonter à l’élection de Ronald Reagan en 1980, ce dernier ayant emporté 489 grands électeurs, contre seulement 49 pour Jimmy Carter.
  • 24.
    Seuls 13 États contraignent véritablement leurs Electors à voter en faveur du candidat arrivé en tête dans leur État/leur circonscription (par le biais de l’annulation de leur vote non-conforme).
  • 25.
    Au lendemain de l’élection « surprise » de Donald Trump en novembre 2016, une campagne politique et médiatique d’ampleur fut orchestrée à l’égard des grands électeurs républicains pour les inciter à ne pas voter pour Donald Trump, parfois en ayant recours à des moyens de pressions violents (menaces de mort, etc…). Paradoxalement, Hillary Clinton perdit plus de voix de grands électeurs que Donald Trump lors du vote du 19 décembre 2016. Pour être précis, elle en avait même perdu 8 mais 3 furent ensuite invalidés et corrigés en sa faveur.
  • 26.
    Pour l’anecdote, l’État de New York a perdu un représentant (et un grand électeur) à la suite du recensement de 2020 mais cela s’est joué à 89 habitants près… (sur plus de 20,2 millions d’habitants). On rappellera que l’État de New York avait 47 grands électeurs dans les années 1940 mais sa représentation au Congrès n’a cessé de décliner depuis lors.
  • 27.
    On constate donc une importante hémorragie d’habitants (et d’électeurs) des États traditionnellement gouvernés par les démocrates intervenue au cours de la décennie 2010-2020. Par exemple, au cours de cette période, la Californie a perdu 1,3 million d’habitants (avec 6,2 millions de départs et 4,9 millions d’arrivées), les commentateurs parlant de « California exodus ».
  • 28.
    Non seulement ce gain de trois grands électeurs pour le candidat républicain à l’élection présidentielle pourrait s’avérer déterminant en cas de résultat serré en novembre 2024 mais il n’est pas impossible non plus que la nouvelle majorité à la chambre des représentants se joue en faveur du parti républicain à trois voix près, grâce au gain net de ces trois nouvelles circonscriptions dans des États acquis aux républicains.
  • 29.
    Diverses raisons expliquent ces mouvements population entre États démocrates au profit d’Etats républicains au sein de l’Union, à commencer par la fiscalité. En effet, les États de Californie et de New York, par exemple, ont adopté un impôt sur le revenu très lourd (assis sur la même assiette que l’impôt sur le revenu fédéral), dont les tranches marginales sont respectivement de 12,3 % et de 10,9 %. Or, la Floride et le Texas ne prélèvent pas d’impôt sur le revenu… Sans parler de la Sales Tax (TVA locale) qui va jusqu’à 10,75 % en Californie et 8,875 % à New York alors qu’elle n’est que de 6 % en Floride et de 6,25 % au Texas. Il existe donc une concurrence fiscale féroce entre les États démocrates (où la pression fiscale est forte) et les États républicains (où les impôts sont faibles), qui a, par ricochet, une incidence sur les élections fédérales.
  • 30.
    Bien évidemment, dans cette configuration, il suffit à Donald Trump d’emporter seulement l’un de ces trois États de la Rust Belt pour être élu président en novembre 2024.
  • 31.
    Hypothèse où un candidat tiers en lice, comme Robert Kennedy Junior, arriverait en tête dans un ou plusieurs États, s’appropriant alors les grands électeurs afférents.
  • 32.
    Les démocrates, qui ne disposaient que de 50 sénateurs depuis les élections de novembre 2020 (mais qui, en pratique, détenaient la majorité au Sénat par le biais du vote de départage de la vice-présidente Kamala Harris), ont réussi – contrairement à ce que prévoyaient les sondages – à obtenir un siège supplémentaire au Sénat lors des élections de mi-mandat de novembre 2022, passant de 50 sénateurs à 51 sénateurs.
  • 33.
    S’il est réélu en décembre 2024 par les grands électeurs (ou en janvier 2025 par la chambre basse), Donald Trump sera alors le premier président à exercer deux mandats non consécutifs depuis le démocrate Grover Cleveland en 1892.
  • 34.
    C’est du reste la situation dans laquelle Joe Biden se trouve depuis les élections de mi-mandat de novembre 2022, le parti démocrate ayant alors perdu la majorité à la chambre des représentants.
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