Affaire Fillon : la défense marque des points

Publié le 02/03/2020 - mis à jour le 03/03/2020 à 12H39

Au quatrième jour du procès Fillon, la question « Penelope Fillon travaillait-elle effectivement pour son mari ? » est devenue « son travail était-il celui d’une assistante parlementaire ? ». L’instruction a également fait l’objet de quelques critiques.

Alors que le procès entre dans sa deuxième semaine, le tribunal s’est penché lundi 2 mars sur les témoignages de l’entourage personnel et professionnel du couple et sur les pièces versées par la défense pour démontrer l’activité de Penelope Fillon.

Francois et Penelope Fillon arrivent au tribunal le 2 mars. (Photo : ©P. Cluzeau)

Femme de Premier ministre

Jeudi dernier, le couple Fillon avait passé plusieurs heures à la barre à décrire les missions d’assistante parlementaire de Penelope Fillon. Lundi, la présidente a demandé aux prévenus s’ils souhaitaient ajouter quelques chose aux éléments abordés la semaine précédente. Pénélope Fillon est revenue brièvement sur la fameuse interview au Sunday Telegraph pour souligner que si elle avait minimisé son rôle, c’est que la journaliste avait évoqué avant le début de l’entretien la situation de la femme de Tony Blair et qu’elle voulait éviter toute confusion entre le rôle très actif en Grande-Bretagne d’une femme de premier ministre et le sien. De son côté, la présidente semble prendre ses distances avec l’instruction ; elle a ainsi présenté le complément de ses propres calculs sur le niveau de salaire de Penelope Fillon. Jeudi dernier, elle avait conclu que son taux horaire n’était pas plus élevé que celui des autres, dès lors qu’on le comparait à tous les attachés parlementaires, ce que n’avait pas fait l’instruction. Lundi, elle a précisé que ce taux horaire était également parfaitement cohérent en termes d’expérience et de diplôme.

« On vous demande d’être la poursuite du tribunal médiatique ! »

Une altercation a suivi entre le parquet et la défense concernant la demande de projection par l’accusation du numéro de l’émission Envoyé Spécial consacré à l’affaire. « On vous demande d’être la poursuite du tribunal médiatique » s’est indigné Pierre Cornut-Gentille, l’avocat de Penelope Fillon. Quant à Antonin Levy, conseil de François Fillon, il a souligné que toutes les personnes intéressantes pour l’accusation dans ce reportage avaient été entendues dans le cadre de l’instruction et que leurs propos étaient plus nourris que ce qu’en avaient retenu les journalistes, de sorte que si l’émission était diffusée, la défense demanderait la lecture intégrale des dépositions.  Le tribunal a réservé sa réponse : le reportage est long et le programme des audiences chargé.

« J’ai toujours su que Pénélope Fillon avait un rôle »

Le programme du jour a débuté avec la lecture par la présidente des témoignages sur le travail de Penelope Fillon. Ses enfants, Marie et Charles, ont attesté qu’ils avaient toujours vu leur mère travailler pour leur père, sans trop savoir si elle était rémunérée ni ce qu’elle faisait exactement. Côté attachés parlementaires, les témoignages sont plus contrastés.   « On a fait des déplacements ensemble, je sais qu’elle aidait son mari » confie l’une d’entre elles. Une autre, qui travaillait au Mans (58 kilomètres de Sablé-sur-Sarthe où demeurent les Fillon), met la défense en difficultés, « ma rémunération a été réduite de moitié pour rémunérer Madame Fillon » déclare-t-elle aux enquêteurs. François Fillon rétorque  : « vous feriez mieux de me demander pourquoi je ne l’ai pas fait avant, elle travaillait en partie pour le RPR, il était naturel que celui-ci contribue à sa rémunération ». L’intéressée dit qu’elle ne connaissait pas Penelope Fillon. Normal explique l’ancien Premier Ministre, elle s’occupait de la partie urbaine, Penelope du rural, là où j’étais le plus implanté.

« L’intérêt porté par Madame Fillon aux problèmes locaux était flagrant »

Une troisième assistante parlementaire apporte en revanche de l’eau au moulin de la défense « j’ai toujours su que Penelope Fillon avait un rôle auprès de son mari, elle a toujours été présente dans l’équipe, elle suivait pour lui tout ce qui se passait dans la Sarthe et me confiait des demandes d’intervention ». Celle-ci précise dans sa déposition que le travail d’attaché parlementaire comporte une importante partie de lectures et de relationnel qui n’est pas matérialisable. C’est précisément le problème majeur auquel se heurte la défense :  démontrer concrètement les travaux de Penelope Fillon en remontant jusqu’en 1998. A plusieurs reprises, François Fillon a rappelé qu’il ne conservait pas d’archives, faute de disposer d’une permanence, quant à l’assemblée, elle détruit tout à la fin de chaque législature. D’où la difficulté d’apporter des preuves d’activité. La présidente poursuit par la lecture des témoignages des préfets de la région qui sont tout aussi favorables au couple Fillon. En particulier celui de Elisabeth Allaire qui indique que l’intérêt porté par Madame Fillon aux problèmes locaux étaient « flagrant », puis ajoute « c’était une femme très réservée mais qui semblait très concernée et à l’écoute de la population locale ». Le préfet Michel Camux indique lui aussi qu’il l’a vue assister à différents événements locaux dont les comices agricoles et précise en réponse à une question qu’il ne se souvient pas avoir vu les conjoints des autres parlementaires assister à ce type d’événements.

Le policier des RG et le jardinier

D’autres témoins sont toutefois moins favorables. Un policier des renseignements généraux assure que Penelope Fillon n’apparaissait nulle part, ni dans la fiche de renseignement ni sur le terrain. C’est mon gouvernement qui a supprimé les RG, rappelle François Fillon qui souligne qu’il ne le regrette pas si l’intéressé pour remplir sa fiche n’a interrogé ni l’assemblée, ni les impôts, ni les URSSAF. La présidente n’accorde à l’évidence guère de poids à ce témoignage qu’elle décrit comme étant en  contradiction directe avec ceux des préfets.  Pierre Cornut-Gentille tient cependant à enfoncer le clou en rappelant que selon le PV d’audition, ses seuls contact avec François Fillon étaient …de parking. La voiture des RG était garée en effet à côté de la sienne… Le jardinier employé par le couple deux jours par semaine assure qu’il n’y a pas de boite aux lettres contrairement à la thèse de la défense selon laquelle Penelope recevait beaucoup de courriers. En revanche, il confirme l’avoir vue recevoir dans son bureau des personnes qui n’étaient pas de sa famille.  Reste les journalistes locaux qui assurent tous n’avoir jamais vu Penelope Fillon. Sauf que les préfets, eux, l’ont vue.

Entrée de la salle d’audience où se déroule le procès Fillon. (Photo : ©P. Cluzeau)

Le « rôle social » d’une épouse de parlementaire

Au fil des débats,  le parquet, change de pied. Il ne s’agit plus d’affirmer qu’elle ne faisait rien mais de se demander si ce qu’elle faisait ne relevait pas  du simple « rôle social » de l’épouse d’un député. « Le rôle social d’une épouse de parlementaire n’appartient qu’à vous et interroge sur votre vision de la société, c’est très archaïque » tacle François Fillon.  La présidente, qui connait parfaitement son dossier et gère son audience d’une main de fer entre les sarcasmes de l’accusation et l’indignation de la défense, va s’employer lors de la deuxième partie de l’audience à vérifier précisément qu’il s’agit d’un travail et non d’un « rôle social ». La défense a versé un épais classeur de documents variés. Il y a de tout, des invitations à déjeuner, des articles de presse attestant de sa présence à certains événements, des courriers de demande d’intervention et même une fiche démontrant  ce qu’assure Pénélope depuis le départ : qu’elle suivait le courrier et donnait des consignes pour les réponses.

Durant plus de deux heures, la présidente interroge Penelope et François Fillon sur le sens de chaque pièce, le rapport avec une activité d’attachée parlementaire et celui avec la circonscription (car François Fillon a occupé de nombreux postes et à partir de 2013 s’est lancé dans le combat des primaires). C’est essentiellement Penelope Fillon qui répond. Francois Fillon se tient légèrement en retrait, parfois il s’approche, chausse des lunettes et le couple essaie de rassembler ses souvenirs pour expliquer le document qu’on leur tend. S’il semble à l’issue de cette longue journée que la réalité du travail ne fasse plus guère de doute, il n’est pas certain en revanche que la défense soit parvenue à démontrer que les tâches décrites étaient celles d’une attachée parlementaire. A ceci près que le contenu de la mission est à la discrétion du parlementaire. Surtout, dans l’ambiance survoltée des présidentielles et le stress occasionné par le scandale médiatique, la défense a produit tout ce qu’elle trouvait. Or, les documents postérieurs à la prévention sont nombreux – plus récents, ils n’avaient pas été détruits -. L’ennui pour la défense c’est qu’ils montrent que Penelope Fillon a poursuivi son activité après la cessation de son contrat. Ce que le parquet n’a pas manqué de souligner car cela accrédite sa thèse du « rôle social ». 

Les fuites, c’est personne !

Durant toute cette journée, la défense a continué de pointer le caractère à charge de l’instruction. Outre les données incomplètes sur les comparaisons de salaire relevées par la présidente elle-même, François Fillon a dénoncé le fait que le seul conseiller municipal entendu ait été un élu du Front de Gauche, son opposant politique acharné depuis les années 80. La présidente  a regretté à cette occasion le peu d’élus locaux auditionnés lors de l’instruction. Il évoque aussi le sms qu’aurait reçue sa voisine d’en face de la part d’un journaliste après la diffusion d’Envoyé Spécial où elle témoignait en faveur des Fillon « vous êtes un bon petit soldat mais le rouleau compresseur est en marche ». Enfin,  François Fillon a dénoncé les fuites dans la presse. « La loi de la République a été violée quasiment tout le temps. Il n’est pas normal que 48 heures après la perquisition de mon domicile, les documents saisis soient dans la presse ». Le parquet attrape la balle au bond. « Nous les condamnons aussi car nous en sommes victimes » proteste le vice-procureur Aurélien Létocart. «A entendre chacun dans ce dossier, ce n’est personne. C’est bien le problème » rétorque froidement François Fillon. 

Prochaine audience mercredi 4 mars 13h30. 

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