Aux comparutions immédiates de Créteil : « A chaque fois on me contrôle pour rien du tout ! »

Publié le 26/06/2020 - mis à jour le 26/06/2020 à 22H25

Les comparutions immédiates du Tribunal judiciaire de Créteil voient défiler des prévenus très jeunes. Moussa, 18 ans, est accusé de conduite dangereuse et sans permis. Prison ferme. 

Tribunal judiciaire de Créteil (Photo : ©P. Anquetin)

Celui-là n’a que 18 ans. Il y a un an, il était encore devant le tribunal pour enfants pour menace de mort et outrage. Aujourd’hui aux comparutions immédiates, il risque cinq ans pour conduite sans permis, refus d’obtempérer et pour avoir mis en danger la vie de plusieurs piétons et automobilistes à Ivry début juin 2020.

Ce vendredi-là, les policiers remarquent une voiture qui circule par à-coups nerveux. Ils demandent au conducteur de s’arrêter. Le jeune homme fait mine d’obtempérer, puis soudain accélère.

Voie de bus, contresens et slalom sur l’autoroute

Une course poursuite s’engage dans les rues d’Ivry. La voiture zigzague de plus belle. Sur les trottoirs, les piétons effrayés sautent de côté. Le conducteur emprunte une voix de bus, grille un feu rouge, s’engage sur le boulevard du colonel Fabien à contre-sens, bifurque, deuxième feu rouge, le voilà lancé sur l’autoroute, slalomant entre les véhicules…

Là, les policiers jettent l’éponge, la poursuite est trop dangereuse. Ils pensent avoir identifié le conducteur, un certain Moussa. Ils le connaissent bien, ils savent où le trouver.

Ils repèrent Moussa un peu plus tard dans son quartier d’origine. Dès qu’il les aperçoit, le garçon se dérobe. Il se faufile dans un immeuble, sonne à un appartement. « C’est qui ? » « C’est moi Maman, ouvre-moi ! » La femme ouvre. Surprise, le garçon n’est pas son fils. Une fois dans l’appartement, il se précipite sur le balcon. Enjambe la balustrade, passe sur un autre balcon et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’un habitant appelle les policiers par de grands signes depuis sa fenêtre. Ils découvrent Moussa sur le balcon, dissimulé sous une couverture. La cavale se termine au poste, sans morts ni blessés, puis au Tribunal.

Filiforme dans son survêtement Fly Emirates, Moussa se tient debout, bras croisés.

« — Vous avez tout nié, demande la Présidente.

— C’était pas moi, les policiers se sont trompés.

— Pourquoi avez-vous fui ? Pourquoi vous êtes-vous caché sous une couverture, si vous n’avez rien à vous reprocher ?

—Quand je les ai vus descendre de la voiture, j’ai compris qu’ils en avaient après moi. A chaque fois, on me contrôle pour rien du tout ! »

« On le retrouve en train de faire le lapin »

L’enquête de personnalité montre qu’il a décroché un CAP plomberie. Mais  la procureure remarque : « il fait preuve d’une certaine nonchalance à l’endroit du travail. Il est connu de la police, parce que chaque semaine il signe dans les locaux. Et on le retrouve en train de faire le lapin de balcon en balcon. Pourquoi ? Parce qu’on a un contrôle judiciaire. Il sait que la réponse pénale, c’est la détention provisoire. »

Moussa est maintenant assis, tête baissée. En raison de ses antécédents pour conduite sans permis, la magistrate requiert huit mois dont quatre avec sursis probatoire.

L’avocate de Moussa suit la ligne qu’il a fixée : dans la voiture, ce n’était pas lui. « Les policiers ne sont pas infaillibles. Si vous avez le moindre doute, je vous demande de relaxer. Si vous deviez entrer en voie de condamnation, le mandat de dépôt ne servirait pas à grand-chose. L’obliger à une formation et à un travail ne serait-il pas plus utile ? »

Moussa n’a rien à ajouter. Le Tribunal le reconnaît coupable et le condamne à quatre mois ferme avec maintien en détention pendant deux mois et demi, et quatre mois de sursis avec obligation de travailler et de s’inscrire aux épreuves du permis.

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