Mariage blanc, violence sur conjointe et séquestration au tribunal de Versailles

Publié le 14/10/2020

« Séquestration et violence sur conjointe » : cette affaire inscrite au rôle de la 7echambre correctionnelle des Yvelines le 11 septembre 2020 a de quoi inquiéter. On imagine le mari qui, non content de démolir sa femme, lui interdit toute relation sociale. Pourtant aucune incapacité n’a été constatée, et le prévenu comparaît libre. Parce que les affaires judiciaires sont toujours beaucoup plus compliquées qu’on ne pense…

Tribunal judiciaire de Versailles (Photo : ©P. Anquetin)

Le 23 avril 2020, les policiers de Croissy-sur-Seine sont appelés par une femme depuis Londres. Elle leur explique que sa cousine, qui vit en France à Croissy, est séquestrée chez elle par son mari. Il l’aurait battue, gravement blessée et abandonnée dans l’appartement fermé à clef.

Les policiers se rendent sur place. La porte est en effet verrouillée de l’extérieur. Ils enjambent le balcon. La femme  est Srilankaise et ne parle pas un mot de français. Elle est agitée, elle a un hématome sous l’œil gauche.

Au même instant, une Peugeot 206 se gare au pied de l’immeuble. Le conducteur entre dans l’appartement. C’est le mari, Srilankais lui aussi. Il est interpelé et placé en garde à vue.

« Il ne dort pas »

Elle raconte son histoire aux policiers : « Nous nous sommes mariés au Sri Lanka en 2017. C’était un mariage arrangé. Je suis arrivée en France en janvier 2020. Depuis un mois, mon mari a un comportement bizarre. Pendant la nuit, il ne dort pas. Il me regarde. Il reste à côté de mes pieds. Il a regardé les appels que j’ai passés sur mon téléphone. Il m’a donné cinq ou six coups. Il a pris toutes les clefs et il m’a enfermée. J’ai pris 10 Doliprane, je voulais mourir. Il a dit : Ce n’est pas grave, tu n’as qu’à mourir. Je veux me séparer. » Elle porte plainte, puis se réfugie dans sa famille.

Elle n’est pas venue à l’audience.

A la barre, le mari semble apeuré et malheureux. Un petit gabarit de 28 ans, aux yeux rougis.  Au premier rang du public derrière lui, son père, sa mère, ses frères.

La présidente reprend sa déposition :

«— Vous dites : je l’ai claquée et laissée enfermée. Elle m’a insulté et griffé. Elle me frappait sans arrêt.

— Elle s’est plaint de ne pas avoir de nourriture. Elle a vidé le frigo et pris des photos pour envoyer à sa mère.  Elle a insulté mes parents, en les traitant d’handicapés, ça m’a blessé. Je l’ai frappée, c’est vrai. J’aurais pas dû l’enfermer.

— Comment en êtes-vous venu à la frapper ?

— Elle parle avec d’autres personnes au téléphone.

— Vous pensez qu’elle a une autre histoire au Sri Lanka ? Mais on n’a jamais le droit de taper.

— Je ne suis pas un homme méchant…

— Vous avez perdu votre sang-froid….

— Oui je l’ai perdu. Moi j’aimais bien cette personne.

— Pourquoi vous l’enfermez ?

— Pour qu’elle ne se tue pas. Elle m’avait dit qu’elle voulait se suicider, se jeter dans la Seine…

— Vous comprenez qu’on n’a pas le droit d’enfermer quelqu’un ?

— Oui je comprends. D’habitude elle a ses clefs. Je ne savais pas quoi faire. J’étais paniqué ».

Les deux dépositions laissent apparaître en creux le scénario d’un mariage blanc qui tourne au calvaire en plein confinement.

Épileptique

La présidente aborde la personnalité du jeune homme : il est allé à l’école jusqu’en 3e, puis a poursuivi sa scolarité dans un Esat pour jeunes handicapés. Il est maintenant agent technique polyvalent. Pas de casier, pas d’alcool, pas de drogue. Et pour cause, il est épileptique. Son élocution révèle des séquelles de crises anciennes.

« La victime a dit que Monsieur avait porté les coups en premier », rappelle la procureure un peu pour la forme. Pour elle, la séquestration est établie : il a bien pris le double des clefs. « Mais il n’y a pas d’antécédents, il est inséré professionnellement, il exprime des regrets… » Elle demande 6 mois avec sursis, une obligation de soins et l’interdiction d’entrer en contact avec la victime.

« Elle avait intérêt à ce que les choses éclatent »

« Les hommes auteurs de violences doivent être condamnés. Mais, il faut se préserver des affabulations » convient l’avocat du jeune homme qui prend visiblement l’affaire très à coeur.  Mais c’est une autre histoire qui s’est déroulée ici. Celle d’un homme de 24 ans, légèrement handicapé, qui part au Sri Lanka pour rencontrer une femme. Il la ramène, il fait tout pour la satisfaire. Ce mariage, lui, il y croit. Peut-être même qu’il est amoureux. Mais il déchante rapidement : « Il n’y avait aucune réciprocité. Elle le traitait de gosse. Elle avait un amant qui publiait sur Facebook des photos d’elle comme étant son épouse… » Bref, il est malheureux comme une pierre. Jusqu’au jour où elle envoie à sa famille cette photo du frigo vide comme preuve de maltraitance. Il lui prend son téléphone. Elle essaie de le récupérer. Elle le griffe, le gifle. « Elle a donné les premiers coups. Elle avait intérêt à ce que les choses éclatent. »

Pour la séquestration, l’avocat plaide la relaxe. « Elle dit qu’elle veut se suicider. Il l’empêche de partir. Ce n’est pas une réaction flamboyante, mais c’est la seule qu’il ait trouvée. »

La défense demande que la condamnation éventuelle ne soit pas inscrite au casier. « C’est quelqu’un que vous ne reverrez pas. ».

Le client le jure : « Je ne recommencerai plus. »

Il est condamné à 4 mois d’emprisonnement avec sursis sans mention au feuillet B2 du casier judiciaire.

De son côté la future ex-épouse a déjà engagé sa demande de naturalisation…

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