Créteil : Six mois de prison avec sursis pour avoir traité sa femme de « pute »

Publié le 06/07/2020 - mis à jour le 15/07/2020 à 11H13

Le prévenu ne s’attendait pas à se retrouver  devant le tribunal correctionnel de Créteil pour avoir insulté sa femme. Il essuie le feu croisé des magistrates de la 12e chambre, le 1er juillet 2020. Dans la balance également, des violences contre son petit garçon.

Photo : ©P. Anquetin

« Il me répète tout le temps que je suis une mauvaise mère, que je suis une pute », confie Sophia à la barre.

L’année dernière, elle a quitté le domicile. Sans hébergement, elle a fini par revenir. Le 20 mai 2020, elle est repartie et a porté plainte.

« Elle nourrit mal Léo. Au petit déjeuner, des bonbons. A midi, un sandwich et des chips »

Polo blanc sur un corps musculeux, nerveux, Bastien se défend : « Je maintiens, oui c’est une mauvaise mère, Madame la présidente, j’assume. Elle nourrit mal Léo. Au petit déjeuner, des bonbons. A midi, un sandwich et des chips. Vous trouvez que c’est une bonne mère ça ? Elle dort toute la journée. C’est moi qui l’amène à l’école et qui le récupère. Elle, elle ne travaille pas, je ne lui ai jamais rien dit, elle fait ce qu’elle veut. »

Des insultes ?

« — Non, je ne l’ai jamais traitée de pute. Surtout pas devant me fils de cinq ans, vous vous rendez compte ? Mais je vais vous dire, elle a été avec sept hommes différents pendant qu’elle était avec moi.

— Et alors ? demande la Présidente.

— Et alors, moi quand je suis avec quelqu’un je suis fidèle.

— Donc, vous la traitez de quoi ?

—  Je lui ai juste dit qu’elle pouvait aller vendre son c… ailleurs. »

En l’entendant, Sophia est secouée de quintes de toux.

Elle est en dépression. Elle consultait déjà son médecin chaque semaine. Il a confirmé une suspicion de harcèlement conjugal.

Sophia dit aussi être tombée dans un guet-apens à l’entrée de son immeuble et avoir été menacée par trois hommes, dont un muni d’un couteau, sous les yeux de Bastien.

« C’est complétement faux, Madame la présidente. Elle ment. » Le tribunal n’insiste pas.

« Qu’est-ce qu’un bon père ? »

Autre motif de prévention, Bastien aurait frappé son fils. Interrogé par la police, le petit dit qu’il a reçu un coup de pied. « On jouait, Madame la présidente, explique le père. On jouait à la bagarre. Il m’a donné un coup au genou. Par reflexe, j’ai fait un mouvement avec le pied, comme ça. Mais je n’ai pas voulu le frapper. D’ailleurs après on a recommencé à se bagarrer. »

Il l’aurait aussi poussé dans l’escalier. Une photo des lieux circule. « C’était en montant. Pour qu’il avance. Je ne l’ai pas fait tomber vers le bas sur les marches. »

La procureure se lève. Elle prend un ton grave.

« — Vous dites qu’elle est une mauvaise mère. Mais qu’est-ce qu’un bon père ? Est-ce que fumer du cannabis, c’est être un bon père ?

— Non, c’est vrai, non, mais depuis cinq jours je n’ai touché à rien !

— Est-ce qu’insulter la mère de l’enfant c’est être un bon père ? Est-ce que ne pas faire vacciner son fils c’est être un bon père ? Il a des caries, vous le saviez ?

— Non…

— Ne pas le faire soigner, c’est être un bon père, Monsieur ? »

Bastien ne répond plus.

Chez le pédiatre, l’enfant a placé un smiley de sourire devant le symbole de sa maman et de sa tante, mais un smiley de peur devant le symbole de son papa. « Je ne sais pas, il est tout petit… » se décourage Bastien.

La procureure commence par annoncer une peine mixte, mais se ravise, et requiert simplement du sursis, 12 mois.

Pour l’avocate de Bastien, la mère a très bien pu influencer l’enfant avant son entrevue avec les enquêteurs. Le fils défend forcément sa maman, « c’est œdipien ». Il n’y a aucun élément démontrant une maltraitance. « Quand elle a quitté le domicile, elle a d’abord effectué des démarches pour trouver un hébergement. Ce n’est qu’à la fin de la journée qu’elle a porté plainte. Si le père avait été violent, pensez-vous qu’elle aurait laissé l’enfant toute la journée seul avec son bourreau ? Bien sûr que non. Elle parle d’un guet-apens. A-t-elle porté plainte ? Non. La seule chose qu’il y ait dans ce dossier, c’est ce qu’elle dit. Elle dit qu’elle a été insultée, et… c’est tout. »

Six mois avec sursis

Le tribunal reconnaît Bastien coupable de harcèlement conjugal du 1er mai 2019 au 20 mai 2020 et le relaxe pour la période précédente. Il le relaxe également des violences contre son fils.

Bastien est condamné à 6 mois de prison avec un sursis probatoire de deux ans, interdiction d’entrer en contact avec la victime, obligation de soin et de suivre un stage de sensibilisation aux violences conjugales.

« Vous pourrez voir votre fils, Monsieur », précise la présidente.

Il est soulagé. Mais a l’annonce de la peine civile, 1 500 € pour préjudice morale, il se crispe une dernière fois, avant de quitter le tribunal, accompagné par sa mère.

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