Tribunal de Meaux : Le dernier des cambrioleurs du frère de Dalida condamné

Publié le 22/03/2022 - mis à jour le 22/03/2022 à 12H04

Ils étaient cinq. En 2017, ils s’étaient introduits chez des gens fortunés, dont le baron Édouard de Rothschild et Orlando, le frère de la chanteuse Dalida. Quatre des malfaiteurs ont été jugés en 2021. Youssef, le dernier complice, a comparu mercredi 16 mars devant le tribunal de Meaux.

Tribunal de Meaux : Le dernier des cambrioleurs du frère de Dalida condamné
Palais de justice de Meaux (Photo : ©I. Horlans)

 Il n’était pas en fuite. Si Youssef n’était pas dans le box des prévenus le 1er septembre 2021 avec deux de ses comparses, ni le 13 décembre suivant au procès des deux autres, c’est en raison de son état de santé. Le cinquième homme de la bande fut longtemps cloué au lit par la Covid-19. Il va mieux et se présente libre à la barre de la 2e chambre correctionnelle du tribunal, après une année de prison purgée jusqu’au mitan de 2018.

Youssef, 52 ans, blouson, pantalon et baskets noirs, répond de cinq vols et une tentative, aggravés par trois circonstances (en réunion, en récidive et avec des dégradations), recel, association de malfaiteurs. De janvier à mai 2017, il aurait suivi les quatre premiers dans un périple qui les a menés de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) à Saint-Cloud, Neuilly-sur-Seine, Meudon (Hauts-de-Seine), en passant par Paris puis Ferrières-en-Brie, en Seine-et-Marne.

« Vous nous prenez pour des lapins de six semaines ! »

Mehdi, « cerveau » des casses, a écopé d’une peine de cinq ans ferme. Ses trois complices, également jugés à Meaux, ont été plus chanceux : 12 mois ferme ou avec sursis. Youssef espère donc que son année de préventive lui épargnera un retour en cellule. Pour cela, il redouble d’efforts : il veut faire bonne impression à la présidente Teyssandier-Igna et à ses assesseurs. Au point de multiplier les formules de politesse – « avec tout le respect que je vous dois » – et, à dix reprises, l’expression « je ne vais pas vous mentir », sans convaincre de sa sincérité. A telle enseigne que la juge excédée finira par rétorquer : « Vous nous prenez pour des lapins de six semaines ! »

Les faits reprochés s’échelonnent du 24 janvier au 21 mai 2017. Repérages, cambriolages, voyages à l’étranger pour revendre les biens volés ; le mode opératoire ne varie pas. Première propriété : le château du baron Édouard de Rothschild. Le gang s’y introduit de nuit, tandis que dorment un enfant de 9 ans et sa gouvernante. Youssef ne faisait pas partie de l’équipe, il n’est soupçonné que du recel des bijoux, montres et sacs de luxe. S’il est allé en Allemagne avec la bande, « c’est juste parce que Mehdi m’a invité dans un club de prostitution ». Ceux qui « n’étaient que des connaissances de bar » ont peut-être fourgué la marchandises dérobée ; Youssef l’ignore.

Sept disques d’or et de diamant offerts à Dalida

 En revanche, il admet avoir fait « le guet » devant la maison de Saint-Maur où trois ordinateurs, une guitare et de l’argent ont été subtilisés. « Mais je ne vais pas vous mentir, je n’étais pas dans le secret », assure Youssef, qui a néanmoins accepté 300 € pour sa peine. A Saint-Cloud, quand Mehdi et ses gars escaladent la façade d’un immeuble pour accéder à l’appartement des A., il n’a fourni que la corde aux monte-en-l’air. « Ils m’ont dit qu’elle servirait à élaguer des arbres », jure-t-il. Pourtant, la veille, la police l’a vu participer aux repérages. Son avocate le convainc d’avouer : « Oui, j’y étais peut-être à mon insu… » Quoi qu’il en soit, la tentative a échoué, grâce à une voisine postée à sa fenêtre.

Avenue de Ségur, dans le VIIe arrondissement parisien où ont disparu 32 montres d’une valeur de 35 000 € et des bijoux ? « Je n’y étais pas », promet Youssef. Cependant, il convient avoir servi de « guetteur » chez Orlando, frère et producteur de Dalida, dans le XVIIIe arrondissement. Le butin : sept disques d’or et de diamant offerts à la star franco-italienne, 1 500 €, des montres et une valise Louis Vuitton. Les écoutes téléphoniques que la brigade de recherche et d’intervention (BRI) a mises en place depuis le vol chez les Rothschild révèlent que Youssef a tenté de revendre le bagage dès le lendemain. « Il appartenait à un voisin de bar, j’étais un intermédiaire », tente-t-il à la barre.

« – Quelle coïncidence ! riposte la présidente.

– Parole d’honneur ! Je ne vais pas vous mentir…

– Pourquoi jouer ce rôle ?

– Par bêtise. J’étais un peu perdu. Aujourd’hui, je ne le referais plus. J’étais dans une situation financière compliquée… »

« Quand on m’a arrêté, ça m’a mis une claque »

 Et avenue Foch (XVIe arrondissement), chez un Monégasque à qui furent volés 600 € de cigares et des vêtements portés par les malfrats en quittant les lieux, comme le révèle la vidéosurveillance ? « J’étais dans l’escalier, au cas où », concède le prévenu, fâché de n’avoir pas perçu les 500 € promis. L’aventure du club des cinq s’achève le 21 mai, chez le producteur Gilbert Coullier. Arrivés à deux voitures, ils avaient atteint l’appartement quand la BRI les a tous interpellés.

« – On m’avait dit de faire le guet, s’excuse Youssef.

– Vous faites toujours ce qu’on vous dit ? Si on vous demande de prendre une Kalachnikov, vous vous exécutez ?

– Ah non, ça, jamais !

– Mais vous étiez volontaire ?

– Oui, Madame la présidente, je ne vais pas vous mentir. Depuis, j’ai fait un travail sur moi-même. Quand on m’a arrêté, ça m’a mis une claque. Ça a été le déclic.

– Pour l’instant, ça ne se voit pas beaucoup ! »

Emmanuelle Teyssandier-Igna veut croire que l’autoentrepreneur et père de famille est effectivement « rangé ». Toutefois, elle aimerait qu’il assume ses mauvais coups, son passé noirci de sept condamnations dont une pour enlèvement, séquestration et association de malfaiteurs.

« Chaque année, il remplit sa déclaration d’impôt avec fierté »

 La procureure Myriam Khouas aussi. Tête baissée, Youssef l’écoute parler « d’organisation méthodique », « de sa position de victime qui [l’]étonne » et « des biens rares », soustraits à Orlando notamment. La BRI n’a pas pu retrouver les précieuses récompenses attribuées à sa sœur. Elle requiert la requalification de la tentative de vol à Saint-Cloud en complicité, la relaxe pour le casse avenue de Ségur et quatre ans de prison, dont deux assortis du sursis, en répression de sept des huit chefs de prévention.

En défense, Me Ménya Arab-Tigrine, du Barreau de Paris, va s’évertuer à corriger « l’attitude de Monsieur à la barre » : « Le temps est témoin de sa vie, de sa réinsertion sociale, concrète, matérialisée. » L’avocate fournit les relevés de « ses trois crédits à la consommation prouvant qu’il ne veut pas se relancer dans un parcours délinquantiel (…) Je comprends qu’ici il soit décevant mais, chaque année, il remplit sa déclaration d’impôt avec fierté, comme il se présente devant vous avec honte ».

Les juges ont suivi une partie des réquisitions : une requalification et une relaxe. Youssef est condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis probatoire, à une amende de 2 000 € et à l’interdiction de revoir ses quatre ex-complices. Me Arab-Tigrine a convaincu le tribunal, son client est libre de tourner définitivement le dos à son passé.

 

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