Enquêtes paranormales : les médiums aident-ils vraiment la police et les familles à trouver des réponses ?

Publié le 12/08/2026 à 9h30
Enquêtes paranormales : les médiums aident-ils vraiment la police et les familles à trouver des réponses ?
canecorso/AdobeStock

Maëlys, Estelle, Marion, Grégory, Émile ou Xavier… quand le mystère d’une disparition d’une enfant ou d’un tueur d’enfant dure pendant des semaines ou des mois, des médiums viennent spontanément ou à la demande des familles. Mais aident-ils vraiment les enquêteurs ?

« Les policiers font parfois appel à des gens comme moi, médiums, pour les aider là où toute leur logique, toutes leurs compétences pragmatiques ont échoué. Si j’ai souvent été demandée en renfort dans le cadre d’une enquête, on a parfois aussi recours à moi comme la dernière chance pour retrouver un criminel ou un disparu », voilà ce qui est écrit sur la quatrième de couverture du livre Les Enquêtes d’une médium, quand la police recourt à l’invisible, publié chez First.

C’est un don qu’elle prétend avoir depuis toujours et qu’elle met au service des familles de disparus depuis quelques années. Geneviève Delpech n’est pas que la veuve de Michel Delpech, mais une médium, autrice de plusieurs livres sur la question. Dans son ouvrage, elle remonte le fil de ce qu’elle appelle sans détour ses enquêtes. Quand elle se « connecte » à une histoire, à une détresse, elle est animée par des flashs, des sensations, entend des voix. Dans son ouvrage, elle raconte entre autres avoir confié à Karl Zéro (alors en ligne avec des gendarmes) que la petite Maëlys aurait été enlevée par « un homme jeune, [qui] travaille avec des chiens, [et qui] porte un T-shirt taché ». Elle raconte aussi avoir indiqué lors de cette interview que du sang se trouvait « sous le tapis, dans le coffre ». Cette affaire avait particulièrement attiré l’attention des médiums venus de toute l’Europe pour participer aux recherches. Pour la première fois, alors que le corps de la fillette restait introuvable, un groupe de 22 voyants et médiums avaient même rassemblé leurs forces sur un groupe Facebook pour aider les gendarmes.

Le plus souvent, ce sont les familles qui l’auraient contactée. Parfois – affirme-t-elle – la police, les procureurs eux-mêmes. « La mère d’Estelle Mouzin, par exemple, m’a contactée tout de suite. Mais il m’arrive d’être directement appelée par des magistrats. Je m’installe à un bureau et ils arrivent tous avec leurs dossiers. Le ministère de l’Intérieur m’appelle souvent quand toutes les autres solutions ont été épuisées. En France, on n’admettra jamais avoir recours à ce type de démarche ; nous n’avons pas la même ouverture d’esprit que les Britanniques, les Américains ou les Russes », nous explique-t-elle.

Sur le terrain, raconte-t-elle dans le livre, ses intuitions rencontrent souvent le pragmatisme des policiers ou des magistrats. « Je travaille avec des procureurs avec qui j’entretiens des liens d’amitié, cela se passe souvent bien avec les policiers. Mais, parfois, on m’attendait sur place avec 50 gendarmes et je sentais qu’ils n’y croyaient pas trop, à mes visions. Je respecte cela, car je ne peux pas expliquer non plus mais je ne cherche pas à convaincre : je dis ce que je vois », détaille-t-elle. Dans son livre, elle revient longuement sur un cas particulier où le scepticisme des uns aurait coûté la vie à une personne, Pauline Lafont. Elle raconte avoir donné des indications précises sur le lieu où la jeune femme – fille de Bernadette Lafont – était tombée d’une falaise. Elle raconte avoir perçu son agonie alors que police et famille étaient promenées par de nombreuses fake news. « La souffrance, quand je la perçois, est intense ; je sais ce que je vois. On pourrait me couper les deux mains, je sais que c’est la vérité. Pour Estelle Mouzin, je sentais Fourniret. On avait beau me dire qu’il avait un alibi, je ne cherchais pas à convaincre ou à dire que la police avait tort, mais je savais ce que je voyais, et c’était lui.

Enquêtes de police et communication avec les morts ne font pas bon ménage

Comme elle, plusieurs médiums seraient régulièrement contactés par la police pour partager gracieusement leur intuition au service du commun. D’autres ont même été policiers, avant de consacrer leur vie aux activités médiumniques. C’est le cas de Virginie Lefebvre, installée dans les environs du Havre, en Normandie. Dans son ouvrage, De flic à médium, publié chez Robert Laffont et préfacé par Bernard Werber, elle raconte comment elle a décidé de mettre de côté son extraordinaire sixième sens – dont elle était consciente dès l’enfance – en intégrant les forces de police de la cité océane, de 2008 à 2016. Si la cité normande n’est pas avare en faits divers sordides, c’est une vision, lors d’une banale verbalisation, qui convainc la jeune femme de prendre une disponibilité pour se consacrer uniquement à son « don ». Contrairement à d’autres, la Normande considère qu’enquêtes de police et communication avec les morts ne font pas bon ménage. « En médiumnité, on a des flashs et des images, mais on ne peut pas donner des informations précises. Par exemple, quand on n’a pas de vibration et qu’une personne a disparu, ce n’est pas bon signe », a-t-elle confié à un autre journaliste. Organisant des séances individuelles ou collectives dans la France entière, Virginie Lefebvre – qui n’a pas donné suite à notre demande d’interview parce que « son agenda est complet jusqu’en 2031 » – met souvent en garde les personnes qui la contactent, comme ses lecteurs, contre les charlatans « qui exploitent la douleur des gens ».

Études scientifiques, ralentissement des enquêtes… une aide pas toujours précieuse

L’affaire Émile Soleil est peut-être celle où la police, la famille du disparu et même le maire du village ont été littéralement inondés par les témoignages, les visions de médiums avérés, de voyants charlatans ou même d’inconnus aux rêves très convaincants. Me Corinne Herrmann avait confié alors au Figaro : « Je n’ai pas un dossier de disparition où il n’y a pas de voyants qui se sont manifestés. Dès qu’on lance un appel à témoins, ce sont les premiers à se manifester. » L’avocate spécialisée dans les cold cases, convaincue que ces requêtes n’aident en rien le travail des policiers avait ajouté : « En 27 ans, je n’ai jamais eu un élément de leur part permettant de faire avancer un dossier. Et pourtant, j’en ai des tomes entiers » ! Même son de cloche du côté de l’ancien procureur général, Jacques Dallest, qui avait confié à l’époque à Libération « L’irrationnel est, de toute façon, incompatible avec une démarche judiciaire et 99 fois sur 100, ça ne donne rien. (…) Et il faut que votre dossier tienne la route, juridiquement parlant. Imaginez que, pendant l’instruction, on ait procédé à l’audition d’un magnétiseur. Si j’étais avocat de la défense ou partie civile, je m’interrogerais sur le sérieux du dossier. »

Toutefois, face aux témoignages convaincants de certains médiums et à certaines coïncidences impressionnantes, la science a tenté d’objectiver les affirmations des médiums et la réalité des enquêtes. En 1994, Joe Nickell – spécialiste du paranormal – a analysé dans son étude de nombreux cas où des médiums ont prétendu aider à résoudre des disparitions ou des meurtres. Son constat est que les informations fournies sont généralement vagues, interprétables après coup ou incorrectes. En 1997, dans le Police Journal, une étude menée par Richard Wiseman et Donald West a testé les capacités de détection psychique dans un contexte proche des enquêtes criminelles. Les résultats n’ont pas montré de performances supérieures au hasard…

Plan