Harcèlement : le calvaire de Sylvia, persécutée par son ancien petit ami

Publié le 04/01/2021

Florian V. n’a pas supporté la rupture avec Sylvia*. Il la harcèle sur les réseaux sociaux, chez elle, sur son lieu de travail et par téléphone. Elle a reçu jusqu’à 292 messages par jour et elle craint pour sa vie. Le 17 décembre, il ne s’est même pas présenté à l’audience du Tribunal correctionnel de Bobigny. 

Photo d'une femme qui brandit sa main sur laquelle est écrit STOP, illustrant le harcèlement, la violence
Photo d’illustration. ©Esthermm/AdobeStock

 La jeune femme vêtue d’un sweatshirt gris et d’un pantalon noir peine à réprimer ses tremblements. Grande et mince, elle a attaché sa chevelure brune et jette un regard apeuré au public. A 28 ans, Sylvia ne se sent plus en sécurité. Ni dans la rue ni dans le grand magasin qui l’emploie. Pas plus que chez ses parents où elle avait été contrainte de se réfugier avant de déménager une nouvelle fois.

Depuis le printemps 2020, Florian V. la traque où qu’elle se trouve, utilisant pour cela des techniques élaborées de géolocalisation. Il n’a pas supporté leur séparation et se venge en la harcelant par téléphone, sur les réseaux sociaux, ou en appelant sa famille et ses amis.

Au fur et à mesure que Sylvia témoigne devant le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis), jeudi 17 décembre, son souffle court et ses mains qui se tordent révèlent les séquelles des violences psychologiques, même si Florian V est absent de son procès et si les magistrats, avocats, policiers forment un rempart momentané contre le danger. En parler constitue visiblement pour elle une épreuve.

Plus de 8 000 messages en un mois

« Il », comme elle le désigne – prononcer son prénom semble au-dessus de ses forces –, n’a pas eu le courage de l’affronter. Tant mieux car, à la voir ainsi, fragile et désemparée, on devine que la présence du prévenu lui aurait été insupportable. « J’ai très peur », murmure Sylvia sous son masque. Dans la salle d’audience de la 16e chambre correctionnelle, son téléphone éteint lui accorde une heure de répit. Combien de notifications s’afficheront-elles quand il sera réactivé ? Vingt, trente ?

Son avocate résume en deux chiffres l’ampleur du harcèlement : « Entre le 30 mars et le 30 avril, il l’a contactée 2 760 fois de son téléphone personnel et 6 015 fois de son appareil professionnel. » Soit 8 775 messages en un seul mois, ce qui établit la moyenne à 292 par jour. Me Christine Dubois ajoute que « monsieur » se livre aussi au cyber-harcèlement sur les applications Instagram, WhatsApp et Facebook, « sous des pseudonymes qu’il ne cesse d’inventer, utilisant aussi des identités féminines. Il s’abonne aux comptes d’amis de ma cliente pour savoir ce qu’elle fait, quand il ne les appelle pas directement ».

« Épiée et traquée »

S’il ne s’agissait que d’intrusion dans l’existence de Sylvia via Internet ou le téléphone, ce serait déjà intolérable. Mais la jeune femme est également « épiée et traquée partout où elle se rend. Récemment, ses collègues l’ont exfiltrée dans la réserve de son magasin puis l’ont fait sortir par une issue de secours. Les épisodes de violence que monsieur manifeste font craindre pour sa vie », explique Me Christine Dubois. Elle expose les faits à la place de Sylvia, trop oppressée pour s’exprimer calmement.

En plus des irruptions sur son lieu de travail, il s’est présenté chez elle à maintes reprises, l’obligeant à emménager chez ses parents qui à leur tour ont dû quitter le département. « Elle a une nouvelle adresse, secrète, c’est pourquoi je demande au tribunal de la domicilier à mon cabinet afin qu’il ne la retrouve pas », précise l’avocate. Les changements de numéros et la fermeture des pages Facebook et Instagram n’ont pas découragé l’ex-petit ami.

« Je vais tout faire péter ! »

Sylvia a déposé plainte en mai 2020. Florian V. a été placé en garde à vue et un juge des libertés et de la détention lui a notifié son contrôle judiciaire, comprenant l’interdiction d’approcher la victime. N’ayant pas respecté ses obligations, il a été convoqué par le magistrat en juillet. Les remontrances n’ont eu aucun effet : « Il a continué de me surveiller et de me suivre, à tel point que je prends ma voiture pour effectuer de petits trajets et que je me fais souvent accompagner », rapporte Sylvia, qui a plusieurs fois complété sa plainte initiale. « Votre relation a duré combien de temps ? » demande le président Charles Moscara. « Six mois », répond-elle.

Les menaces réitérées de Florian V., notamment : « Je vais tout faire péter ! Rien ne m’arrêtera », n’ont pas suffi à ordonner un suivi psychiatrique. Il a cependant été examiné par un spécialiste qui n’a pas établi de pathologie mentale, simplement « de l’anxiété ».

« D’importantes conséquences psycho-traumatiques »

Me Dubois alerte les juges : « C’est insoutenable, invivable ! L’entourage de ma cliente atteste de ses angoisses permanentes. Elle est suivie par une psychologue et un médecin. » L’avocate fournit un rapport d’expertise de l’Unité médico-judiciaire de l’hôpital de Bondy. « Le psychiatre a constaté d’importantes conséquences psycho-traumatiques : troubles du sommeil, de l’alimentation, ruminations, flashbacks, techniques d’évitement, crises de panique », énumère-t-elle, manifestement alarmée. « Ces intimidations mènent parfois au passage à l’acte, avec des conséquences qui peuvent se révéler dramatiques. »

C’est aussi l’avis de la procureure B. : « Cette affaire est très préoccupante. Le harcèlement est avéré, l’infraction caractérisée et, à l’évidence, Florian V. ne prend pas son contrôle judiciaire au sérieux. Il n’est même pas là ! » Elle requiert deux ans de prison, dont six mois ferme.

Aucun avocat n’étant venu défendre le prévenu, le tribunal part délibérer. Vingt minutes plus tard, Florian V. est condamné à 24 mois de prison avec sursis probatoire, une obligation de soins, 3 000 € de dommages et intérêts, 750 € au titre des dépens et à l’interdiction d’entrer en contact avec Sylvia, ses parents, ses amis, ses collègues, de se rendre à son travail, chez elle ou au domicile des membres de sa famille.

*Son prénom a été modifié

 

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