La justice démantèle un point de deal sous la dalle des Olympiades dans le 13e arrondissement de Paris

Publié le 22/05/2026 à 8h02

La chambre 23-4 du tribunal correctionnel de Paris a examiné jeudi un dossier de trafic de stupéfiants impliquant cinq prévenus accusés d’avoir monté un point de deal sous la dalle des Olympiades.

La justice démantèle un point de deal sous la dalle des Olympiades dans le 13e arrondissement de Paris
Tribunal de Paris (Photo : ©P. Cabaret)

L’affaire que l’on juge ce jeudi à la 23-4 ressemble à un épisode des Dalton. Car les cinq hommes qui comparaissent dans le box pour trafic de stupéfiants ont eu l’idée baroque de dealer sous une caméra de vidéosurveillance ! C’est ce qui a contribué largement à les confondre. Le dossier aurait-il dû aller à l’instruction ? En tout cas, il est volumineux pour une affaire jugée en comparution immédiate, d’ailleurs c’est le seul inscrit au rôle. Pour identifier et arrêter les vendeurs de ce point de deal situé dans le 13e arrondissement, sous la dalle des Olympiades – 8 tours, 3 immeubles, 11 000 habitants -, les policiers ont enquêté de septembre 2025, moment où ils ont été alertés par la sécurité du bâtiment et les plaintes des habitants, à mars dernier. Sur le bureau des magistrats et des avocats, l’épais dossier témoigne du nombre d’auditions, écoutes, perquisitions, qui ont mené aux cinq arrestations réalisées il y a quelques semaines. Le point était installé dans un sas reliant le Stadium au parking. Et il marchait plutôt bien. « On fait la queue ! » s’exclame le président en montrant à ses deux assesseurs les captations de la caméra vidéo.

Les vendeurs sont filmés

Pour les policiers, c’est du velours : les vendeurs sont filmés tandis qu’ils empochent des billets de 20 euros en échange de capsules. Il n’y a plus qu’à montrer leur photo aux consommateurs interceptés après la transaction, ou les comparer avec le fichier. On y vend essentiellement du cannabis, mais on peut y trouver aussi le moyen de se procurer de la cocaïne et de l’herbe. Ça fonctionne comme un vrai commerce. A., un marocain en situation irrégulière de 54 ans, sans casier, va tout raconter aux policiers dès son interpellation. Comment il prend la marchandise dans une cache dédiée, part sur son point de vente aux alentours de 14 heures, passe la main le soir vers 20 heures à un collègue qui prend la suite. En partant, il dépose l’argent là où il a pris la marchandise, une recette d’environ 300 à 600 euros par jour pour 15 à 20 clients, sur laquelle il prélève sa rémunération de 70 euros. Il pratique cette activité trois fois par semaine.

Comment en est-il arrivé là ? A. s’est installé en France en 2008, il a épousé une Française, cadre dans un grand groupe il y a quelques années. Comme il ne possède pas de titre de séjour (demande en cours), il exerce son métier de soudeur au noir et ça ne lui rapporte pas grand-chose. Il est par ailleurs, et depuis toujours, un très gros consommateur de cannabis. Son avocate, Me Lucille de Seguins, explique les raisons probables de son dérapage. Il a eu deux enfants d’un précédent mariage au Maroc, dont l’un nécessite une opération chirurgicale. Mais il n’a pas l’argent, alors un compatriote parisien accepte de le lui prêter. Seulement voilà, il ne peut pas rembourser. Le piège du trafic se referme. A. n’est pas le seul à y être tombé. Les autres prévenus, des jeunes du quartier âgés d’une vingtaine d’années, racontent les pressions. « Quand les gens te connaissent, savent où tu habites, ils disent : « si tu n’es pas là, on va voir ta maman ». Malheureusement, des fois, on est obligé de faire ce qu’on nous dit. À l’avenir, j’espère pouvoir quitter le secteur » confie l’un des prévenus. Lors de son arrestation, A. avait dit aussi qui étaient ses collègues sur les vidéos. Mais à l’audience, voilà qu’il se rétracte sur ce point. Avouer son rôle ne lui pose pas de difficultés, en revanche il assure qu’il n’a rien dit d’autre aux policiers. A-t-il peur des représailles ? C’est ce que craint la magistrate du parquet.

Un des prévenus au casier chargé a travaillé dans le périscolaire

Toujours est-il que cela fragilise l’accusation. Car les policiers ont exploité quelques enregistrements de vidéosurveillance sur la période incriminée (septembre à mars) pour identifier les vendeurs, faute de temps pour tout regarder, puis ont recoupé les images avec les témoignages d’A., de clients (dont une fonctionnaire des impôts bien embarrassée de se retrouver face aux enquêteurs), et le résultat des perquisitions (balance, sachets de conditionnement, argent liquide). Les autres protagonistes ont tous à peu près le même profil, la vingtaine, habitant chez leurs parents, sans activité ni projet de vie, avec des casiers judiciaires plus ou moins étoffés. Les projets d’embauche et de formation ont jailli à l’audience, raille le parquet qui aurait préféré qu’ils fassent ces démarches avant de tomber dans le trafic. On découvre au passage que l’un d’entre eux a travaillé plusieurs mois en tant qu’assistant dans le périscolaire. Le président sursaute. Et pour cause, depuis des semaines, la question du recrutement des agents du périscolaire à Paris agite l’actualité sur fond de scandale pédophile. Tel n’est pas le profil du prévenu, mais son casier porte les mentions de trafic de stupéfiants, conduite sans permis, vol par ruse, vol par effraction, conduite sous stupéfiants, violences commises en réunion (ce qui lui a valu 15 mois avec sursis). « Ils sélectionnent beaucoup dans le périscolaire en ce moment », ironise le président. Le prévenu précise qu’il souhaite suivre une formation d’animateur sportif à la Ville de Paris. « C’est un footballeur », précisera plus tard son avocat, indigné que l’on puisse établir une comparaison entre le casier de son client et les agressions pédophiles. « Vous avez été condamné pour violences avec ITT supérieure à 8 jours, trafic de stupéfiants, de quoi vous allez parler aux jeunes ? s’inquiète le magistrat. Son frère, également dans le box, a dans l’idée de suivre le même parcours. Sur le fond, certains avouent, d’autres pas. L’un d’entre eux soutient qu’il donnait un coup de main, un autre explique sans convaincre personne qu’il ne venait que pour jouer aux cartes et ignorait le trafic qui se déroulait juste à côté.

« Je ne vois même pas comment ils ont pu exercer de telles activités avec leur casier »

Au terme de trois heures de débats, la procureure a commencé ses réquisitions en évoquant les désordres engendrés par les points de deal. Elle explique qu’il y en a de moins en moins car ils sont remplacés par la vente à domicile, excepté pour le crack, qui ne s’y prête pas. Concernant le point des Olympiades, il avait déjà fait l’objet d’une vague d’arrestations en juin 2025, mais dès le lendemain, il avait repris son activité. Avec les nuisances qui y sont attachées et dont témoignent les mains-courantes des riverains, versées au dossier. «  Car quand il y a un point de deal, les dealeurs s’approprient la zone et attirent des individus au comportement nuisible qui profitent du climat de laisser-aller », souligne la magistrate. En l’espèce, le Lidl a, par exemple, été victime de vols avec violences. Elle requiert deux ans avec maintien en détention contre deux des prévenus, 18 mois sous bracelet contre deux autres, dont A., et 16 mois contre le dernier. Plus l’interdiction de se rencontrer pendant trois ans et de paraitre sur la dalle pendant cinq ans. Compte tenu de l’actualité dans le périscolaire parisien, elle ajoute contre les deux frères qui veulent travailler avec des enfants une interdiction d’activité en contact avec des mineurs, « je ne sais pas pourquoi certains veulent d’un seul coup travailler avec des enfants, je ne vois même pas comment ils ont pu exercer de telles activités, vu leur casier judiciaire ! »

Côté défense, les avocats ont pointé les insuffisances du dossier, montrant au passage que si les enregistrements vidéo sont utiles, ils ne suffisent pas. La période de prévention est longue, septembre à mars, mais les enquêteurs n’ont versé que les vidéos de quelques journées. Il est donc facile de soutenir qu’avoir été présent deux ou trois fois sur un point de deal ne fait pas de vous un vendeur habituel pendant sept mois. Pour deux d’entre eux, ils ont attiré l’attention du tribunal sur leurs problèmes de santé. On a détecté en prison chez A. des taches sur le poumon pouvant révéler une tuberculose, mais il attend depuis deux mois en vain le résultat des examens. Résultat, il a été placé à l’isolement. Un autre souffre de lupus et d’une  maladie qui lui provoque des abcès, il n’est pas soigné en prison pour ces affections. La défense pointe aussi les risques d’arbitraire contenus dans l’interdiction de se fréquenter et de se rendre sur la dalle. Interdire à des gens qui habitent sur place de se rencontrer et de fréquenter une partie de leur lieu d’habitation pose un problème évident d’application en pratique.

 Une relaxe et quatre condamnations

Aux alentours de 20 h 30, après un peu plus d’une heure de délibéré, le tribunal a relaxé l’un des prévenus en retenant les arguments de son avocat, Me Jean-Christophe Tymoczko qui avait souligné avec fougue lors de sa plaidoirie le vide du dossier concernant son client. A. est condamné à 18 mois aménagés sous la forme d’un bracelet électronique. SDans le public, son épouse qui est venue le soutenir accompagnée de sa fille, ne comprend pas tout de suite le sens de la décision, son avocate se lève et vient lui murmurer quelques mots à l’oreille. La femme est soulagée d’apprendre que s’il faut qu’il retourne ce soir en prison pour la levée d’écrou,  demain il sera libre. Les trois autres sont condamnés. Parmi eux, les deux frères prennent chacun 12 mois, mais contre l’un d’entre eux, le tribunal a prononcé le maintien en détention. Quant au troisième, « on vous retrouve de bout en bout » lui explique le président. Il est condamné à 18 mois sous bracelet électronique. De tous, c’est celui qui a semblée le plus décidé à s’en sortir. Ses parents viennent de se séparer, il est resté avec sa mère et devenu chargé de famille, sa petite amie qui le soutenait depuis sept ans malgré ses nombreux dérapages a fini par le quitter. En prison, on lui a prescrit des antidépresseurs. Il assure que pour lui le trafic c’est terminé et confie vouloir devenir brancardier. En reprenant l’audience, le président avait prévenu qu’il ne tolérerait aucun débordement, tant dans le box que dans la salle où se pressent familles et amis. C’est donc dehors que la joie explose bruyamment. « Ils sortent tous ! » crie un homme dans le couloir désert, ce qui n’est pas tout à fait exact. Des policiers, arrivés en nombre dans la salle pour le délibéré, sortent précipitamment pour le calmer. Le tribunal finit de prononcer sa décision, en insistant sur la nécessité de respecter les obligations de soins, de travail ou de formation, ainsi que l’interdiction pendant deux ans de se fréquenter et de se rendre sur la dalle et au bar-tabac des sports.

 

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