Mort de FM. Aramburú : « Ceux qui veulent tuer vident leur chargeur » déclare un enquêteur à la barre

Publié le 10/09/2026 à 11h32

Mercredi, la cour d’assises de Paris a entendu le directeur d’enquête de flagrance sur le déroulement des faits qui ont conduit à la mort du rugbyman Federico Martín Aramburú, le 19 mars 2022. Accusation et défense ont saisi l’occasion pour tenter de marquer des points.

Mort de FM. Aramburú : « Ceux qui veulent tuer vident leur chargeur » déclare un enquêteur à la barre
Entrée de la salle des Assises (Photo : ©O. Dufour)

Au troisième jour du procès, le commissaire qui a dirigé l’enquête de flagrance, l’a exprimé clairement à l’audience : les enquêteurs n’ont identifié aucun motif raciste à l’origine de l’altercation au Mabillon, le 19 mars 2022, qui a mené à la mort par balles de FM. Aramburú. Que pense-t-il justement de cet affrontement ? l’interroge le président de la cour d’assises. « C’est inhérent à la vie parisienne nocturne, des gens alcoolisés qui perdent le contrôle ; ça arrive très souvent, c’est pourquoi tous les établissements de nuit ont des personnels de sécurité ». Mais toutes ces altercations ne se terminent pas aussi tragiquement, précise-t-il. Le policier vient de redérouler le fil des événements, et il exprime un constat terrible : tout s’est joué à quelques secondes, il aurait suffi que les rugbymen qui se sont arrêtés dans un hôtel pour demander de la glace ressortent quelques instants plus tard, pour que Lyson R. et Romain Bouvier les dépassent sans les croiser boulevard St Germain et que tout le monde rentre chez soi. L’audition de ce policier est l’occasion, des deux côtés de la salle, de commencer à se battre sur le cœur du dossier, à savoir le rôle qu’a joué l’extrême droite dans l’affaire.

« Les armes sont exhibées pour faire des photos de bonne qualité »

Me Yann Le Bras pour les parties civiles demande au commissaire ce qu’il pense de la collection d’armes de Romain Bouvier : 17 armes longues et de poing ont été retrouvées chez lui, ainsi que plus d’un millier de cartouches. C’est habituel quand on collectionne les armes anciennes ? interroge-t-il. On a vu sur les images de la perquisition du domicile de l’accusé qui viennent d’être projetées qu’il y en avait partout et même sur le lit. Non, « on s’attend à des vitrines », répond l’enquêteur et puis habituellement « elles sont neutralisées », on ne les trouve pas comme chez Romain Bouvier dehors ou dans des tiroirs, chargées et prêtes à servir. Mais on apprend plus tard par les questions de l’un de ses avocats, Me Sophie Ray-Gascon, que les photos qui viennent d’être montrées sont réalisées après l’intervention de la BRI qui a défoncé la porte et sécurisé l’appartement, avant la perquisition. Voilà pourquoi l’appartement sera décrit par les enquêteurs comme étant dans un grand désordre avec des armes partout, jusque sur le lit. Par ailleurs, « les armes sont exhibées pour faire des photos de bonne qualité » convient le policier à la barre. Me Rey-Gascon est satisfaite, ça fait plus de quatre ans que son client ne reconnait pas l’état de son appartement sur les photos qu’on lui montre et dénonce une « mise en scène ».

« Il aurait été plus logique de lui téléphoner »

Une autre question de Me Yann Le Bras met la défense en difficultés. Il énonce les caractéristiques de l’affaire et demande à chaque fois au policier si c’est courant ou pas. À deux reprises, le témoin répond « pas courant » : le fait d’avoir deux tireurs et celui de vider son chargeur. « Ceux qui veulent tuer vident leur chargeur » assène l’enquêteur. Or, c’est ce qu’on fait les deux accusés, le premier a tiré quatre balles, le second six. Les questions qui suivent, posées par l’avocat général, tombent comme autant de pierres supplémentaires dans le jardin de la défense. Est-ce Loik Le Priol qui fait monter la tension en allant mettre des « petites gifles » à Shaun Hegarty ? Oui, estime le policier. Lui et Romain Bouvier maintiennent-ils cette tension en cherchant à retrouver leurs adversaires ? Les indices s’accumulent, estime le témoin : une cliente décrit Loik Le Priol comme très nerveux, Romain Bouvier reproche aux videurs d’être intervenus, un serveur croit plus sage de mentir en indiquant qu’ils sont partis en taxi. Et puis il y a surtout le fait que Romain Bouvier et Lyson R. montent dans la jeep et partent dans la même direction que leurs adversaires. Pour récupérer Loik Le Priol et partir, disent-ils. Pour en découdre, soutient l’accusation. Aux yeux du policier, s’ils avaient vraiment voulu retrouver leur ami, « il aurait été plus logique de lui téléphoner ».

« Est-ce que pour vous cette affaire est marquante ? » questionne encore l’avocat général. « Oui, répond le témoin qui évoque d’abord « le profil aisé des intéressés » qui tranche avec sa clientèle habituelle. Et puis « le profil d’extrême droite, peu fréquent, même si le lien (NDLR : avec les faits jugés) n’a pas été établi. On aime les choses violentes et on se réfère à des archétypes extrémistes, aller jusqu’au bout ».

« Pour la défense, on est très loin de la vérité ! »

Ce « profil d’extrême droite » apparaît le jour même dans les médias, ainsi que le nom de Loik Le Priol, rappelle l’un de ses avocats, Me Xavier Nogueras quand vient le tour des questions de la défense. La fuite d’informations sur l’enquête a servi à nourrir la thèse selon laquelle les rugbymen auraient été victimes d’une « chasse à l’homme » et à répandre l’accusation de crime raciste. Ce dernier point a été clarifié par le témoin dès le début de son audition : il n’y a aucun élément lié au racisme dans cette affaire. Mais la défense reste confrontée à l’appartenance à l’extrême droite et à ce qu’elle suggère d’ultra-violence, alors qu’elle soutient pour sa part qu’il s’agit d’une querelle de bistrot en fin de nuit qui a mal tourné. L’avocat fait projeter la première cote du dossier, le procès-verbal récapitulatif d’enquête, où l’on peut lire que Romain Bouvier tire depuis la voiture, alors qu’il est établi qu’il est descendu, et que Loik Le Priol arrive et se jette sur Federico Martín Aramburú, or les vidéos montreront que c’est d’abord la victime qui plaque Loik Le Priol contre la vitrine de la boutique Geox. « C’est le commissaire qui rédige un rapport de synthèse, explique le témoin à la barre, il a écrit cela, c’est peut-être un raccourci, une interprétation…on n’est pas si loin de la vérité » objecte-t-il. « Pour la défense, on est très loin de la vérité ! » rétorque Xavier Nogueras. Le témoin peut-il s’expliquer sur la fuite, qui ne peut venir à ce stade que des services d’enquête ? Il répond que les policiers sont les premiers ennuyés par ce genre de situation et souligne qu’il y a eu beaucoup d’autres intervenants que ses services, précisant que Loik Le Priol est identifié le jour même dès 8 h 45 du matin par la commissaire du commissariat des 5e et 6e arrondissements.

Me Nogueras poursuit la traque des anomalies de l’enquête et fait projeter un extrait d’article où l’on peut lire que l’un des enquêteurs, dont l’audition est prévue ce jeudi, a lui-même été rugbyman professionnel et qu’il a joué dans le même club que FM. Aramburú. Le policier confirme qu’il n’en était pas informé. « Vous ne trouvez pas un peu anormale cette proximité ? questionne l’avocat.

— Je ne qualifierais pas ça de proximité, ils ont joué dans la même région, mais pas à la même période, ni dans la même catégorie » élude le témoin.

« 49 secondes »

Il y a une anomalie en revanche dont on apprend qu’elle a été sanctionnée, c’est l’étrange visite d’un policier non affecté sur l’affaire dans la cellule de Lyson R., le soir de sa garde à vue. Il lui explique qu’il est ami avec un proche de la victime, lui annonce que le nom de Loik Le Priol est sorti dans la presse et lui conseille d’être « égoïste ». Il l’interroge aussi sur lui et  sur ses convictions politiques à elle. L’entretien dure 20 minutes. Il expliquera avoir agi par « curiosité ». « L’individu a été identifié, il est à l’unité de garde des gardes à vue au Bastion, c’est une faute professionnelle, il n’est pas de la police judiciaire. Une procédure disciplinaire a été diligentée à son encontre » précise le témoin.

Il n’empêche, cette « curiosité », ces fuites irritent la défense car elle estime qu’elles ont contaminé le dossier. D’ailleurs, le récit du témoin, certes plus de quatre ans après les faits, semble à certains moments plus proche de la version médiatique que de la réalité des faits. Ainsi en est-il quand il explique que Romain Bouvier a tiré en descendant de la jeep. « Vous souvenez-vous du temps entre l’arrêt de la jeep et le premier tir ? l’interroge Me Florian Lastelle, avocat de Lyson R.

— Je n’ai pas le décompte exact, mais c’est assez rapide.

— Le décompte, c’est 49 secondes »

Le temps d’une nouvelle altercation, qui a d’ailleurs été filmée.

 

 

Plan