TJ de Nanterre : « C’est mon mari, je suis passée à autre chose, je ne suis pas là pour lui nuire » !

Publié le 04/04/2024
TJ de Nanterre : « C’est mon mari, je suis passée à autre chose, je ne suis pas là pour lui nuire » !
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Des violences conjugales sur fond d’adultère et de jalousie ont conduit Monsieur K. devant le tribunal judiciaire de Nanterre. Il a maintenu que son épouse cherchait à lui porter préjudice, tandis qu’elle a, de son côté, exprimé son intention de maintenir la relation.

Alors que Monsieur K. prend place dans le box des accusés de la 16e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Nanterre, son épouse s’assoit à la place des parties civiles. Précédemment renvoyé, ce dossier de violences conjugales va enfin être traité : Monsieur K. est accusé de violences ayant entraîné deux jours d’ITT contre Madame K. à leur domicile de Nanterre. Elle l’accuse de l’avoir étranglée, projetée contre un mur, prise par les cheveux et tirée sur le sol, le tout en présence de leurs quatre enfants. Des faits commis en récidive légale puisque Monsieur K. a déjà été condamné pour des faits de même nature. La victime souhaite toujours se constituer partie civile. Elle n’a pas d’avocat.

Quelques jours auparavant, dans la soirée, la police a été appelée au domicile des K. Ils sont accueillis par Madame en pleurs qui parle d’une dispute au cours de laquelle son mari l’a étranglée. Des traces sur son cou ont en effet été constatées. Elle a déposé plainte et évoqué des violences habituelles, des insultes régulières et rabaissantes. Elle a affirmé avoir été étranglée quatre fois, avoir été giflée, soulevée par les cheveux au point d’avoir des mèches arrachées, insultée, pendant que les enfants étaient dans le salon. De son côté, Monsieur K. a parlé d’une dispute sur fond de jalousie et a contesté les violences. La dispute aurait eu pour point de départ un message de Madame K. envoyé à Madame M., la maîtresse de son mari, une relation adultérine qui dure depuis l’été. Madame K. a fait savoir qu’il est toutefois un père protecteur et qu’il n’y a aucun problème avec les enfants.

Au cours de l’enquête de voisinage, les policiers ont découvert que des cris avaient déjà été entendus au domicile des K., au point de contacter leurs services à une reprise. La maîtresse de Monsieur K. a affirmé que la victime était jalouse et excessive et qu’elle s’était présentée chez elle. Madame K. a affirmé ne plus vouloir être approchée par son mari par peur. La police a également exploité huit vidéos faites par Monsieur K. pendant la soirée fatidique. On y entend son épouse dire qu’il l’a étranglée, tandis qu’il prend à partie les enfants et demandant s’ils ont peur de leur mère.

« Ce serait un coup monté ? »

Le prévenu nie-t-il toujours les violences dont sa femme l’accuse ? Il les nuance grandement en affirmant l’avoir seulement « agrippé » quand elle a voulu s’emparer de son téléphone.

– « Quand vous dites que vous l’avez agrippé…

– En fait, je l’ai repoussé.

– Elle décrit des choses différentes : un étranglement, une gifle, qu’elle a été jetée contre le mur.

– Votre Honneur…

– C’est Madame la Présidente…

– Madame la Présidente, tout cela est faux.

– Alors pourquoi elle appelle les secours, pourquoi la police intervient ?

– La jalousie, Madame, elle me soupçonnait d’avoir d’autres relations.

– Manifestement, elle le sait depuis un moment. »

La juge s’intéresse aux raisons qui ont poussé Monsieur K. a filmé une altercation avec son épouse. Lui parle d’une « habitude » pour se protéger. La juge cite les propos tenus par Madame K. dans l’une d’elle « tu m’as étranglée », « tu m’as arraché des cheveux », « tu m’as menacée ». Vigilante, l’avocate de la défense souligne la forme interrogative, et non déclarative, de ces citations attribuées à la victime.

La ligne de Monsieur K. se fait de plus en plus claire : Madame K. a agi ainsi pour lui nuire. Les cris ? Pour que les voisins entendent. Les marques sur son cou ? Elle se les aurait fait elle-même dans la salle de bains.

– « Elle se serait frotté le cou ?

– Je ne sais pas, votre Honneur.

– L’examen médical correspond à son témoignage. »

Mais le prévenu ne se démonte pas. Les cheveux arrachés ? Cela vient des produits d’entretien de sa perruque. « Ce serait un coup monté ? », tente la juge.

– « Quel est son intérêt de faire ça ? Quel est son objectif ?

– Je sais pas pourquoi… peut-être pour pas me voir heureux ou réussir.

– Madame a un emploi, elle subvient aux besoins de la famille, vous, vous êtes au chômage…

– Non, en création d’entreprise.

– Oui, mais vous touchez le chômage. Elle n’a rien à gagner à vous nuire, elle est autonome, c’est elle qui amène l’argent au ménage.

– Je participe à la vie de famille ! »

L’avocate de la défense a des questions quant à l’origine de la dispute. Le prévenu affirme que ce soir-là, il est rentré à la maison les bras chargés de courses, des vêtements achetés pour les enfants et que Madame K. l’a mal pris. Il affirme aujourd’hui vouloir se séparer et divorcer, mais en lui laissant un « pécule » pour assurer les prochains mois de loyer.

« Vous confirmez qu’il vous a arraché des cheveux ? »

Madame K. est appelée à la barre. Bras croisés, très calme, elle reconnaît avoir envoyé un message sur Instagram à la maîtresse de son mari la veille des faits. Elle a découvert que son mari avait une relation extraconjugale que récemment mais l’avait senti plus distant. En 2020, des violences dans le couple ont été rapportées, mais rien depuis l’automne 2023. « Les choses s’étaient tassées. »

Elle reconnaît aussi avoir fouillé dans le téléphone de son mari. Monsieur K. a cependant continué à nier voir une autre femme. « Il niait tout le temps alors que je voulais savoir qui est cette dame. Il ne m’a jamais répondu. » Le soir des faits, il rentre avec des achats, alors qu’elle doit assister à son cours d’anglais en ligne et la situation s’envenime.

– « Il m’a attrapé, m’a bousculé, il vient sur moi et je tombe au sol. C’est là qu’il m’a étranglé.

– Il indique que vous vous êtes fait mal seule, avec des produits.

– C’est pas des produits, j’ai de l’alopécie, il m’arrive d’avoir des pertes de cheveux.

– Mais vous confirmez qu’il vous a arraché des cheveux ?

– J’avais des nattes collées.

– Donc il a arraché un bout de perruque ?

– Non, c’était mes vrais cheveux.

– C’était important ?

– Oui, ça m’a fait un trou. »

Madame K. affirme que jamais le divorce n’a été évoqué entre eux. « J’ai toujours tenté de dialoguer. J’envisage de reprendre la vie conjugale. Il a pas un mauvais fond. Ma fille a un an, elle ne mange pas, les enfants sont très bouleversés. C’est compliqué pour eux. C’est mon mari, je suis passée à autre chose, je ne suis pas là pour lui nuire. » Elle reste convaincue que son mari est sous influence de cette autre femme.

L’avocate de Monsieur K. veut préciser plusieurs points de son témoignage.

– « Vous avez appris à l’audience de novembre qu’il voit Madame M.

– Je ne sais pas à quoi elle ressemble. Je suis allée une fois chez elle, j’ai fait une vidéo, je l’ai envoyée à mon mari. Madame M., je ne l’ai jamais vue.

– À part sonner, vous n’avez rien fait ? Vous n’avez pas écrit ce tag “C. sale pute” ? »

Madame K. nie tout tag insultant à l’égard de Madame M., mais l’avocate entend pointer d’autres éléments susceptibles de signifier des incohérences dans son récit.

– « Comment ça peut être arraché, une natte collée ?

– Je peux vous montrer.

– Faut vraiment y aller fort.

– Oui, le médecin l’a constaté. »

Autre point sur lequel l’avocate tient à rebondir, les raisons qui ont poussé Madame K. à écrire à son mari en prison. Dans une des lettres, elle évoque l’éventualité d’être quittée pour une autre, mais surtout que son mari irait « jusqu’à la dot » pour une femme rencontrée très récemment. « Il n’y a aucune jalousie de votre part ? », insiste l’avocate.

– « Le seul moment où je me suis énervée, c’est le 22 novembre. J’ai dit que oui il représentait un danger pour moi, mais je suis passée à autre chose. Lui, il est libre de faire ce qu’il veut. »

Alors que Madame K. vient de reconnaître que sa demande d’interdiction de contact de novembre n’était pas justifiée, l’avocate veut être sûre d’avoir correctement compris :

– « Vous avez menti au tribunal ?

– Oui, j’étais dépassée par la colère. »

« Il y a des violences de part et d’autre »

Devant la juge, Monsieur K. maintient qu’il a seulement repoussé son épouse lors de cette dispute. Incarcéré depuis le 24 novembre dernier, il a trois condamnations à son casier judiciaire, dont une de six mois avec sursis probatoire pour violences en 2020. Avant les faits, il cherchait à lancer sa société de VTC. Il a quatre enfants avec Madame K., et un autre d’une précédente union. Comment envisage-t-il l’avenir ? « Ma priorité, c’est les enfants. Je veux saisir le juge des affaires familiales et constituer un dossier de divorce. » Madame K. n’a pas fait de demande de dommages et intérêts.

La procureure rappelle que plusieurs épisodes de violence émaillent la vie de ce couple : un en 2020, puis deux autres à l’automne 2023. « À chaque fois en présence des enfants, témoins de ces violences, filmés et pris à partie », souligne-t-elle. Le ministère public accorde finalement peu d’importance aux origines de la dispute, mais plutôt à comment protéger la victime, qui se retrouve seule à élever quatre enfants. Par le passé, le prévenu n’a pas respecté son sursis probatoire : « Il n’a pas pris la mesure de ses actes. Je demande une peine ferme de dix mois d’emprisonnement avec un aménagement possible. Je suis cependant farouchement opposée à un aménagement au domicile de Madame M. »

Un couple qui s’aimait, devenu un couple qui ne va pas très bien, résume l’avocate de Monsieur K. qui s’attache à montrer le comportement parfois agressif, « difficilement gérable » de Madame K. « Il y a des violences de part et d’autre, lui a eu une blessure d’un centimètre au bras. Dans ce couple, il y a une agressivité, et Monsieur réagit sûrement très mal, il est allé voir ailleurs et c’est compliqué pour chacun. » Elle dépeint le prévenu comme un « très bon papa », un homme responsable. Elle demande une peine aménagée qui lui permettra de travailler et de subvenir aux besoins de Madame K. et ainsi de « tourner la page ». Elle requiert également une interdiction de contact avec son épouse. En guise de derniers mots avant de sortir du box, Monsieur K. déclare qu’il a compris ses torts.

Au délibéré, il est reconnu coupable et condamné à neuf mois d’emprisonnement qui pourront être aménagés avec un bracelet électronique, mais pas au domicile de Madame K.

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