TJ d’Évry : « Je voulais qu’il foute le camp de chez moi, je voulais pas viser les gendarmes ! »

Publié le 22/11/2023
TJ d’Évry : « Je voulais qu’il foute le camp de chez moi, je voulais pas viser les gendarmes ! »
Bro Vector/AdobeStock

Une querelle quasi vaudevillesque se termine par des jets de tuiles et d’une bûche sur des gendarmes en intervention… Le lanceur est présenté en comparution immédiate au tribunal judiciaire d’Évry-Courcouronnes pour répondre de ces faits de violences en récidive et de dégradations.

Anthony*, la trentaine, prend place dans le box de la 10e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire d’Évry. Quelques jours plus tôt, le 30 septembre, en pleine journée, les gendarmes sont requis dans la ville de Cerny après un appel de voisins qui ont entendu des hurlements. Arrivés sur place, ils ont découvert Anthony à l’extérieur de son domicile, qui s’est montré aussitôt menaçant, et qui s’est emparé d’une bûche pour la balancer sur leur véhicule, avant de prendre des tuiles et de les jeter sur deux gendarmes. S’il a d’abord loupé sa cible, Anthony a atteint un des agents qui avaient levé le bras pour se protéger. Il a ensuite pris la fuite avant de se présenter de lui-même à la gendarmerie quelques jours plus tard.

« J’ai vrillé, j’ai voulu partir en confrontation »

Sa conjointe a évoqué une dispute pour expliquer ce débordement de violences : Anthony venait de rentrer du Portugal où il a assisté à un enterrement. Il avait découvert qu’un téléphone avait été abîmé, ainsi que des dégradations dans les escaliers et s’est énervé contre elle. L’amie de sa conjointe, Marie*, est intervenue pour dire qu’elle n’était pas d’accord qu’Anthony lui parle de cette façon. « Avec ma femme, on est un vieux couple », justifie le prévenu dans le box, qui ne cache pas son mépris pour Marie, ajoutant « elle, elle est sous antidépresseurs, j’en passe et des meilleurs ». Le ton est monté : « Je lui ai dit de fermer sa gueule, ma femme nous a séparés. » Il a alors tenté de faire sortir de chez lui l’amie de sa compagne en l’empoignant par les cheveux.

C’est à ce moment qu’est entré en scène Jérôme* un proche du couple, arrivé en voiture et qui a tenté d’intervenir. « J’ai vrillé, j’ai voulu partir en confrontation. Je voulais que Jérôme foute le camp de chez moi, je voulais pas viser les gendarmes ! ». Les raisons pour lesquelles Anthony s’en est pris à lui ne sont pas plus évidentes à l’audience. Comme pour nourrir son récit des événements et montrer toute son animosité, il ne manque pas de tacler Jérôme et son prétendu attachement à Marie : « Pourquoi quand tu viens chercher la femme que tu espères conquérir, tu restes là à gueuler comme un putois ?  », s’agace le prévenu depuis son box. Il assume sans sourciller qu’il aurait préféré régler ses différends avec Jérôme sans l’intervention des forces de l’ordre. « Quand j’ai vu les gendarmes, j’ai su que c’était les problèmes. C’était con, je voulais juste qu’ils déguerpissent. C’était pas pour leur nuire, c’était pas pour me défouler contre eux. Je suis prêt à payer les dommages et intérêts. »

« Monsieur ne sait pas contrôler les conséquences de ses actes. »

Anthony se décrit comme « un fantôme » chez lui, travaillant 70 heures par semaine en cumulant deux activités de mécanicien et de chauffeur poids lourds. Il a déjà consulté un psychologue dans le cadre d’un sursis probatoire pour un vol commis avec violences en 2020. Son casier judiciaire compte 18 mentions : « J’étais alcoolique, je traversais une mauvaise passe, j’ai sombré dans la criminalité. »

La procureure pointe la « double personnalité » du prévenu, un homme d’apparence calme mais qui a un problème persistant de violences dont il n’a « même pas conscience » : « Il y a eu une remise en question, mais on est loin du compte. Les gendarmes sont là pour calmer la situation, et il est devenu aussitôt outrageant. » Elle cite les propos d’Anthony : « C’était ma rue, je voulais les faire déguerpir ! », lui rappelant que non, ce n’est pas « sa » rue, mais la voie publique. « Monsieur ne sait pas contrôler les conséquences de ses actes, qu’est-ce que ça dit sur son niveau de frustration et son manque de gestion de la colère ? » Elle rappelle que tous les témoins s’accordent pour dire que Marie ne l’a pas frappé, et que c’est bien Anthony qui s’en est pris physiquement à elle en la prenant par les cheveux pour la mettre dehors. Elle requiert 11 mois d’emprisonnement aménagés par un bracelet électronique, dont six avec un sursis probatoire pendant deux ans.

Pour l’avocat d’Anthony, les faits sont « regrettables » et ceux qui concernent l’amie de sa conjointe, Marie, interpellent sur son profil. « Mais je suis très optimiste, car il y a un contexte, il revient d’un deuil, il travaille, il dort peu, il perd ses nerfs. Heureusement, qu’un contexte pareil n’arrive pas tous les jours. Et s’il a un geste volontaire, peu importe qu’il touche Jérôme ou les gendarmes, il le dit depuis le début : il est derrière ce muret, avec une visibilité réduite, ce n’est pas forcément un cas de violences à l’égard des forces de l’ordre. » Il demande une peine appropriée, soit uniquement une obligation de soins. « J’ai vrillé sous l’effet du stress et de la fatigue », tente encore Anthony avant d’être sorti du box. « Je regrette les faits. »

Il est déclaré coupable et condamné à 12 mois d’emprisonnement dont six assortis d’un sursis probatoire avec un aménagement par un bracelet électronique. Il devra s’acquitter de plusieurs amendes et indemniser les parties civiles pour préjudice moral.

*Les prénoms ont été modifiés.

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