TJ d’Évry : « Vous m’avez libéré, je sors de prison, qu’est-ce que je peux faire à part du mal ? »

Publié le 08/04/2024
TJ d’Évry : « Vous m’avez libéré, je sors de prison, qu’est-ce que je peux faire à part du mal ? »
DedMityay/AdobeStock

Un prévenu présenté en comparution immédiate au tribunal judiciaire d’Évry-Courcouronnes pour détention de stupéfiants et menaces de mort a multiplié les provocations jusqu’à un rebondissement inattendu obligeant la juge à demander un renvoi.

« J’ai la dalle, ouais ! » Le prévenu qui vient d’être amené dans le box sort la 10e chambre correctionnelle bien remplie du tribunal judiciaire d’Évry-Courcouronnes de sa torpeur… Il s’adresse aux agents avec virulence, leur réclamant un sandwich, et ne semble pas près de vouloir baisser d’un ton. L’audience s’annonce déjà électrique. « Monsieur C. ? », demande la juge. « Oui, c’est moi Madame ! »

Monsieur C. est présenté en comparution immédiate pour détention de stupéfiants et port d’une arme blanche, ainsi que pour menaces de mort et outrage à l’encontre de personnes dépositaires de l’autorité publique. Il conteste aussitôt en s’écriant : « J’ai pas dit ça ! », ce qui n’est pas du goût de la juge qui pressent déjà que sa patience sera mise à rude épreuve avec ce prévenu. « Dernier avertissement, quand je parle, vous vous taisez ! » L’avocat de la défense se masse les tempes l’air exténué, tandis que derrière lui Monsieur C. pouffe ostensiblement de rire derrière sa main.

« J’ai appelé les flics pour dire qu’il y avait le feu »

Appelés à la gare de Corbeil-Essonnes le jour des faits, les policiers ont trouvé sur le prévenu un sachet de poudre blanche, qui s’est avéré contenir quatre grammes de cocaïne, et un couteau pliable. Emmené en garde-à-vue, Monsieur C. s’est montré très peu coopératif. Le lendemain, il a refusé de répondre aux questions, hormis pour préciser que ce couteau, « c’était pour manger du saucisson ». Menaces de mort et insultes ont alors fusé pendant la fouille : « Un de ces quatre, on va se croiser, tu vas prendre une balle », « Je vais l’égorger, sa femme va devoir faire la pute pour gagner de l’argent », « tu es une grosse pute, les renois comme toi, je les respecte pas ».

Qu’a à dire le prévenu, demande la juge. « Vous m’avez libéré, je sors de prison, qu’est-ce que je peux faire à part du mal ? Je comprends pas pourquoi je suis ici ! » Monsieur C. est en effet sorti de détention quelques semaines plus tôt.

– « Vous avez fait quoi ?

– J’ai rien fait !

– Vous avez été condamné pour quoi ?

– J’ai pris un an, mais j’ai fait huit mois avec les remises de peine. »

La juge détaille son casier judiciaire déjà bien chargé. Entre 2018 et 2021, il a été condamné à huit reprises. « Waw ! », s’exclame Monsieur C. en hochant la tête pensivement comme s’il venait de se souvenir. Il explique qu’il s’ennuyait au moment des faits : « J’ai appelé les flics pour dire qu’il y avait le feu. Ils ont rien à faire, c’est des galériens ! Y’a des mecs, ils volent des sacs de vieilles… »

À 23 ans, il a déjà passé pas loin de cinq années en prison, parfois en unité pour détenus violents. Originaire de Martinique, il est arrivé en métropole lors d’un transfert et n’y a pas d’attaches, ni emploi. La juge aborde son suivi avec le Service pénitentiaire d’insertion et de probation, au cours duquel il a déclaré ne pas être intéressé pour se réinsérer. Dans le box, Monsieur C. saute sur l’occasion pour s’emporter à nouveau. Faire partie de la société, suivre les règles, très peu pour lui : « J’en ai rien à foutre, j’ai pas été inséré, je vais pas me réinsérer ! »

« On ne peut pas vous juger si vous êtes sous curatelle ! »

Alors qu’il est questionné sur sa situation familiale, il mentionne négligemment au détour d’une phrase qu’il est sous curatelle de son beau-père. Coup de théâtre : « On ne peut pas vous juger si vous êtes sous curatelle ! », s’exclame la juge. « C’est mon anniversaire, ou quoi ? », lui rétorque Monsieur C., toujours aussi hilare devant la tournure que prend l’audience. Est-il sous tutelle ou sous curatelle, et depuis combien de temps, le contexte n’est pas clair, et lui-même ne semble pas avoir plus d’informations à donner. Il livre néanmoins l’adresse de son beau-père afin que celui-ci soit mis au courant.

Reste que les parties en présence doivent statuer de son sort en attendant une nouvelle audience où seront examinés les faits. La procureure insiste sur le risque de réitération des faits de ce prévenu sans revenus, sans emploi, sans domicile, déjà condamné maintes fois. Du côté de son avocat, c’est surtout son discernement et ses capacités cognitives en vue d’une condamnation pénale qui pose question.

– « Pourquoi je suis en train de m’expliquer, c’est pas un kilo de cocaïne !

– C’est interdit de détenir des stupéfiants, vous êtes là pour ça. »

Il est extrait du box et s’en va aussi nonchalamment qu’il est arrivé. Après la suspension d’audience, il revient toujours en arborant un grand sourire provocateur, comme amusé par la situation. L’affaire sera jugée le mois suivant. En attendant, une expertise psychiatrique en tant que majeur protégé est demandée par la juge, qui prononce un mandat de dépôt. Monsieur C. va donc être reconduit en détention. « Merci pour la peine, on est habitué », s’exclame-t-il avant de lancer un « Bonne soirée ! » toujours aussi goguenard.

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