Tribunal de Créteil : Un boulanger condamné pour le casse….d’une boulangerie

Publié le 05/08/2021 - mis à jour le 02/09/2021 à 14H01

Parmi les quatre dossiers examinés ce 13 juillet par la 12e chambre correctionnelle du Val-de-Marne, celui d’un jeune boulanger sans casier et impliqué dans un casse sans ITT illustre la sévérité du tribunal.

Tribunal de Créteil : Un boulanger condamné pour le casse....d'une boulangerie
Tribunal judiciaire de Créteil, salle des pas perdus. Photo : ©P. Anquetin

Des mèches blondes sur une chevelure noire. C’est sa coquetterie qui apparaît en premier lorsqu’Ali, 35 ans, pénètre avec timidité dans le box des prévenus.

Exaspérée par la longueur des plaidoiries de l’affaire précédente, la présidente se défoule au micro : « Je serais tentée de reprendre le compte-rendu d’enquête, mais comme je viens d’avoir une expérience pas très heureuse, je vais faire trois lignes. Maintenant, ça va être comme ça ! Des fois, quand c’est simple, on discute moins. »

La cagoule arrachée

Les faits datent du 20 octobre 2016. Il est deux heures du matin à Villiers-sur-Marne. Quatre hommes, cagoule au visage, pistolets et batte des baseball au poing, surgissent dans une boulangerie. L’un fait le guet, les trois autres montent jusqu’à l’appartement du gérant au-dessus de la boutique et cognent à la porte. Le père du boulanger, 61 ans, ouvre. Il est immédiatement frappé et la mère est menacée. « Où est l’argent ? » Leur fils intervient : « L’argent est en bas, dans la boulangerie »

Dans les escaliers, le gérant se livre à une manœuvre audacieuse : il pousse les voleurs et arrache une cagoule. Le visage d’Ali apparaît dans la lumière, comme aujourd’hui dans le box. Paniqués, les voleurs prennent la fuite dans une voiture noire, en emportant le contenu de la caisse. Une partie de l’argent est retrouvé, mais il manque mille euros. Le « résumé » de la présidente ne livre pas plus de détails sur le vol et la réapparition du butin.

Malik est mort « dans des circonstances troubles »

Grâce à la cagoule arrachée et restée au sol, la police procède à une recherche ADN. Un mandat d’arrêt est lancé contre Ali, sans résultat. Et pour cause : il s’est envolé pour le Maroc.

L’affaire en reste là jusqu’en juin 2021 quand Ali, ignorant qu’il est recherché, a la mauvaise idée de rentrer en France. Il est cueilli à l’aéroport et placé en détention.

Ali raconte son histoire au juge d’instruction. Il fréquentait à cette époque un certain Malik, « connu dans toute la cité ». Quand il a eu besoin d’argent, Malik lui a prêté 3 000 €. Ali n’a pas pu rembourser et la dette a grimpé à 8 000 €. Un jour Malik lui a dit : « Tu montes dans la voiture et tu rembourses ta dette. » Ali ne savait pas quel était l’objectif du casse, dit-il. Après le coup, Malik a continué de le menacer. Ali s’est alors réfugié au Maroc, jusqu’au jour où il a appris la nouvelle : Malik est mort. « Dans des circonstances troubles », ajoute la présidente. Libéré, Ali décide de rentrer en France.

Car le jeune homme a un métier qu’il aime : il est lui-même boulanger. « Est-ce que vous voulez nous en parler ? » suggère son avocate. Il se redresse : « Oui. J’ai eu mon CAP de boulangerie en 2007. Et j’ai été meilleur ouvrier de Paris en 2008. Et en 2013 j’ai gagné la coupe de France en boulangerie ! » Une minute de fierté après des semaines d’abattement.

« Vous risquez dix ans »

Son casier est blanc comme de la farine. « Mais l’un de vos anciens employeurs vous aurait surpris en train de voler dans la caisse, tique la présidente. Il vous a licencié sans porter plainte… » Depuis les faits, Ali s’est marié, sa femme attend un enfant. Dans sa famille, personne n’est au courant de cette affaire, dit-il. Il a un titre de séjour jusqu’en 2025.

Ali n’est pas un caïd, mais le voilà poursuivi pour vol avec trois circonstances aggravantes : en réunion, avec armes, avec violence. « Vous risquez 10 ans », lui annonce la présidente.

Le procureur, expérimenté, n’en fait qu’une bouchée. Il détaille les preuves avec délectation : l’ADN, la reconnaissance visuelle du gérant. « Monsieur dit qu’on lui a donné une arme à feu, qu’il n’avait pas le choix. Celui qui est mis en cause n’est plus là pour le contredire, il est mort ! » Pour cette « agression sauvage, à domicile, en pleine nuit sur deux hommes et une femme pour la satisfaction d’un gain rapide et facile, je requiers 5 ans d’emprisonnement. »

« Il rentrait pour travailler »

Une réquisition extrêmement sévère, selon l’avocate. « Il a participé, il a reconnu les faits qui sont anciens, sans ITT. Peut-être est-il possible qu’il ait été menacé… Fuir ? Oui, nous aurions réagi comme ça, mais lui il vit dans la cité. » Il a 35 ans, aucune mention au casier, il est inséré, il rentrait en France pour travailler dans la boulangerie, défend-elle pour suggérer une peine aménageable ou de sursis.

« Je demande pardon à cette famille, je regrette ce que j’ai fait », ponctue Ali. Les débats ont duré trente minutes montre en main. Le tribunal n’ira pas chercher plus loin et se retire pour délibérer.

Une heure plus tard, Ali est condamné à trois ans d’emprisonnement ferme avec maintien en détention.

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