Tribunal de Meaux : « Il se balade avec un couteau, un marteau ! Elle est morte de peur »

Publié le 20/02/2024

Bala et Kélian seront jugés à la mi-mars. Pour être sûr qu’ils reviendront à l’audience, le tribunal de Meaux (Seine-et-Marne) les a emprisonnés – mesure de précaution motivée par leur dossier. Le premier est poursuivi pour violence sur une dame handicapée ; le second pour trafic de drogue en récidive : il était en cavale depuis deux ans.

Tribunal de Meaux : « Il se balade avec un couteau, un marteau ! Elle est morte de peur »
Salle d’audience au Tribunal judiciaire de Meaux (Photo : I. Horlans)

 Commençons par Kélian, un grand balèze qui, le 8 février 2022, se trouvait à bord d’une voiture transportant 45 kg de résine de cannabis, arrêtée à Serris alors qu’elle remontait d’Espagne. Les auteurs de ce “go fast” ont été appréhendés et condamnés, sauf leur ami meldois, âgé de 30 ans, qui a eu de la chance : il a pris la tangente le soir même, un mandat de recherche a été aussitôt décerné. Ce 18 février, Kélian est réapparu en Seine-et-Marne, soit deux ans et dix jours après l’interpellation de ses potes trafiquants. On verra ce que plaidera son avocat lors de l’examen au fond du dossier. Mais à l’horizon, point déjà un îlot d’écueils, le plus escarpé consistant à justifier sa fuite.

Aussi demande-t-il un délai pour préparer sa défense, accordé de droit ce lundi 19 février, 24 heures après que la police lui a mis la main dessus. À l’aise, étonné qu’il lui soit fait grief « d’avoir disparu », il espère échapper à la détention d’ici à son procès. Car une fois le délai concédé, se pose une question de confiance : peut-il être remis en liberté ?

« – Oui, répond-il, bonhomme. J’ai plein de projets.

– Quels sont-ils ? s’enquiert la présidente Isabelle Verissimo.

– Retrouver ma femme. »

Laquelle, enceinte, le dévore des yeux du bout de la salle.

« J’étais en quête de reconnaissance de mes parents »

 La juge insiste : il est ici question d’ambitions professionnelles plus que de roucoulade. Kélian énumère tous les boulots qu’il a autrefois exercés, d’un poste de soudeur à celui d’éducateur spécialisé. Un dernier emploi qui fait tiquer au regard de son passé. Outre les six chefs de prévention dont il va répondre (acquisition, importation, transport, détention, cession de stups, participation à une association de malfaiteurs), le prévenu a un casier long comme son bras. Trafic de drogue en 2011, 2012, 2017, violences, menaces, etc. : 14 condamnations au compteur. « Comment expliquez-vous tous ces antécédents judiciaires ?

– J’étais en quête de reconnaissance de mes parents.

– En commettant des infractions ?…

– Oui », répond simplement le costaud, tout sourire.

Réalise-t-il que la totalité des délits commis en récidive lui fait encourir 20 ans de prison ? Serein, il pense que le tribunal n’ira pas jusque-là.

Au passage, on apprend que, ne travaillant plus depuis deux ans – durée de la cavale –, il a perçu l’allocation-chômage. Le système social fonctionne en dépit d’un mandat de recherche… Consternant.

La procureure Noémie Béguin requiert le maintien en détention « car il est illusoire de croire qu’il se représentera » le 18 mars, d’autant plus qu’il « a des attaches en Espagne ». Son conseil parisien étant absent, Me Bogos Boghossian le remplace : « Il n’a aucune raison de fuir, il fait sa vie avec sa compagne, ils attendent la naissance de leur enfant. Son implication [dans le trafic] semble beaucoup plus limitée que celle des autres personnes qui se trouvaient dans la voiture. »

Le tribunal préfère le maintenir à sa disposition. Kélian part pour le centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin.

« Je suis un gentleman, j’ai des copines, elle est jalouse »

 Bala, lui, apprend dès son entrée dans le box qu’il ne sera pas jugé ce lundi. Le motif est juridique. Arrêté deux jours plus tôt, cet homme de 41 ans est placé sous curatelle. Il a été impossible de joindre le mandataire et surtout, son expertise psychiatrique est obligatoire. Les faits sont survolés, Bala en répondra à la mi-mars. Cependant, on comprend qu’ils sont graves. Le 14 février, il a frappé une femme handicapée de 56 ans ; son visage présente les couleurs d’un arc-en-ciel. N’écoutant que son grand cœur, il lui arrivait d’héberger le prévenu. À la sortie d’hôpital (cinq jours d’ITT), traumatisée, elle a fait poser un nouveau verrou à sa porte dont il conservait la clé, bien qu’elle l’eût plusieurs fois chassé. Et le 15, sans se démonter, Bala a appelé un serrurier pour s’introduire chez elle !

La police est intervenue pour secourir la victime, également sous curatelle. Et voici le prévenu, volubile, expliquant avoir voulu récupérer ses affaires, parlant de « bœuf acheté pour [sa] mère en milieu de nuit » (on perd le fil), s’excusant des coups portés en état d’ivresse et sous l’emprise du cannabis, du crack. Suivi par un addictologue, il replonge en permanence : « C’est la galère, c’est la vie… » Pourquoi battre une dame qui lui offrait le gîte ? « Je suis un gentleman, j’ai des copines, elle est jalouse », riposte Bala, gonflé. Elle n’est pas son amante, ne l’a jamais été. Encore un mensonge, comme lorsqu’il a fourni une fausse identité aux forces de l’ordre.

« Il squatte chez elle, y compris avec ses amis »

 Au nom de la partie civile, Me Laetitia Joffrin raconte que sa cliente l’a vu « se balader avec un couteau et un marteau ! Elle est morte de peur. Elle a essayé de le faire partir à plusieurs reprises avec l’aide des policiers. Mais il revient sans cesse. Il squatte chez elle, y compris avec ses amis ! Et là, il s’introduit à son domicile avec l’assistance d’un serrurier ! Je souhaite que Madame soit protégée ».

La procureure partage son avis. A fortiori après l’examen de son casier qui répertorie de multiples sanctions depuis l’année 2002 : vol et violence avec arme, entre autres, qui lui ont valu deux incarcérations. Les pressions et la réitération n’étant pas exclues, elle requiert sa détention jusqu’au 15 mars, date du procès.

Me Boghossian préconise plutôt « une interdiction stricte de se présenter au domicile » de la plaignante et de s’en remettre « au curateur qui l’aidera au mieux. Il peut aussi aller chez sa mère », tente-t-il. Bala, qui a la parole en dernier, se veut rassurant : « Elle ne craint rien avec moi ! »

Personne n’en est certain, encore moins le tribunal qui a sous les yeux tous les éléments du dossier. La présidente Verissimo ne prendra aucun risque, à raison. Bala rejoint donc Kélian à la prison de Meaux-Chauconin.

Tribunal de Meaux : « Il se balade avec un couteau, un marteau ! Elle est morte de peur »
Me Laetitia Joffrin au tribunal judiciaire de Meaux lundi 19 février 2024 (Photo : ©I. Horlans)
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