Tribunal de Meaux : Le chanteur d’« Il était une fois » à nouveau condamné pour corruption de mineure

Publié le 19/09/2023

En 1975, avec Joëlle Mogensen, il s’époumonait sur scène : « J’ai encore rêvé d’elle… » Richard Dewitte a « rêvé si fort » de “Camille2009”, 13 ans, aguichée sur un site, qu’il lui a donné rendez-vous. Et le vieux chanteur s’est retrouvé face à un cybergendarme ! Hier, le tribunal de Meaux, en Seine-et-Marne, a sévèrement sanctionné le récidiviste.

Tribunal de Meaux : Le chanteur d’« Il était une fois » à nouveau condamné pour corruption de mineure
Intérieur du TJ de Meaux ©I. Horlans

 « Il est parti, mon avocat ? » Richard Dewitte, 77 ans, paraît perdu dans le box des prévenus. Oui, son défenseur choisi est rentré à Paris. Par un texto, il apprendra donc que son client, incarcéré depuis le 22 août à la prison de la Santé (XIVe arrondissement), est maintenu en détention pour trois ans. À cause de sa propension à séduire « les jeunes filles de 13 à 19 ans ». Au-delà ? Pourquoi pas, « 30, 40, 50 ans même », dira-t-il sans y croire tant son passé révèle ses « penchants pédophiles ». Ces mots, du procureur Boulin, se rapportent à la série de délits commis en 2015, 2018, et en mars dernier : corruption de mineure, propositions sexuelles faites à une adolescente de 13 ans par un moyen de communication électronique suivies de rencontre. Le chanteur du groupe « Il était une fois » était jugé lundi 18 septembre en chambre des comparutions immédiates.

Il apparaît entre trois gardes de la Pénitentiaire. Il ressemble à un piaf un poil déplumé, deux bras maigres s’échappant d’un teeshirt gris à encolure lâche. Joues creuses, poings serrés, l’artiste va servir les mêmes « excuses » que devant les tribunaux de Dijon, de Fontainebleau, puis à la cour d’appel de Paris : « Ce n’était qu’un jeu », « j’ai un problème affectif », « je dois me faire soigner », etc. Des « arguments » rigoureusement identiques qui lui avaient valu à deux reprises une relative clémence : 18 mois avec sursis. A Meaux, il n’a convaincu personne.

Les « débilités » et « idioties » d’un « papy coquin »

 Richard Dewitte se défend très mal – c’est le moins que l’on puisse dire. Il lui est reproché d’avoir entretenu des relations « virtuelles », insistera-t-il maintes fois, avec “Camille2009” derrière qui se cachait un officier de la Section de recherches de Paris. Il a également dragué deux sœurs de 12 et 14 ans, non identifiées ; l’expertise de son téléphone et de son ordinateur a établi les échanges graveleux. Enfin, il disposait de 17 DVD mettant en scène des mineures victimes.

Quand il « rencontre » Camille sur son site préféré, il lui adresse, en guise d’entrée en matière, un GIF (image animée) représentant une pénétration digitale. Il lui envoie des photos de sa maison, de Joëlle Mogensen, de son petit-fils, raconte sa carrière. S’ensuit une bordée d’obscénités – la moins ordurière étant « je vais bien te défoncer ». Trois jours plus tard, il lui fixe rendez-vous sur un parking à Croissy-Beaubourg.

La présidente Isabelle Verissimo : « – Je ne vais pas rapporter les horreurs écrites à une fille de 13 ans… Pourquoi la rencontrer ? Dans quel but ?

– Je ne lui aurais pas fait trop de mal… J’ai des problèmes de prostate… On serait allés au McDo.

– Vous proposez d’être son professeur de sexe, parlez de votre langue qui est “importante”, écrivez à des mineures qui ont des têtes de petites filles !

– Je sais, c’est terrible. C’est la connerie de ma vie [la 3e, en fait]. J’ai honte de moi et pour ma fille qui est dans la salle. J’ai vraiment déconné…

– Et les autres de 12 et 14 ans, qui vous surnomment “Papy coquin” ?

– Ce sont des débilités, des idioties, que du virtuel… Je m’en veux à mort. Je me foutrais des claques. »

La gravité des délits est reléguée à des imbécilités. Sa fille pleure.

« Efface nos conversations, les flics pourraient nous espionner »

 Richard Dewitte n’est pas un lapereau de trois semaines. Ses actes illégaux, il en connaît le prix. Il s’obstine à les minimiser, contraignant la présidente, le procureur, à dévoiler les horreurs, évoquer les photos. Nausée. L’expert psychiatre a du reste conclu à sa « dangerosité criminologique avec risque de récidive élevé ». Il affiche une mine de chafouin : « Ah ben parlons-en, de celui-là ! ». Le psy l’a fâché, comme l’a irrité la maréchaussée.

Le procureur Alexandre Boulin : « – Aux enquêteurs, vous avez dit être en colère d’avoir “été piégé”…

– On le serait à moins !

– Vous conseillez à Camille : “Efface nos conversations, les flics pourraient nous espionner.” Vous êtes conscient que c’est interdit ?

– Oui… je pensais pas être pris.

– Et aujourd’hui, vous pensez quoi ?

– Que je suis cinglé ! C’est fou d’écrire des trucs pareils… C’était un délire, un fantasme à la con ! Pour moi, je dialoguais avec des fantômes… Je n’ai jamais touché une mineure.

– Pour vous, un pédophile, c’est quelqu’un qui touche ?

– Je ne suis pas un pédophile ! »

Corde sensible. Confronté à sa misérable vieillesse, Richard Dewitte est au bord des larmes.

La présidente Verissimo : « – Finalement, ce ne sont pas les faits que vous regrettez, mais d’avoir été arrêté ?

– Exactement, répond-il avec simplicité.

– Dans la procédure à Dijon, il y a des pénétrations de petites filles… Vous savez qu’au bout de la chaine, ce sont des enfants violées ?

– Je n’ai martyrisé personne ! »

« Je suis toujours un artiste mais là, c’est mort »

Voulant sauver les meubles, son avocat parle d’une photo démontrant une appétence pour la zoophilie. Mal lui en a pris : « C’était rigolo », réplique Dewitte. Tout est à l’avenant : « Les gamines m’ont chauffé », « les psys ne m’ont pas bien soigné. » Même sa précédente condamnation serait due à une bourde : il a déclaré que « les femmes de 60 ans ne sont pas attirantes à la présidente de cet âge ». Ainsi de suite.

L’examen de sa personnalité met au jour une vie conjuguée au passé : son « narcissisme » diagnostiqué vient du succès rencontré avec « Il était une fois ». Il est scotché aux sépias des années 1970. Désormais, il dit « vouloir être tranquille, arrêter ces idioties, tirer un trait sur le désespoir que j’ai. Je suis toujours artiste mais là, c’est mort. La presse me roulera dans la boue. J’ai envie d’être avec une femme de 50, 60 ans ».

Me Mathias Darmon plaide pour l’association Innocence en Danger (IED), mouvement mondial qui accomplit des petits miracles. Plusieurs fois, il a questionné Richard Dewitte, lui a tendu des perches, guettant les remords. En vain. Alors, il a cette idée : raconter « les stages d’été » qu’IED organise pour les victimes. « On dépense 77 000 € pour 50 enfants. Je souhaite qu’il finance un stage pour trois enfants, soit 4 620 €. »

« C’est beaucoup trop ! » crie Richard Dewitte.

Ce qui est « beaucoup trop », aux yeux du procureur, « c’est le nombre de mineurs victimes : 160 000 par an en France ! “Ce n’était qu’un jeu pour moi”, a-t-il dit… » Alexandre Boulin égrène les écrits répugnants, déplore « l’absence d’évolution », « les mêmes justifications qu’en 2015, 2018, 2019 [date de l’appel]. Mon travail, conclut-il, c’est de protéger la société. Il doit en être écarté, ne plus avoir accès à un ordinateur. » Il requiert trois ans de prison, le maintien en détention, un suivi sociojudiciaire jusqu’en 2028.

L’avocat de M. Dewitte annonce « un réquisitoire contre les années 1970, quand Libération publiait des tribunes favorables à la pédocriminalité ». Il convoque « l’artiste qui ne comprend pas que l’on ne touche pas aux filles de moins de 18 ans », répète « ne pas plaider la relaxe », implore des soins, amorce l’hypothèse « du placement sous curatelle ». Il fustige « la presse qui a rédigé 40 articles », oubliant qu’il lui a répondu, puis la partie civile intervenue « pour des enfants martyrs n’ayant rien à voir avec Monsieur ».

Il ne convaincra pas les juges. Les réquisitions sont suivies à la lettre. Et le condamné versera 4 620 € à Innocence en Danger.

Richard Dewitte se recroqueville, cherche des yeux sa fille, son défenseur. Ils sont partis.

 

 

 

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