Tribunal de Pontoise : Le Val-d’Oise a déclaré la guerre aux contrebandiers de tabac

Publié le 30/09/2022 - mis à jour le 30/09/2022 à 17H51

« C’est une erreur, je ne vends plus de cigarettes à la sauvette », assure Bouna aux magistrats du tribunal de Pontoise (Val-d’Oise). Arrêté pour la sixième fois en 19 mois, il peine à convaincre la justice qui lutte, avec le préfet et la police, pour réduire la contrebande exponentielle de tabac.

Tribunal de Pontoise : Le Val-d’Oise a déclaré la guerre aux contrebandiers de tabac
Palais de justice de Pontoise (Photo : ©J. Mucchielli)

 Bouna, un Africain âgé de 31 ans, jure que sa situation « s’est améliorée ». Si son nom figure toujours dans le Fichier des personnes recherchées, son obligation de quitter le territoire français, délivrée en 2021, n’apparaît plus d’actualité. « J’ai une attestation, je suis régularisé et j’ai un travail », ajoute l’homme en sweat-shirt bleu roi, devenu maçon. Mais à la gare de Cergy le 20 septembre 2022, il a tout de même été arrêté avec deux cartouches et huit paquets de cigarettes Marlboro, contrefaites à Singapour.

Depuis sept mois, le préfet, les maires des communes, la police nationale, municipale et la SNCF livrent une guerre sans merci à l’économie parallèle qui enrichit les trafiquants. D’ailleurs, cinq jours avant l’interpellation de Bouna, le tribunal de Pontoise en a condamné six – jusqu’à 18 mois ferme, 5 000 euros d’amende. Ils détenaient 1 351 kg de tabac importé, aussitôt détruit, et 42 000 euros de bénéfices, saisis. En août, à la gare d’Argenteuil, une vaste opération avait délogé la quarantaine de revendeurs postés aux heures de pointe.

« Aux préjudices et nuisances diverses, je dis STOP ! »

 Aussi Bouna est-il mal tombé. Il a beau faire et dire, l’accusation n’a plus aucune mansuétude pour les pourvoyeurs de tabac à la nocivité avérée. Il est souvent fabriqué en Asie, en Belgique ou, parfois, en région parisienne. Le 3 septembre, la Douane parisienne a démantelé un atelier, équipé de 28 machines, en Seine-et-Marne – le deuxième dans le département en moins d’un an. Bouna, qui ne nie pas avoir écoulé des cartouches de Marlboro à cinq reprises, entre février 2021 et 2022, dit les avoir achetées 30 € en Seine-Saint-Denis (dans le commerce, elles en valent 100). Si l’acheteur croit faire une bonne affaire, il ignore souvent qu’il met sa santé en danger et risque 135 euros d’amende.

« À Cergy ce jour-là, les policiers municipaux m’ont arrêté par erreur, dit-il. Les paquets, je les avais ramassés dans un buisson », planque habituelle des vendeurs à la sauvette. Comment accorder crédit à cette explication ? La procureure Anne-Claire Lecaroz la rejette : « 30 000 usagers transitent chaque jour par la gare de Cergy. Aux préjudices et nuisances diverses, je dis STOP ! » Elle a haussé le ton. La tête de Bouna semble se rabougrir entre ses épaules telle une plante sous l’effet de la sécheresse.

« Malheureusement, il est connu comme le loup blanc »

« Il raconte n’importe quoi, poursuit-elle. Cette économie souterraine est un fléau en Île-de-France. En plus, son titre de séjour a expiré et il détenait du cannabis. Ça suffit ! » Quatre mois de prison sont requis, avec mandat de dépôt immédiat et, bien sûr, la confiscation des scellés.

Me Isabelle Kunzi, commise d’office, est persuadée qu’il y a méprise : « Il avoue ses erreurs passées, l’usage du cannabis, il suit même un traitement. Malheureusement, à Cergy, il est connu comme le loup blanc et, dès qu’il approche la gare, les policiers municipaux lui tombent dessus. Il est tout à fait possible qu’il ait trouvé le sac dans le buisson, comme il le prétend. »

L’avocate fait son possible : « Il a un titre de séjour, il aurait dû être à son travail aujourd’hui, il est père d’un enfant de six ans. Il remonte la pente, il a un CAP, un logement… La détention mettrait fin à tous ses efforts. »

La présidente Hélène Tortel et ses assesseurs délibèrent un court instant. Le trafic de cigarettes, les bagarres entre vendeurs qui en découlent (ils se disputent les territoires, parfois à coups de couteau), les vols à l’arraché lorsque l’acheteur sort son portefeuille, voire les agressions, ce n’est plus possible. Bouna est condamné à trois mois de prison. « On tient compte de vos perspectives, lui indique toutefois la présidente. Vous êtes libre ce soir et serez convoqué par le juge de l’application des peines. »

Bouna remercie le tribunal et son avocate. Demain matin, il reprendra son travail de maçon.

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