Tribunal de Pontoise : Les douaniers interceptent la cocaïne commandée par un prisonnier

Publié le 28/09/2022 - mis à jour le 28/09/2022 à 18H35

Dimitri voulait rendre service à son pote Gérald, incarcéré. Aussi a-t-il accepté de réceptionner chez lui un colis expédié des Antilles. Il a même suivi son parcours avec ses téléphones. La Douane a saisi le paquet et la cocaïne ; la police a arrêté le destinataire. Et « Gérald » s’est évaporé…

Tribunal de Pontoise : Les douaniers interceptent la cocaïne commandée par un prisonnier
Tribunal de Pontoise (Photo : ©J. Mucchielli)

 A-t-il seulement existé, « l’ami Gérald » ? Inconnu à l’adresse indiquée par Dimitri – le centrepénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) –, il ne sera pas inquiété. En revanche, le beau jeune homme à l’allure athlétique qui prend place dans le box de la 8e chambre correctionnelle du tribunal de Pontoise (Val-d’Oise) peut se faire du mouron. Âgé de 30 ans, instruit, salarié 4 000 euros par mois en CDI, il vit depuis 2016 avec sa compagne. Ils s’aiment. Alors, mercredi 21 septembre, la question s’impose d’emblée : Dimitri est-il stupide, risque-tout ou, comme il le prétend, innocent ?

Prévenu de tentatives d’acquisition, de détention et cession de drogue (en récidive), d’importation, il est aussi poursuivi pour usage de stupéfiants, détention de munitions de catégorie B. La peine totale encourue atteint 15 ans. Cher payé, le service rendu à Gérald.

« J’ignore à quoi correspond ce colis, j’attendais des tee-shirts »

On aimerait croire Dimitri. Il s’exprime bien, a l’air gentil, sincère. Mais sa fâcheuse tendance à prendre les magistrats pour des perdreaux de l’année va ruiner ses efforts. À la présidente Hélène Tortel, qui lui demande s’il n’a pas eu peur de servir d’intermédiaire à un détenu, il répond, fort aise : « J’ai connu la prison, ça ne m’a pas étonné. » Le colis à son nom avec 164 grammes de cocaïne, saisi par les douaniers le 26 juillet ? « J’ignore à quoi il correspond. Moi, j’attendais des tee-shirts. » Les munitions achetées sur l’application Snapchat ? « C’était pour le décor de mon anniversaire. » Le pare-soleil Police chez lui ? « Je l’ai trouvé dans un parking. » L’uniforme de postier ? « Mon ancien boulot. » Les gants en latex, la balance de pesée ? « Pour ma conso perso. » Son minuscule sachet de coke et ses 3,5 grammes de cannabis, découverts lors de la perquisition, justifiait-il un peson ?

Un léger hic grippe l’allant de Dimitri. Entre l’ouverture du paquet cet été et l’arrestation le 19 septembre, les policiers l’ont surveillé et écouté. Il est vu avec cinq pains de résine, on l’entend parler « d’un « kil de marron » à un « frérot », s’enquérir du « tarif d’un Glock » (pistolet), etc. L’étude des échanges, via les réseaux cryptés Telegram et Signal, convainc que Dimitri navigue en zone grise.

« Des soupçons, on peut avoir. Mais pas de certitudes »

Confronté aux messages extraits de ses deux téléphones et au suivi assidu du colis sur Internet, il garde le cap : « Je les ai prêtés à quelqu’un que j’ai hébergé. » Sa femme dément qu’il ait jamais offert l’hospitalité. « Parfois, je partage ma connexion avec des potes », tente-t-il. « Écoutez, Monsieur, je sais reconnaître les explications embrouillées », l’interrompt la juge qui a présidé la cour d’assises de l’Oise, où elle a appris des plus malins.

L’auditrice de justice qui représentante le parquet les estime « farfelues ». Et les antécédents de Dimitri noircissent le tableau : violences aggravées, coups contre sa mère, affaire de drogue, transport d’armes, incarcérations. Elle requiert deux ans de prison en partie avec sursis, le reste aménageable sous bracelet électronique.

En défense, Me Amandine Zabel fustige « un dossier qui, juridiquement, ne tient pas. Il aurait pu recevoir, aurait pu détenir, aurait pu céder, je suis au regret de dire qu’on n’en sait rien ». L’usage de stupéfiant, la détention de munitions « sont les seules infractions caractérisées. Des soupçons ? On peut en avoir. Mais pas de certitudes ». Quant au casier judiciaire, c’est du passé : « Aucun délit depuis 2014. » L’avocate de Pontoise pose à son tour la question : « Pourquoi un homme avec un bon salaire prendrait-il part à un tel trafic sous son identité ? »

Son client, qui a la parole en dernier, est d’accord : « Je suis minutieux, calé en informatique. Pensez-vous que j’utiliserais mes données personnelles pour suivre un colis de cocaïne ? »

En guise de réponse, le tribunal le condamne à sept mois de détention sous bracelet. Il est relaxé des tentatives d’acquisition, de cession. À la Douane, qui sollicitait une amende de 65 € par gramme, il versera 10 660 €. Peut-être « Gérald » l’aidera-t-il à dédommager le Trésor public…

Tribunal de Pontoise : Les douaniers interceptent la cocaïne commandée par un prisonnier
Me Amandine Zabel au tribunal de Pontoise le 21 septembre 2022 (Photo : ©I. Horlans)
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