Tribunal de Versailles : le douloureux silence judiciaire autour de la mort d’un cycliste en 2022
Le 7 décembre 2022, André Hamel est renversé par une automobiliste alors qu’il circule sur une piste cyclable à Montigny-le-Bretonneux. Trois ans plus tard, la justice est aux abonnés absents et sa famille ne comprend pas ce silence.

Il était allé chercher le pain pour le déjeuner, ce 7 décembre 2022. André Hamel, 76 ans, n’est jamais rentré chez lui. Renversé par une automobiliste âgée de 82 ans, alors qu’il circulait à vélo, il est décédé une semaine plus tard à l’hôpital Beaujon. Dans un premier temps, ses deux filles et son épouse font confiance à la justice. C’est un homicide involontaire, l’auteure est identifiée, le parquet va faire son travail. D’un point de vue judiciaire, c’est un dossier simple qui se traite généralement dans le cadre d’une enquête préliminaire. On contrôle l’absence de drogue et d’alcool chez l’auteur, on l’auditionne, ainsi que les proches de la victime et tout cela se termine par une convocation au tribunal par un officier de police judiciaire (COPJ). À charge ensuite pour le tribunal correctionnel d’examiner l’affaire et de prononcer éventuellement une condamnation. Sauf que dans ce dossier, rien ne se passe comme ça, et même, il ne se passe rien du tout.
La famille contrainte de se constituer partie civile
Face à l’absence de réaction de la justice, les filles de la victime décident de prendre un avocat, Me Gregory Doranges, qui écrit au parquet de Versailles pour connaître les suites qu’il envisage de donner à l’accident. Il n’obtient aucune réponse. Cinq mois se sont écoulés. Elles décident alors de porter plainte. Mais là encore, il ne se passe rien. Il ne reste plus qu’une solution dans ce type de situation : se constituer partie civile pour amener le parquet à agir. Ce qui est fait, le 4 octobre 2023. Nous sommes près d’un an après les faits. En février 2024, la justice leur demande de consigner 1 850 euros chacune. « Cela sert à éviter les plaintes abusives, commente Me Gregory Doranges, mais en l’espèce, l’homicide involontaire est incontestable, pourquoi leur réclamer une somme aussi élevée ? ».
Si le parquet n’a pas bougé, les filles de la victime espèrent que la juge d’instruction nommée sera plus diligente. Au mois de novembre 2024, l’avocat interroge celle-ci par courrier sur l’état d’avancement du dossier et en demande copie. Il ne contient que la plainte, l’enquête préliminaire n’ayant pas encore été transmise à l’instruction. Mars 2025, nouvelle relance de l’avocat. On lui répond qu’une commission rogatoire est en cours et que le dossier lui sera transmis ensuite. En septembre 2025, il effectue une nouvelle demande d’acte. Et se voit répondre qu’il y aura des délais, liés à la charge du cabinet.
« La vie d’un senior a-t-elle moins d’importance ? »
De guerre lasse, les filles de Monsieur Hamel ont écrit au garde des Sceaux le 30 janvier 2026, une lettre factuelle, pleine de retenue, dans laquelle elles évoquent « un sentiment de vide et d’inachevé » et s’interrogent « la vie d’un senior a-t-elle moins d’importance ? Qu’implique en pratique le traitement de ce dossier sur la manière dont notre société considère la mort d’un cycliste âgé, renversé par une conductrice également âgée ? ». Elles demandent au ministre de s’assurer que la procédure suit son cours pour enfin connaître la vérité sur les circonstances de cet accident mortel qui les a brutalement privées de leur père et pour qu’on reconnaisse la gravité des faits.
« J’ai traité deux accidents mortels de la circulation récemment à La Rochelle, ils ont été réglés en un an dans le cadre d’une enquête préliminaire avec COPJ » confie leur avocat. Et la juridiction de La Rochelle n’est pas moins débordée que le tribunal judiciaire de Versailles. Comment expliquer dès lors une telle lenteur, pour ne pas dire inertie, de la justice dans le dossier Hamel ? Manque de moyens ? Désintérêt à l’égard d’un dossier, certes tragique, mais sans enjeux ni urgence particulière ? Autre chose ? Quelle que soit la raison de ce traitement, il y a dans ce dossier une famille qui ne comprend pas pourquoi la mort d’un des siens semble si peu intéresser la justice. Sollicité, le parquet de Versailles nous a répondu que le dossier était couvert par le secret de l’instruction.
Référence : AJU503856