André Dremaux : « Cette médaille, c’est une reconnaissance du travail de l’APTE » !

Publié le 23/01/2024

Né dans une famille d’agriculteurs, André Dremaux a eu plusieurs vies professionnelles. Passé par le conseil aux agriculteurs, le syndicalisme, et la presse agricole, il est depuis 2020 président de l’Association de la presse pour la transparence économique (APTE). Un parcours riche, que le ministère de la Culture a souhaité mettre en avant. Sur sa proposition, André Dremaux s’est vu remettre en décembre dernier les insignes de Chevalier de l’ordre national du Mérite. Rencontre.

Actu-Juridique : Vous avez œuvré dans de nombreux domaines. Quelle était votre ambition professionnelle de départ ?

André Dremaux : Je suis issu d’une famille d’agriculteurs du département du Nord. La plupart des jeunes de mon entourage amical et familial, issus des mêmes origines que moi, se sont orientés vers le monde agricole. Accidenté durant ma jeunesse, je ne voulais pas m’engager dans ce métier difficile. J’ai malgré tout suivi une formation agricole sans trop savoir où cela me conduirait. Et je me suis rapidement aperçu que les formations agricoles ouvrent sur un large panel d’emplois. J’ai commencé par faire du conseil de gestion auprès des agriculteurs du Pas-de-Calais. J’allais les rencontrer dans leurs fermes de polycultures-élevage. Je les aidais à faire des comptes analytiques, pour distinguer la rentabilité des différentes productions et ensuite apporter des conseils de gestion appropriés. J’ai d’abord fait ce travail dans le cadre d’un groupement de développement et de vulgarisation agricole, et ensuite au sein d’un centre de gestion agréé agricole (CGA). Le métier a très vite évolué avec la mise en place d’études économiques à chaque installation de jeune agriculteur, ou pour les projets d’investissements pour développer ou moderniser les exploitations. Ce sont des études économiques qu’il faut faire également lorsqu’un agriculteur rencontre des difficultés financières et qu’il faut trouver des solutions et convaincre la banque. J’ai fait cela pendant quinze années, comme simple conseiller au départ, puis en tant que chef de service et ensuite responsable de la partie gestion et membre de la direction du CGA. En 1994, j’ai été sollicité pour diriger l’ADASEA du Pas-de-Calais. C’est une association qui a une mission de service public et qui était l’organisme instructeur pour les dossiers d’installation, les dossiers de modernisation et les départs en préretraite, en convention avec le Centre national pour l’aménagement des structures des exploitations agricole (CNASEA) dépendant du ministère de l’Agriculture. En 1997, j’ai été directeur de la FDSEA du Pas-de-Calais et en 1999, j’ai pris les rênes du journal Le Syndicat agricole, basé à Lille et diffusé sur les départements du Nord et du Pas-de-Calais.

AJ : Quels étaient alors les enjeux du monde agricole ?

André Dremaux : Dans les années 1960, le modèle était celui de l’exploitation familiale, avec des prix négociés à Bruxelles tous les ans, qui permettaient à l’exploitation moyenne de « s’en sortir ». En même temps que le monde agricole obtenait des prix, il y avait sur le marché une situation de production excédentaire sur certains produits. C’est l’époque des montages de beurre qu’il fallait stocker, que l’on exportait à bas prix tout en soutenant la production. Il y avait une sorte de contradiction. En 1984, sont arrivées les premières restrictions. Les quotas laitiers ont été mis en place pour limiter la production laitière. Ce fut une période de grande inquiétude pour les éleveurs que l’on empêchait de produire davantage. Cela a été salvateur : ce système leur a permis de continuer à travailler en étant rémunéré correctement. En 1992, est arrivée la réforme de la PAC, un raz de marée : on s’est mis à aligner les prix des produits agricoles sur le marché mondial et à donner des aides aux agriculteurs pour compenser les baisses de prix. On ne parlait plus de primes mais d’aides compensatoires avec une péréquation entre les régions les plus riches qui avaient une meilleure production et celles où la production était la plus difficile.

AJ : Comment avez-vous découvert le monde du journalisme agricole ?

André Dremaux : En 1997, j’ai pris la direction de la FDSEA 62. Il existait à l’époque un journal, pour les départements du Nord et du Pas-de-Calais, avec une proximité syndicale. En 1999, à la suite du départ en retraite du directeur, j’ai été sollicité à la direction de ce journal qui s’appelait Le syndicat agricole. Il m’a fallu tout apprendre, et vite, car le journal était en situation de faillite.

AJ : Comment fonctionnait ce journal ?

André Dremaux : Dans la presse agricole, il y a souvent une proximité des journaux avec le syndicalisme. Dans la région du Nord-Pas-de-Calais, on avait un journal pour deux départements. C’était plutôt un avantage, mais on avait aussi un concurrent, Horizons Nord-Pas-de-Calais. Un journal, c’est du contenu, de l’information et de la proximité. Notre titre traitait toute l’information qui me paraissait intéressante pour les agriculteurs et les retraités du Nord-Pas-de-Calais, en mettant l’accent sur des témoignages et l’information pratique afin de parler aux agriculteurs. Dès que je suis arrivé dans le journal, je suis rentré au conseil d’administration de Réussir, un groupe atypique, réunissant les journaux agricoles départementaux. Le groupe Réussir a permis de conforter les liens entre les journaux, de faire des économies d’échelle et d’apporter une information plus percutante pour le lecteur. Et de mettre en place une régie de publicité commune : un commercial se déplaçait chez les annonceurs – semenciers, constructeurs de matériel, vendeurs de produits phytosanitaires – et proposait un plan de communication pour plusieurs journaux départementaux. Cela permettait d’améliorer le retour en publicité de l’échelle nationale. Cela a été très formateur de rencontrer d’autres collègues et de voir comment ils travaillaient. Un peu plus tard, j’ai intégré le Syndicat national de la presse agricole et rurale (SNPAR). C’était une autre approche : je faisais partie d’un syndicat professionnel d’éditeurs qui cherche à défendre les intérêts de la presse agricole et rurale. J’en ai été administrateur, puis trésorier et enfin président. Je suis également devenu membre de la commission finance et du comité directeur de la Fédération nationale de la presse de l’information spécialisée – (FNPS). Tout cela m’a permis d’avoir une vision assez large.

AJ : Comment êtes-vous arrivé à l’APTE ?

André Dremaux : Quand je dirigeais le journal Le syndical agricole, nos recettes étaient l’abonnement, la publicité, un peu les annonces légales et les petites annonces, qui permettaient surtout de créer du lien et du service pour le lecteur. J’ai développé les annonces légales. Je me suis intéressé aux sujets qui concernaient ces annonces. À l’époque, les annonces légales ont donné lieu à des discussions au niveau européen. La France ne traitait pas le sujet de la même manière que les autres pays de la communauté et il y avait une volonté d’harmoniser l’approche. Étaient alors concernées la presse quotidienne nationale (PQN), la presse quotidienne régionale (PQR), la presse quotidienne départementale, la presse judiciaire, la presse hebdomadaire régionale et la presse agricole. Ces familles de presse se sont réunies pour répondre au niveau bruxellois et national. Il y avait un encouragement à dématérialiser les annonces légales. L’association de la presse pour la transparence économique (APTE) a été créée en 2012 avec un conseil d’administration composé de deux représentants de chacun des syndicats impliqués. J’ai été l’un des deux représentants du SNPAR dès 2012. Il s’agissait d’un dossier important. Sur un plan technique, le but était de mettre en place une plateforme pour mettre en ligne toutes les annonces légales publiées dans la presse habilitée. Il fallait pour cela un accord de tous les partenaires membres de l’APTE. L’enjeu était de trouver la bonne approche pour tous les éditeurs concernés. Cela s’est fait en bonne intelligence avec des réunions essentiellement techniques. Cela a coûté de l’argent à tous les éditeurs… qui ont contribué proportionnellement à ce qu’ils pouvaient traiter comme volume.

AJ : Quel était le but de l’APTE, à sa création ?

André Dremaux : La mission de l’APTE était de créer une plateforme centrale pour que chacun puisse consulter les annonces publiées dans la presse habilitée. L’objectif des annonces légales, c’est la transparence économique. Les différents Code civil, de commerce, rural, précisent chacun à leur manière que la création d’une société, les changements qui interviennent ensuite, doivent être annoncés dans la presse. C’est la publication de l’état civil des sociétés. La transparence économique a pour but d’éviter le blanchiment d’argent. Outre le rôle de transparence apporté par la presse avec la publication de ces annonces, ces dernières apportent un soutien financier à la presse. La loi PACTE précise que les annonces légales doivent participer au maintien du pluralisme de la presse. C’est le ministère de la Culture, tutelle de la presse, qui met en œuvre les conditions de publications de ces annonces légales. Tous les ans, les éditeurs qui souhaitent publier des annonces légales font une demande d’habilitation auprès de la préfecture. Cette dernière délivre une habilitation départementale, en fonction de critères de vente, ou d’audience, de l’originalité et du caractère de proximité des informations publiées. L’APTE réunit les différentes familles de presse, pour avoir une approche qui prenne en considération la situation et les intérêts de chacun. Depuis 2020, le SPIIL, Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne, qui représente la presse en ligne, a rejoint l’APTE car les annonces légales peuvent, depuis la loi PACTE, être publiées sur papier ou en ligne. C’est un enjeu très important.

AJ : Comment sont rémunérées les annonces légales ?

André Dremaux : La loi PACTE de 2019 vise un objectif de simplification administrative. Celle-ci comporte quelques articles concernant les annonces légales : ils reconnaissent la presse en ligne comme pouvant être habilitée pour publier des annonces légales, ce qui est un grand changement, et introduisent une nouvelle possibilité de tarification. Initialement, les annonces étaient facturées à la ligne, en fonction du nombre et des hauteurs de caractères normés. Avec la presse en ligne, ce système n’avait plus de sens. La rémunération a été révolutionnée. Les annonces légales sont désormais progressivement facturées au forfait, le même partout en France, ou au caractère.

AJ : Quels sujets mobilisent l’APTE aujourd’hui ?

André Dremaux : Dans les critères d’habilitation, il existe des seuils de vente par département. Ces seuils varient entre 800 exemplaires vendus, pour le seuil le plus bas, et 6 000 exemplaires vendus pour le seuil le plus haut, dans le département du Nord. Ces seuils ont été mis en place en 1954, en fonction de la démographie de l’époque. Ils n’ont en tout cas pas été revus sauf dans les départements de la petite couronne parisienne lors du redécoupage. Depuis sa création, l’APTE est intervenue sur beaucoup de points du dispositif, mais pas sur les seuils. C’est un sujet très sensible. Il faut avoir une approche des seuils cohérente entre les départements. Un nouveau seuil peut faire perdre des habilitations, ce qui aurait des conséquences financières pour les titres qui se retrouveraient en difficulté. On cherche actuellement à avoir une approche unanime entre les différentes familles de presse.

AJ : Que représente pour vous l’Ordre du mérite qui vient de vous être remis ?

André Dremaux : Je n’ai jamais cherché les médailles, et c’est la première que l’on m’en m’attribue. Elle a pour moi un sens particulier car elle ne vient pas de mon milieu professionnel d’origine mais du ministère de la Culture. C’est une très belle reconnaissance et surtout une reconnaissance du travail de l’APTE dont je suis le président. En tant que président, j’ai un rôle de fédérateur. Je dois permettre à tous de s’exprimer, faire en sorte que les plus petits titres de presse bénéficient de la même attention que les groupes plus importants. Mon rôle est de maintenir l’unité de ce groupe très hétérogène, aux activités parfois concurrentes et aux intérêts divergents.

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