Essonne (91)

Laurent Munerot : « On reste vigilant avec l’extinction des aides programmées »

Publié le 01/09/2021 - mis à jour le 01/09/2021 à 9H39

Prothésiste dentaire basé à Palaiseau, Laurent Munerot dirige un laboratoire d’une dizaine de collaborateurs. Originaire de l’Essonne, il y travaille depuis plus de vingt ans. Engagé au sein de sa profession, c’est tout naturellement qu’il a choisi d’œuvrer pour les artisans de son département. Dans le contexte actuel, le président de la chambre de métiers et de l’artisanat de l’Essonne, candidat et tête de liste pour les élections de la chambre de métiers et de l’artisanat régionale en Île-de-France, réaffirme l’utilité de ces établissements publics administratifs.

Actu-juridique : Vous dirigez la chambre de métiers et de l’artisanat de l’Essonne depuis 2010. Qu’est-ce qui a motivé votre candidature ?

Laurent Munerot : C’est parce que je me suis occupé de ma profession que j’en suis venu à m’occuper, notamment, de la chambre de métiers. Je me suis occupé de l’organisation et du financement de la formation au sein de mon organisation professionnelle, l’Union nationale patronale des prothésistes dentaires (UNPPD). J’y faisais aussi du dialogue social. À force, je suis entré un peu partout. Tout mon parcours est issu de mon implication dans ma profession. Je me suis présenté aux élections de 2010 parce que j’avais des accompagnateurs qui pensaient que je pouvais devenir président et j’ai été élu. Au début, je ne savais pas forcément où j’allais et ce que j’allais en faire. Passionné, je me suis pris au jeu et j’ai fait au mieux.

AJ : En plus de votre présidence de la chambre de métiers et de l’artisanat de l’Essonne, vous êtes aussi président de la Confédération nationale de l’artisanat des métiers et des services (Cnams) depuis septembre 2020. Vos missions se recoupent-elles ?

L.M. : Ça n’a rien à voir. La confédération regroupe des organisations professionnelles. La chambre est un établissement public de l’État avec des missions précises. Ça n’a pas de rapport même s’il y a effectivement des actions qu’on peut faire en commun. L’objectif commun est de soutenir les entreprises.

AJ : Vous êtes aussi président de l’Union nationale patronale des prothésistes dentaires (UNPPD) ?

L.M. : Oui, et c’est à ce titre que je suis président de la Cnams. Je suis aussi automatiquement vice-président de l’Union des entreprises de proximité (U2P) en charge de la commission Éducation, Formation, Orientation. Tous ces postes découlent du fait que je suis président de l’UNPPD. Comme je suis responsable de la formation, je suis membre de l’Opérateur des compétences et représentant de l’U2P à France Compétences qui gère les fonds des formations. Depuis début juillet 2021, je suis également président du nouveau conseil de développement (Codev) de la communauté d’agglomération Paris-Saclay. Cette mission est encore plus locale. Comme toutes les grandes agglomérations, Paris-Saclay est chargée de regrouper l’ensemble de la société civile pour donner un avis sur les politiques territoriales. C’est toujours enrichissant d’essayer d’amener son expérience pour d’autres défis. Je précise que ce sont des activités bénévoles, sauf celle de chambre de métiers. J’ai la chance d’avoir ma famille qui m’accompagne et une équipe qui me permet de faire toutes ces activités extérieures.

AJ : Quelles évolutions avez-vous observées en dix ans ?

L.M. : En Essonne, j’ai essayé d’apporter ma pierre et faire reconnaître la chambre de métiers et de l’artisanat comme un élément essentiel de l’économie, de la formation et de l’emploi au niveau local. Au niveau plus national, les chambres ont une raison d’être et on se bat pour qu’elles continuent d’exister malgré les réformes. Ces établissements ont une utilité aux côtés des organisations professionnelles, pour créer, développer, se former en tant que chef d’entreprise en plus de la formation technique qu’on peut avoir.

AJ : Les artisans sont-ils suffisamment formés à diriger leurs entreprises ?

L.M. : Nous avions auparavant un stage préparatoire d’installation. C’était une obligation légale pour les artisans qui a été supprimée (qui est devenue facultative en 2019 avec l’adoption de la loi Pacte). C’était quelque chose de très utile. Cela avait pour objectif de nous faire percevoir les carences qu’on avait en matière de comptabilité, gestion, RH, etc. Des connaissances que nous n’avons pas forcément quand on est boulanger ou menuisier, maçon ou prothésiste dentaire. La chambre a donc tout fait pour mettre en place des formations pour les professionnels sur la gestion de la vie d’une entreprise et sur la façon de devenir chef d’entreprise.

AJ : Le département de l’Essonne a-t-il des spécificités ?

L.M. : Les spécificités sont celles de tous les départements de l’Île-de-France, composée de zones urbaines et rurales. C’est à la fois la force et la diversité de notre région. Il faut savoir s’adapter et apporter les services adéquats selon le secteur géographique d’exercice. L’artisanat regroupe 250 métiers différents donc il est difficile d’adopter une seule attitude. C’est pourquoi on personnalise l’accompagnement. Nous sommes obligés.

AJ : Comment se portent les artisans de l’Essonne ? Vous avez annoncé 4 500 créations d’entreprises en 2020…

L.M. : L’artisanat est très divers et même dans une période difficile, il y a eu beaucoup de créations d’entreprises par des personnes qui s’installent seul ou avec des salariés. Le chiffre de 4 500 en 2020 est égal aux années précédentes. Il n’y a pas eu d’effondrement. D’une part, parce que les entreprises étaient soutenues par les mesures prises par le gouvernement, et d’autre part parce que nous avons poursuivi l’action d’accompagnement au sein de la chambre. Globalement, comme pour l’ensemble du territoire, l’artisanat se porte plutôt bien mais certaines activités sont plus tendues. Au sortir de la crise, ce n’est plus tellement le contexte sanitaire qui inquiète, parce qu’on s’est habitués, mais c’est plutôt le recrutement de personnel qui pose un problème. La pénurie de matériaux qui touche certaines professions, notamment du bâtiment, est aussi une préoccupation actuelle.

Laurent Munerot : « On reste vigilant avec l’extinction des aides programmées »
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AJ : Quelle est votre réponse à la chambre ?

L.M. : C’est un effet conjoncturel de la crise que j’espère momentanée. On dénonce cet effet de spéculation auprès des décideurs et de la préfecture. J’espère que ça va se résoudre d’ici la fin de l’année. Ce serait dommage d’avoir soutenu les entreprises pour qu’elles soient pénalisées pour des histoires de ravitaillement, de pénurie de matières premières et de main d’œuvre.

AJ : La crise sanitaire a-t-elle eu un impact sur votre activité ?

L.M. : J’ai la chance de vivre un métier qui n’a pas souffert de la crise à part le confinement de deux mois en 2020. Je suis conscient que d’autres ont plus souffert. On a eu des avancées notables. On a été porte-parole dans leurs besoins de fonds de solidarité. Nous avons répondu avec de l’accompagnement, en fournissant des masques à une période où il n’y en avait pas, avec la création de cellules de crise. Nous avons multiplié les interventions auprès des autorités, des impôts, de la préfecture, etc. À cause du soutien massif, il y a eu beaucoup moins de cessations ou de défaillances durant ces derniers mois. On reste vigilant avec l’extinction des aides programmées ces prochains mois pour ne pas en avoir en masse plus tard. Ce serait dommage d’avoir soutenu les entreprises pour qu’elles ne puissent pas subsister alors qu’il y a une relance de l’économie.

AJ : Comment accueillez-vous l’arrivée du passe sanitaire ?

L.M. : Les artisans vont être peu touchés par l’obligation du passe sanitaire votée fin juillet 2021. On attend de voir les décisions prises localement par les préfets qui auraient la possibilité de fermer les centres commerciaux. Mais il est nécessaire d’accélérer la vaccination pour l’ensemble de la population afin de continuer une activité. C’est le message porté par la chambre en tant qu’établissement public et responsable de l’artisanat. Ce sera la seule façon de s’en sortir.

AJ : Y’a-t-il des dates à retenir pour la chambre ces prochains mois ?

L.M. : Suite aux élections récentes, on se doit de ne pas avoir trop d’événements mais on espère reprendre des activités dès novembre, comme remettre au goût du jour les différents salons professionnels qui ont tellement manqué, notamment aux métiers d’arts. Cette crise a décalé beaucoup de choses, donc on vit un peu au jour le jour.

AJ : Que retenez-vous de cette année écoulée ?

L.M. : Pendant cette crise, j’ai estimé que la chambre avait encore plus une mission de soutien envers les entreprises qui souffraient. Ces établissements ont leur utilité pour les artisans qui en ont grand besoin. Cette période a fait émerger des problématiques économiques qu’on va devoir accompagner dans les mois qui viennent. Notre devoir est d’être là. Personnellement, je pense qu’elle a été riche d’enseignements sur nos lacunes nationales, sur la relocalisation de certaines activités qui est devenue nécessaire. Il y a eu un regain d’intérêt pour les commerces de proximité. On redécouvre les artisans. Il faut continuer dans cette voie parce que cette crise a eu, peut-être, le bénéfice de remettre la proximité au centre de notre préoccupation. Cette année a aussi changé les modalités de travail qui ont des conséquences sur les modèles économiques de l’entreprise et du mode de consommation des personnes. Les entreprises artisanales ont aussi à s’adapter. Que ce soit le télétravail ou le numérique, on a encore beaucoup d’accompagnements à faire pour leur permettre de suivre le mouvement.

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