Insolite : quand les juristes se lancent dans les punchlines !
Si vous appréciez les bons mots et punchlines en tous genres, alors vous adorerez l’Anthologie de la répartie signée Julien Colliat, dont le volume 2, regroupant 800 répliques qui ont fait mouche, vient de paraître aux éditions Le cherche midi.

Une bible du bon mot
Le livre propose des répliques de tous horizons et de toutes les époques :
Antique : Phocion, homme d’État athénien (402-318 avant JC) à qui Démosthène venait de dire lors d’une dispute que le peuple le tuerait si la fureur s’emparait des gens, répondit : « Et toi, ils te tueraient s’ils retrouvaient leur bon sens ! » ;
Contemporain : Laurent Baffie interrompit la présentation biographique des frères Bogdanoff présents sur le plateau d’une émission pour compléter « Vous êtes nés le 29 août 1949… à Menton » (allusion bien sûr à leur étonnante ossature du visage) ;
Animateur télé : Laurent Ruquier, moquant Jack Lang alors soupçonné d’avoir photographié la dépouille de François Mitterrand, eut ce mot : « Si ce n’était pas lui qui avait pris la photo, on le verrait forcément dessus ! » ;
Cuisinier de tête couronnée : Stanislas Ier (1677-1799), Roi de Pologne, se vit répondre par son cuisinier lassé qu’il avance toujours exagérément l’heure de son dîner « À ce rythme-là, vous allez finir par dîner la veille… ».
La contribution des juristes et avocats
Une part importante des punchlines rapportées est l’œuvre de magistrats, procureurs, ou encore avocats. Maître F. E. Smith (1872-1930), lors d’une allocution, eut le déplaisir de se faire interrompre par quelqu’un du public qui cria « Menteur ! », à quoi il répondit : « Si mon aimable contradicteur veut bien nous indiquer son nom plutôt que son surnom, nous serions ravis de l’écouter… »
On trouve dans le livre quelques réparties anonymes, dont des échanges judiciaires, comme ici. Un juge tentait de confondre un accusé :
« Il y a 6 témoins qui vous ont vu dérober la montre du plaignant.
— La belle affaire ! Gageons, Monsieur le Président, que je vous en amène 600 000 qui ne m’ont pas vu ! »
Les magistrats ne réservent pas leurs bons mots aux prétoires. Le gastronome Brillat-Savarin (1755-1826) – dont on a oublié qu’il fut d’abord un grand magistrat ayant publié des travaux sur l’organisation judiciaire avant de sortir sa célèbre Physiologie du goût –, refusa la grappe de raisins proposée lors d’un repas avec celle belle réplique : « Je n’ai pas coutume de prendre le vin en pilules ».
Finissons cette catégorie en faisant la connaissance de René-Nicolas de Maupeou (1714-1792), magistrat et homme d’État qui, en 1771, obtint l’abolition des anciens parlements et la constitution d’un nouveau modèle, dans lequel les magistrats allaient être choisis par le Roi et rétribués par l’État. Cependant, le bruit couru que ce nouveau personnel était choisi pour sa docilité doublée de son âpreté aux gains… faisant naître ce bon mot qui circula dans tout le royaume : « Louis XV a détruit l’ancien Parlement, 15 louis auront le nouveau ».
Réparties de procureurs
En 1850, un projet de loi contre le suffrage universel était en débat, un député vint alors trouver André Dupin, magistrat de formation, procureur de métier puis président de la Chambre des députés, afin de lui demander :
« Ce projet de loi viole-t-il la Constitution ?
– Il ne la viole pas, mais il la trousse aussi haut que possible ».
Une autre fois, le même Dupin, las d’écouter des discours sans intérêt à la tribune de l’Assemblée nationale, confia que ladite tribune lui faisait penser à un puits : « Dès qu’un sceau descend, un autre remonte ! ».
Le sens de la répartie de cet homme de loi taquina plusieurs fois l’un de ses collègues fameux : Adolphe Tiers. Alors que ce dernier, qui était petit de taille, tentait de calmer sans succès un brouhaha dans l’enceinte de l’Assemblée en disant « Messieurs, il y a eu un petit malentendu », André Dupin lui coupa la parole pour dire : « Oui : vous ! » Et quelques années plus tard, alors qu’on lui demandait son avis sur le dernier livre d’Adolphe Tiers, il répondit : « Je m’en moque du Tiers comme du quart ! ».
Réparties de ministres et de présidents
Finissons notre petite sélection avec la contribution énorme à l’Anthologie de la répartie fournie par le personnel politique lorsqu’il est « aux manettes ».
Benjamin Disraeli (1804-1881), ancien Premier ministre britannique, lança en pleine assemblée à son successeur « La moitié du gouvernement est composée de crétins ! ». Le principal intéressé lui demanda de retirer ses propos sur-le-champ, ce qu’il fit : « D’accord, je retire ce que je viens de dire. La moitié du gouvernement n’est donc pas composée de crétins ».
Une autre, plus étonnante, nous vient de Georges Pompidou (1911-1974). En 1962, encore peu connu du grand public, il succède à Michel Debré au poste de Premier ministre. Cette arrivée fut ainsi commentée chez les Gaullistes : « C’est un Debré au-dessous de zéro… ».
Répartie de médecin légiste
Concluons notre petite sélection par un bon mot de médecin légiste, Charles Paul (1879-1960) qui, à la question « Quelle arme les hommes utilisent-ils le plus pour se donner la mort ? », donna cette réponse : « Une fourchette ! » …
Bonsoir !
Référence : AJU501245