Le couturier John Galliano gagne au civil contre son ex-avocat Stéphane Zerbib
Les magistrats de la 12ᵉ chambre civile de la cour d’appel de Paris ont rendu un arrêt favorable au créateur britannique John Galliano, augmentant même le montant des dommages et intérêts que lui doivent son ancien avocat, Stéphane Zerbib, et son épouse Danielle Nahon. Définitivement condamné au pénal en 2023, le couple avait contesté le volet financier du dossier, espérant voir réduits les 741 843 euros dus.

Me Nabil Lakhal, collaborateur au cabinet Laffont-Haïk, a été entendu. Le 17 novembre dernier, il avait plaidé avec conviction, et surtout des pièces irréfutables détaillant l’ampleur du préjudice de son client, le styliste John Galliano. Ce 16 décembre, la présidente Béatrice Picardat et ses assesseurs lui ont donné raison et ont accordé à la victime 26 000 € supplémentaires. Reconnus coupables par le tribunal correctionnel, le 15 juin 2023, de faux, usage de faux en écriture et abus de confiance, Stéphane Zerbib et Danielle Nahon avaient accepté la sanction pénale, s’élevant respectivement à deux ans et un an de prison avec sursis, mais fait appel de la peine civile. Madame Nahon était aussi poursuivie pour usurpation du titre d’avocat. S’étant omise du barreau en 2002 « pour cesser de payer les cotisations », comme elle l’avait expliqué au procès, elle avait laissé croire à John Galliano, à son entourage et à sa banque, qu’elle exerçait encore la profession. C’est à cause de la confiance qu’il accordait à « Maître Nahon » – ainsi se présentait-elle dans ses courriers et sur ses cartes de visite – que le piège s’est refermé sur lui (voir notre article du 18 novembre ici).
Des « opérations frauduleuses » à hauteur de 3 millions d’euros
Cela fait désormais 30 mois que le créateur John Galliano, retraité depuis un an de la Maison Margiela, espère obtenir le remboursement de l’argent détourné de son compte bancaire personnel et de celui de sa société. Les « prestations fictives » facturées de 2008 à 2011 par le cabinet Friedland du couple Zerbib-Nahon s’élevaient, au début de l’enquête, à un peu plus de trois millions d’euros. Ce préjudice matériel avait été établi par la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), puis affiné par un expert judiciaire près la Cour de cassation. Depuis l’audience civile il y a un mois, on en sait plus sur la façon dont les époux ont opéré pour flouer leur client, profitant notamment de ses addictions à la drogue et à l’alcool.
Les « opérations frauduleuses », qu’a précisément listées Me Nabil Lakhal lors des débats le 17 novembre, font apparaître que Stéphane Zerbib (il a été suspendu d’exercice en 2023 et a formé un recours contre sa radiation) a facturé 2,5 millions à la société Cheyenne Freedom du 1ᵉʳ janvier 2009 au 31 mars 2011. Dont 2,4 millions d’honoraires, représentant 4 025 heures de travail. Chargé des affaires contractuelles et juridiques de John Galliano, le couple a par ailleurs profité d’un faux pouvoir général, établi aux noms de « Maître Nahon et Maître Zerbib », de faux quitus et de cartes bancaires usuelles et « d’une carte de secours » à n’utiliser qu’en cas d’urgence.
L’ordonnance du juge d’instruction ne retient « que » 741 843 euros
Il a ainsi été formellement établi que l’avocat et sa femme ont justifié « des virements bancaires » et « des retraits d’espèces injustifiés » en établissant a posteriori de fausses factures. Devant les policiers et le juge d’instruction, Stéphane Zerbib avait nié les retraits d’argent à hauteur de 16 500 euros. Il avait cependant été démontré que les distributeurs automatiques étaient tous proches du domicile ou du cabinet du couple et que John Galliano se trouvait alors à Londres, à Genève ou en Arizona.
Enfin, s’agissant des virements effectués sur le compte du couple, 595 600 € selon l’expert, 531 000 € selon la BRDP, ils n’avaient pu être « rapprochés de notes d’honoraires ». Les prévenus avaient expliqué « travailler le jour et la nuit » pour le styliste, y compris « en allant le chercher en pleine nuit ici ou là, à cause de ses frasques et de sa vie déréglée ». Danielle Nahon s’est présentée au magistrat comme « une femme orchestre à peau de caïman » ou « la nounou de M. Galliano ».
Curieusement, dans son ordonnance de renvoi devant le tribunal, le juge n’a retenu « que » 741 843 € au titre du préjudice de Cheyenne Freedom. Une révision à la baisse qu’a soulignée Me Lakhal en novembre, regrettant que le préjudice personnel de son client n’ait pas été pris en compte, bien que prouvé. Il avait donc demandé à la Cour de réévaluer le montant des dommages et intérêts.
Les magistrats, qui ont partiellement fait droit à sa demande, ont surtout confirmé les termes du jugement civil. Au surplus, ils ont rejeté l’argument de la défense du couple Zerbib-Nahon, qui avait plaidé « la jurisprudence Kerviel », soit « un partage de responsabilités lié à l’inaction du créateur » qui, tout à sa guérison, « ne procédait à aucun contrôle ». La cour ne semble pas avoir retenu de faute civile contre son client.
Stéphane Zerbib et Danielle Nahon doivent désormais honorer leur dette, qui s’élève à 767 843 euros. Leurs biens, évalués à deux millions, devraient leur permettre de s’en acquitter.
Référence : AJU503029