Durabilité : les commissaires aux comptes investissent le champ de l’avenir

Publié le 07/12/2022 - mis à jour le 07/12/2022 à 10H22

Les 8 et 9 décembre se tiendra, à Rennes, la 33e édition des Assises nationales des commissaires aux comptes. Ce rendez-vous phare pour la profession sera placé sous le signe de la durabilité. « Nos méthodologies d’audit et nos savoir-faire nous permettent aussi de certifier des informations extra-financières et d’entretenir ainsi la confiance de tous les acteurs », rappelle Yannick Ollivier, le président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC).

Actu-Juridique : Pourquoi avez-vous choisi le thème de la « durabilité » et de la « responsabilité sociétale » pour cette 33e édition de vos Assises ?

Yannick Ollivier : Ce rendez-vous s’inscrit dans une belle dynamique pour notre profession, qui est pleinement impliquée sur des sujets essentiels pour la vie économique de notre pays. Les commissaires aux comptes sont depuis toujours des acteurs de la confiance. Lorsqu’ils émettent une opinion, ils donnent de l’assurance sur la qualité et la transparence d’une information, qu’elle soit financière ou extra-financière. Or, l’enjeu majeur aujourd’hui est évidemment climatique et environnemental, et pour les entreprises il s’agit de structurer et de renforcer leur démarche dite « RSE » (Responsabilité sociétale des entreprises). Dès 2024, une partie d’entre elles, à commencer par les plus importantes, devront d’ailleurs publier des informations détaillées sur leur impact environnemental, social et sur les droits humains, selon des règles communes fixées par la directive européenne sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises (CSRD). C’est une évolution majeure pour les entreprises concernées qui implique directement les commissaires aux comptes puisque nous serons chargés, in fine, de certifier les données qui seront transmises. Et cela afin de contribuer notamment à lutter contre le « greenwashing » parfois observé, et à améliorer la qualité des éléments de communication qui peuvent être affichés en faveur de la protection de l’environnement.

Sur la forme, ces Assises se dérouleront sur deux jours (8 et 9 décembre) et seront rythmées, à la fois, par des conférences plénières, durant lesquelles des sachants et spécialistes interviendront sur les thématiques évoquées, et de nombreux ateliers de formation. Aussi, puisque notre profession est placée sous la tutelle du ministère de la Justice, nous devrions accueillir, sauf imprévu, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti pour un discours inaugural.

AJ : Concrètement, votre profession sera garante désormais de la bonne mise en place de pratiques durables par les entreprises ?

Yannick Ollivier : Attention, entendons-nous bien, les commissaires aux comptes n’ont pas et n’auront jamais pour vocation d’affirmer que telles actions ou tels projets permettent effectivement de respecter des engagements ou d’atteindre des objectifs sociétaux ou environnementaux. Nous ne donnons pas de quitus de bonne application à qui que ce soit. De la même manière, nous ne jugeons pas de la bonne réalisation de démarches ou de stratégies RSE. Nous sommes en revanche responsables de la sincérité et de la fidélité des informations publiées par les entreprises. Notre mission est d’assurer la fiabilité des informations financières et extra-financières rapportées par les entreprises. C’est évidemment essentiel pour la confiance du public, du système économique, bancaire, etc.

AJ : Que sont les informations « extra-financières » que vous évoquez ?

Yannick Ollivier : Les informations non financières sont toutes les données qui ne sont pas uniquement liées à un aspect financier. Cela comprend, à l’instar de ce que nous disions déjà, les informations sociales, environnementales et de gouvernances d’une entreprise. Précisément, cela peut être les émissions de gaz à effet de serre selon l’activité, la quantité de déchets produits, la qualité du dialogue social ou encore l’indépendance du conseil d’administration. Dans le cadre de la directive européenne CSRD, la démarche quant aux informations précises que les entreprises devront communiquer est encore en construction.

AJ : La directive CSRD constitue-t-elle un vrai tournant pour votre profession ?

Yannick Ollivier : Oui, il me semble, c’est un changement fondamental qui impliquera encore plus les commissaires aux comptes dans des problématiques essentielles et contemporaines. Historiquement, la matière principale d’un commissaire aux comptes, a toujours été les données purement financières et comptables. Or, il est vrai, qu’avec les évolutions sociétales et les nouvelles attentes citoyennes, la perception de la responsabilité des entreprises et de leur valeur a profondément muté. Aujourd’hui, une société ne peut plus se contenter de dévoiler et de faire certifier ses comptes chaque année, elle doit aussi indiquer et évaluer son impact sur la société et l’environnement. Ses obligations ont évolué. Naturellement, ces changements souhaitables entraînent avec eux notre profession. Nous n’attestons plus, dorénavant, seulement des comptes. Nos méthodologies d’audit et nos savoir-faire nous permettent aussi de certifier des informations extra-financières et d’entretenir ainsi la confiance de tous les acteurs en lien avec les problématiques actuelles. C’est en définitive une concrétisation de l’élargissement du rôle de notre activité. Par ailleurs celui-ci s’était déjà étendu au numérique et à notre couverture des sujets tels que le règlement général sur la protection des données (RGPD), la cybersécurité ou la cohésion des systèmes d’information.

Aussi, cette évolution représente, il me semble, une opportunité pour l’attractivité de notre profession. L’ensemble de ces « nouveaux » sujets intéressent particulièrement les plus jeunes de nos professionnels et les étudiants. Grâce à l’activité de commissaires aux comptes ils pourront être encore davantage acteurs de sujets structurants pour l’avenir de tous.

AJ : Ces Assises seront également l’occasion pour vous de lancer une « charte d’Écoresponsabilité » et un label « Éco-Partenaire des Assises ». De quoi s’agit-il ?

Yannick Ollivier : Il nous est paru évident que nous ne pouvions pas aborder durablement les sujets dont je vous parle sans nous-même montrer l’exemple et appliquer une démarche concrète et efficace en faveur du respect de l’environnement, y compris dans l’organisation de notre grand rendez-vous annuel. Les acteurs de confiance que nous sommes doivent aussi prouver leur engagement et leur investissement et embarquer avec eux leurs partenaires. Nous nous devons d’être exemplaires pour toutes les raisons exposées auparavant.

AJ : Était-ce nécessaire de réunir l’ensemble des professionnels du secteur en province pour ces Assises ? Un événement en distanciel n’était-il pas plus approprié ?

Yannick Ollivier : Il est vrai que nous sommes nombreux, et pas seulement dans notre profession, à nous être habitués à échanger à distance. Cela présente évidemment des avantages, cependant cela ne remplacera jamais le besoin de contacts, de rencontres. Les Assises sont un événement structurant de notre profession, et il reste bien évidemment utile de se voir pour échanger et phosphorer autrement qu’à travers des écrans d’ordinateurs. Les confrères et les consœurs que nous sommes sont liés par des rencontres institutionnelles mais aussi confraternelles. Ces Assises permettront de répondre précisément à ces besoins.

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