EFB : « Notre rôle est d’alerter et de sensibiliser aux bonnes utilisations de l’IA »

Publié le 30/05/2024
EFB : « Notre rôle est d’alerter et de sensibiliser aux bonnes utilisations de l’IA »
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Avec la démocratisation de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA), les professionnels du droit et du domaine juridique ne sont pas épargnés. Dans ce contexte, l’École de formation professionnelle des barreaux (EFB) de Paris, installée à Issy-les-Moulineaux (92) s’est saisie des enjeux de l’IA par rapport aux activités des avocats. Une source d’opportunité pour ces praticiens du droit pour laquelle il faut être sensibilisé aux bons usages. C’est l’objet des sessions de formation consacrées à l’intelligence artificielle générative comme Chat GPT et mises en place en 2023 dans le cadre de la formation continue. Des cycles qui ont nourri ensuite la formation initiale des élèves-avocats. Le directeur de l’EFB, Gilles Accomando et la directrice adjointe, Clémentine Kleitz reviennent sur l’intégration de cette innovation technologique dans les cursus proposés.

Actu-Juridique : Comment abordez-vous le sujet de l’intelligence artificielle dans vos formations à l’École de formation professionnelle des barreaux (EFB) ?

Gilles Accomando : Dans notre adaptation aux évolutions du métier d’avocat, nous prenons en compte l’intelligence artificielle. Nous sommes très sensibilisés à cette question avec Clémentine Kleitz et nous voulons en faire un axe important à l’EFB dans le cadre de la formation initiale et continue. Nous avons déjà des formations sur ce sujet.

Clémentine Kleitz : En 2023, nous avons commencé à appréhender l’intelligence artificielle par le biais de la formation continue. Dès le mois de juin, alors que Chat GPT commençait tout juste à se généraliser, nous avons proposé plusieurs sessions qui ont rencontré un franc succès. Dans notre conception de l’intelligence artificielle générative, l’idée est de proposer des solutions pour améliorer la productivité de son cabinet. Ce sont des usages très concrets. Lors des premières sessions, les participants à ces formations venaient sans connaître Chat GPT et son impact sur l’exercice de la profession. Maintenant, cet outil s’est démocratisé. Par ailleurs, cette expérience nous a aussi permis d’identifier les axes de vigilance à poser dans le cadre de notre formation initiale. Lors de ces cycles, des questions nous ont été posées comme savoir s’il était possible de générer sur Chat GPT les conclusions pour une audience. Ce cas d’usage ne rentre pas dans notre conception quant à l’utilisation de l’IA générative. C’est aussi notre rôle d’alerter et de sensibiliser aux bonnes utilisations de l’intelligence artificielle générative.

AJ : Quelles connaissances transmettez-vous aux avocats ou aux élèves en formations sur l’IA ?

Clémentine Kleitz : Depuis l’année dernière, toute personne qui sort de l’EFB doit avoir un minimum d’acculturation à l’IA générative. Nous avons organisé une session sur Chat GPT le jour de la remise du Certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA) aux élèves-avocats sortis en octobre 2023. Pour la formation initiale, le premier cours sur l’IA générative a été donné en amphi dès la rentrée mi-janvier. Plusieurs connaissances de base ont été enseignées comme la construction et le fonctionnement de l’IA générative. Nous transmettons aussi des bonnes pratiques sur son utilisation notamment en cabinet pendant le stage. Par exemple, nous leur indiquons qu’ils ne peuvent pas utiliser d’outil d’anonymisation si celui-ci n’est pas utilisé en local. Les élèves doivent utiliser Chat GPT ou toute autre IE générative seulement avec l’autorisation du cabinet.

Gilles Accomando : Notre idée est d’aller plus loin en collaborant avec les cabinets pour définir les usages, l’impact sur l’exercice de la profession. Nous allons travailler en interne sur ce sujet pour préciser les connaissances et les pratiques enseignées lors de nos formations. La manière d’utiliser l’intelligence artificielle est devenue rapidement une priorité. Notre objectif à l’EFB est d’être moteur sur cette réflexion dans la mesure où nous faisons le lien entre l’université et les praticiens.

AJ : Quelle doit être la place de l’intelligence artificielle dans le métier d’avocat ?

Clémentine Kleitz : Notre position est de considérer l’intelligence artificielle comme un outil très puissant et très intéressant pour la productivité d’un cabinet pour autant qu’elle soit bien utilisée. Ensuite, notre objectif est d’identifier tout ce que l’IA générative va permettre dans l’amélioration de la productivité d’un avocat pour lui libérer du temps afin de se concentrer sur sa véritable plus-value. En apprenant aux élèves-avocats à utiliser ces outils à bon escient pour mettre de côté les tâches à faible valeur ajoutée, ils vont pouvoir se concentrer sur ce que l’IA générative ne peut pas faire pour l’instant et ce qui constitue le cœur de la profession comme la stratégie juridique.

Gilles Accomando : En réalité, l’intelligence artificielle peut occuper plusieurs places. D’abord, il y a le sujet de la formation qui nous intéresse au premier plan avec l’amélioration de la performance des avocats comme nous venons de l’expliquer. Ensuite, nous sommes aussi ouverts à toutes les discussions sur l’évolution de l’intelligence artificielle par rapport à la société. Nous sommes attentifs à l’encadrement de l’IA qui peut permettre la création d’un nouveau marché pour les juristes et les avocats. Actuellement, la Commission européenne essaye d’établir des normes avec un projet de directive en cette matière. Il y aura des conséquences. On peut penser à l’usage des données médicales pour lequel une réglementation s’impose. Les avocats devront se former à cela. Enfin, nous devons aussi penser aux bornes à poser par rapport au développement de l’IA. Nous sommes dans des États démocratiques et nous ne pouvons pas utiliser cet outil comme c’est le cas dans d’autres pays. Par exemple, la reconnaissance faciale pratiquée en Chine serait difficilement acceptable dans des États européens. Par rapport à ces réflexions, nous souhaitons être un lieu d’échanges sur ces différentes approches de l’intelligence artificielle.

AJ : Plus globalement, comment avez-vous intégré le secteur du numérique dans vos formations ?

Gilles Accomando : Dans le cadre de la formation continue, nous avons lancé un cycle sur le thème de l’avocat et de la cybersécurité. Il y a tellement de menaces dans cette matière qu’il faut former les avocats. Il n’y a pas si longtemps, nous avons aussi organisé un colloque sur les NFT. Nous avons un projet sur les cryptoactifs et le droit. Il faut être précurseur sur ces domaines pour ne pas avoir une image figée sur le domaine d’intervention de l’avocat. Nous avons déjà fait ce constat avec le règlement général sur la protection des données (RGPD) pour lequel des professionnels sont devenus des spécialistes en la matière après avoir suivi un cycle de notre formation continue.

Clémentine Kleitz : Pour chacun de ces sujets, nous organisons la formation continue par strate. À l’EFB, nous nous saisissons régulièrement des nouveaux domaines de manière précoce. Par conséquent, nous évoluons par niveau en partant de la découverte d’une thématique et en progressant dans les détails, dans la profondeur et la complexité des sujets. Dans la formation initiale, les nouvelles thématiques sont innervées dans toutes les matières qui sont liées. Ensuite, le numérique repose sur l’actualisation, sur la mise à jour des outils et sur des fonctionnalités évolutives. Il relève de la responsabilité de l’avocat professionnel d’être informé sur les nouveautés pour avoir les outils les plus adaptés à son activité.

AJ : Par quel prisme vous êtes-vous saisi de la cybersécurité ?

Clémentine Kleitz : Dans la formation initiale, la cybersécurité est intégrée dans le tronc commun.

Gilles Accomando : Ensuite dans la formation continue, il y a deux approches. D’abord du point de vue de l’avocat qui est détenteur de secret professionnel, il doit assurer sa propre sécurité. Nous proposons des formations en lien avec le Conseil national des barreaux (CNB) pour attirer l’attention des avocats sur la protection informatique de leur système d’information. Nous organisons des e-learnings avec des experts en cybersécurité. Ensuite, la cybersécurité représente aussi un marché. Beaucoup d’entreprises et d’organisations sont victimes de cyberattaques. Dans ces situations, les avocats doivent savoir apporter des réponses à leurs clients. Nous avons créé un cycle spécial d’une quarantaine d’heures dans lequel nous formons les avocats à ces notions. Ainsi, les avocats obtiennent une méthodologie en matière de cybersécurité notamment face aux différents acteurs de ce secteur. Un phénomène qui devrait s’accentuer car il y a de plus en plus de besoins dans ce domaine.

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