Francine Savidan : « Le concours Créatrices d’Avenir me passionne » !

Publié le 16/01/2024

Intéressée de longue date par la vie des entreprises, Francine Savidan a d’abord exercé comme avocate au barreau de Bobigny (93). Elle est aujourd’hui coprésidente du réseau Initiative Seine-Saint-Denis, qui accompagne et finance la création d’entreprises. Elle préside également le réseau Initiative Ile-de-France et le jury du concours Créatrices d’Avenir, qui chaque année remet six prix pour mettre en lumière des femmes entrepreneures en Ile-de-France. Rencontre.

Actu-Juridique : Vous êtes investie dans la vie économique du département de Seine-Saint-Denis depuis longtemps. Comment êtes-vous arrivée dans ce département ?

Francine Savidan : J’ai toujours eu un intérêt pour la vie de l’entreprise, et j’ai d’abord exercé comme avocate. J’avais un profil orienté droit des affaires, je m’occupais de l’entreprise et du patrimoine des époux. Je suivais les entreprises à toutes les étapes de leur vie : création, activités patrimoniales du chef d’entreprise, disparition et reconversion du chef d’entreprise. Mon mari est lui aussi avocat. Nous étions l’un et l’autre Parisiens, et nous nous sommes installés en Seine-Saint-Denis dans les années 70, à l’époque où le tribunal de grande instance de Seine-Saint-Denis s’ouvrait. Nous étions dans un esprit de défrichage : il s’agissait de déployer une activité juridique et judiciaire dans ce département. Nous avons vu l’opportunité de créer un volume d’affaires autour du tribunal. Peu de temps après, le conseil des prud’hommes et le tribunal de commerce de Bobigny, l’un des plus importants de France, se sont développés.

Actu-Juridique : Était-ce un département dynamique sur le plan économique ?

Francine Savidan : C’était en effet un département très dynamique et très intéressant pour des avocats en droit des affaires. Il y avait traditionnellement encore une activité industrielle, ainsi qu’un terreau de TPE et de PME très vivace. Avec la désindustrialisation, cela a changé. Beaucoup d’entreprises de production ont disparu ou ont quitté le département dans les années 80. L’entrepreneuriat se concrétise aujourd’hui surtout dans des domaines de prestations de services, liées à la nouvelle économie. Beaucoup de gens sont en reconversion et créent leur entreprise. Beaucoup de jeunes lancent des applications après avoir eu une idée innovante et viennent chercher des financements auprès de notre réseau associatif.

Actu-Juridique : Quels souvenirs gardez-vous du barreau de Bobigny, réputé pour son dynamisme ?

Francine Savidan : C’est un barreau très connoté « droit pénal ». Mais il y a un tribunal commercial et c’est un barreau dans lequel il y a de la place pour les avocats intéressés par les affaires et la vie de l’entreprise. J’ai été membre du conseil de l’ordre et trésorière sous le bâtonnat de Brigitte Marsigny, avocate et maire de Noisy-le-Grand. J’ai quitté le barreau depuis plus de 8 ans. J’en garde effectivement le souvenir d’un barreau dynamique et solidaire.

Actu-Juridique : Vous avez ensuite intégré le conseil des Prudhommes. Qu’est-ce qui vous intéressait ?

Francine Savidan : Le droit du travail, qui est un volet du droit de l’entreprise, m’intéressait beaucoup. Étudiante, j’avais d’ailleurs toujours pris des options liées au droit du travail. Dans ma vie professionnelle, j’ai ensuite rencontré des chefs d’entreprise qui avaient toujours besoin de conseils en matière sociale. Les avocats ont eu l’opportunité de se présenter aux élections du conseil des prud’hommes. C’est une juridiction qui regroupe à parité des représentants des employeurs, parmi lesquels je siégeais, et des représentants des salariés. De ces quatre personnes émerge une décision, à l’issue d’une série d’ajustements techniques et d’équilibrages.  Cela m’a permis de passer de l’autre côté de la barre, du côté de celui qui juge. C’est une expérience passionnante, qui m’a beaucoup apporté.

Actu-Juridique : Vous êtes ensuite passée à la médiation…

Francine Savidan : À partir de la fin des années 70, j’ai été médiateur à la chambre de commerce de Paris, dans le Centre de médiation et d’arbitrage de Paris (CMAP). J’ai fait pour cela une formation spécifique. Quand on vit professionnellement dans le monde des juridictions, on comprend qu’il y a un intérêt à inviter les parties à trouver une solution commune. La médiation est le premier outil pour aider les parties non plus à se battre mais à construire. J’ai surtout fait de la médiation inter-entreprises. Rechercher les intérêts communs entre deux parties et trouver un accord consensuel permet d’assurer la survie de la relation commerciale entre deux entreprises. Un fournisseur et son client qui ont un contentieux sur le produit vendu ou sur les conditions de paiement pourront garder leurs relations commerciales si on parvient à trouver un accord. Alors qu’avec le judiciaire c’est la rupture assurée. La médiation permet de mettre en œuvre la décision prise en commun par les parties. C’est une évolution de ma profession que j’ai beaucoup aimée. Maintenant, avant de saisir une juridiction, il faut épuiser les moyens amiable médiation et conciliation. Ce développement est heureux. C’est une manière très positive de régler les conflits.

Actu-Juridique : Comment avez-vous rejoint le réseau Initiative Seine-Saint-Denis ?

Francine Savidan : Dans les années 2000, mon cabinet se situait à 20 mètres de la chambre de commerce. Le directeur de l’association Initiative Seine-Saint-Denis passait tous les jours devant mon cabinet. Il m’a recrutée comme bénévole pour le réseau Initiative de Seine-Saint-Denis. J’ai d’abord été simple membre du réseau, puis membre du conseil d’administration, puis finalement élue présidente en 2020. J’ai également présidé le comité d’éthique de notre réseau national, qui pose les valeurs des 200 associations réparties sur toute la France. Ces fonctions au sein d’Initiative Seine-Saint-Denis sont pour moi une vraie passion. Travailler et m’investir pour les créateurs d’entreprise, les aider à prendre leurs responsabilités dans leur activité et vie, être au service des territoires : cela fait partie du développement économique du territoire. Le réseau Initiative réunit des gens engagés qui cherchent à développer l’économie locale dans un esprit d’empathie et de dialogue. C’est à l’opposé des dynamiques de conflit qui sont au cœur de l’activité judiciaire. Cela m’a fait beaucoup de bien !

Actu-Juridique : Quels sont vos priorités, en tant que présidente de ce réseau ?

Francine Savidan : En tant que présidente d’Initiative Ile-de-France, mon principal projet est d’assurer la présence du réseau dans tous les départements. D’ici 2025, nous voudrions couvrir toute l’Ile-de-France, et nous implanter dans le Val-de-Marne où nous ne sommes plus présents depuis quelques temps. Je souhaite également développer encore plus le concours Créatrices d’Avenir, qui me passionne. L’entrepreneuriat des femmes est un objectif que nous mettons chaque année à l’ordre du jour. C’est pour nous capital. Cela dit, tous les créateurs sont les bienvenus chez nous : nous ne sommes pas dédiés uniquement aux femmes !

Actu-Juridique : Que pouvez-vous dire de l’édition 2023 de ce concours ?

Francine Savidan : Je sors des réunions du jury final. C’est passionnant de voir que chaque année on suscite de nouvelles candidatures. J’ai eu la grande satisfaction de voir que nous avons des candidates dans le domaine scientifique, que des jeunes femmes s’investissent dans le domaine environnemental, dans l’économie circulaire, dans un engagement local et responsable. Elles sont hautes en couleur et contribuent à l’économie d’aujourd’hui et de demain.

Actu-Juridique : Quels sont les autres axes de votre action pour soutenir l’entreprise ?

Francine Savidan : L’entrepreneuriat des quartiers est un autre grand objectif. En Seine-Saint-Denis, nous sommes très organisés pour capter les candidats des quartiers politiques de la ville. Au niveau départemental, je copréside le réseau avec une personne proche de cet univers. Au niveau régional, nous avons des spécialistes qui nous aident à être présents dans les quartiers. Nous allons déployer cela notamment avec des projets gouvernementaux qui promeuvent l’entrepreneuriat dans les quartiers. Beaucoup de créateurs sont prêts à relever le challenge et nous sommes là pour les aider, les accompagner, les financer, leur montrer qu’il n’y a pas de plafond de verre.

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