Yvelines (78)

Jody Granados : « La négociation est un puissant outil pour prévenir les contentieux » !

Publié le 03/01/2023 - mis à jour le 03/01/2023 à 10H40
Mandataire, accord, deal
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Avocate au barreau de Versailles, Jody Granados a créé son propre cabinet en 2021 dans les Yvelines (78). Lauréate du CAPA en octobre 2015, elle a commencé sa carrière en tant que collaboratrice au sein du cabinet Ravetto Associés à Paris. Experte en droit de l’énergie, droit de l’urbanisme et droit administratif, elle exerce aujourd’hui pour une clientèle aussi bien locale que nationale.

Actu-Juridique : Quelles étaient vos motivations à devenir avocate ?

Jody Granados : Ce n’est pas une vocation au sens littéral. Je n’ai pas grandi en voulant être avocate. Je viens d’un milieu modeste où personne n’appartenait au monde juridique. C’est au fil de mon parcours et de mes rencontres que j’ai découvert le droit. Ce choix peut paraître surprenant parce que j’ai un profil plutôt scientifique, mais je m’y retrouve parce que le droit et, en particulier, le raisonnement juridique, ont quelque chose de mathématique, de logique. J’ai l’impression de me livrer au quotidien à des jeux de construction, d’emboîtement des concepts et de notions juridiques, le tout au service d’une bonne cause : la défense des intérêts de mes clients, en toute indépendance, d’autant plus depuis que j’ai créé mon cabinet. Le métier d’avocat implique une part d’exercice solitaire mais j’apprécie le fait que mes journées sont ponctuées d’échanges avec mes clients.

Actu-Juridique : Quelles sont les rencontres qui vous ont fait découvrir le droit ?

Jody Granados : Ce sont certains professeurs, exerçant également comme avocats, magistrats ou juristes, qui ont marqué mes études. Je pense notamment à Bernard Stirn et Yann Aguila en droit public, à Jean‑Christophe Ménard en droit constitutionnel, ou encore à Rémy Coin et Sandra Lagumina en droit de l’énergie. Plus généralement, j’ai découvert le droit public en suivant le master « Affaires publiques » à Sciences Po, durant lequel j’ai pu faire un stage au Bureau des référés et compétences du président au sein du Conseil d’État. Estimant qu’un double profil « publiciste/privatiste » pouvait m’être utile pour la suite de mon parcours, j’ai décidé de suivre des cours de droit privé au sein du master 2 « Entreprises, marchés, régulation » de l’École de droit de Sciences Po. C’est à cette occasion que j’ai découvert le droit de l’énergie. Un stage au sein du département « Droit public-Énergie-Environnement » du cabinet Gide Loyrette-Nouel a confirmé mon attrait pour le droit en général, le droit de l’énergie en particulier, et mon souhait de devenir avocate.

Actu-Juridique : Ce parcours entre droit privé et droit public explique donc vos choix d’expertise ?

Jody Granados : Mon activité a été exclusivement tournée vers le droit de l’énergie les cinq premières années d’exercice. Il s’agit d’un droit relativement nouveau, riche et passionnant, aux frontières de l’économie et de la politique, avec de forts enjeux d’actualité. C’est donc tout naturellement que j’ai poursuivi cette activité « de niche » en ouvrant mon propre cabinet. J’accompagne aujourd’hui une clientèle publique et privée sur tous les niveaux de la chaîne de valeur (production, distribution, transport, fourniture, consommation). J’ai également développé mon profil publiciste parce que j’avais le souhait d’orienter mon cabinet vers la défense d’intérêts qui me tiennent à cœur. C’est ainsi que je me suis investie dans le droit de l’éducation : mettre mes connaissances et compétences au service des intérêts des enfants dans un monde (le milieu scolaire) qui m’a toujours fasciné. Pour ce qui est de l’urbanisme, c’est un pan du droit public que j’apprécie sur le plan de la stimulation intellectuelle. Sophocle disait : « Ce qu’on cherche, on le trouve » et c’est tout particulièrement vrai dans le traitement des dossiers de permis de construire, de déclaration préalable, etc. Avec rigueur, précision, voire entêtement, je me plais à trouver les failles d’un dossier. Enfin, le droit de l’environnement est un droit transversal sur lequel je m’ouvre de plus en plus.

Actu-Juridique : Pourquoi dites-vous que le droit de l’énergie est une « activité de niche » ?

Jody Granados : C’est une activité qui demande une expertise et des qualités particulières. Le secteur est relativement nouveau par rapport à d’autres droits très anciens. Le Code de l’énergie a été adopté en 2011, soit plus de 200 ans après le Code civil. Même si on parle beaucoup d’énergie, en particulier dans le contexte actuel de crise, les cabinets spécialisés sont encore relativement peu nombreux et sont essentiellement concentrés à Paris. Il en existe également très peu d’individuels.

Actu-Juridique : Pourquoi avoir décidé de créer votre cabinet ?

Jody Granados : J’arrivais à un stade de ma carrière où je souhaitais prendre la main sur l’intégralité du dossier, du premier contact avec le client jusqu’au dénouement de l’affaire. J’aime cette indépendance me permettant d’être cheffe d’orchestre et musicienne. J’apprécie le fait d’être libre de donner les conseils les plus avisés et justes au regard du droit, mais également en prenant en compte la personne même de mon client, ses attentes et besoins. En faisant preuve d’écoute, d’empathie et d’imagination, nous pouvons trouver des solutions qui ne sont pas forcément dictées par une application stricte du droit. À ce titre, la négociation est un puissant outil pour prévenir les contentieux : elle permet de débloquer des situations qui peuvent aboutir à des procédures longues et coûteuses. Depuis l’ouverture de mon cabinet, je me plais à développer ce mode de règlement alternatif des différends aux croisées du droit et de la psychologie, qui implique un investissement important de l’avocat mais également une participation active des parties.

Actu-Juridique : La création de votre cabinet dans les Yvelines était-elle liée à un besoin sur le territoire ?

Jody Granados : Ce choix d’installation à Versailles dans un premier temps et Meulan-en-Yvelines à compter de janvier 2023, est compatible avec ma vie privée. Mais il y a effectivement quelque chose à faire avec le territoire. Le département compte beaucoup d’espaces naturels protégés et les demandes en droit de l’environnement sont nombreuses. Pour le droit de l’énergie, rares sont les cabinets dédiés à ce secteur dans le département. Enfin, pour le droit public et l’urbanisme, mes confrères et consœurs sont essentiellement installés à Versailles et Mantes-la-Jolie. J’espère contribuer à combler le manque d’avocats publicistes dans le reste du département.

Actu-Juridique : D’où vient votre clientèle ?

Jody Granados : En urbanisme et environnement, il y a clairement une empreinte territoriale : à ce jour, j’ai une clientèle qui vient des Yvelines. Pour le droit administratif général et le droit de l’énergie, cette approche territoriale est beaucoup moins marquée, ma clientèle venant de tout le territoire métropolitain.

Actu-Juridique : Vous êtes membre du groupe « Avocats santé défense liberté 78 ». Quel est l’objet de ce groupe ?

Jody Granados : J’ai intégré ce groupe constitué d’avocats du barreau de Versailles en août 2021, dans un cadre très particulier de la crise du Covid. Dans ce contexte de limitation voire de privation des libertés fondamentales, il me semblait important de réfléchir aux voies et moyens d’action permettant de sauvegarder l’État de droit. Mon attention et donc mes actions étaient notamment portées sur les mesures (telles que le protocole sanitaire) applicables dans le milieu scolaire, l’idée étant de protéger l’intérêt supérieur de l’enfant.

Actu-Juridique : Quelle affaire récente vous a marquée ?

Jody Granados : J’accompagne un client, qui est hyperélectrosensible (EHS), devant plusieurs juridictions pour faire valoir ses droits contre le gestionnaire de réseaux de distribution (GRD) qui installe et exploite les compteurs Linky. Il s’agit d’une affaire marquante car nous sommes dans un combat de David contre Goliath. D’un côté, un homme EHS vit un véritable enfer à cause du « courant porteur en ligne » (CPL) Linky qu’il perçoit dans son habitation depuis plus de cinq ans. Il a constitué un dossier très complet, avec des dizaines de constats d’huissier, établissant le lien de causalité entre le fonctionnement du dispositif Linky du voisinage et son état de santé. D’un autre côté, le GRD se borne à renvoyer à un état du droit obsolète et incomplet. Il faut savoir qu’en France, notre exposition aux ondes électromagnétiques est encadrée par des normes fixées par un décret qui a plus de vingt ans et qui, de surcroît, ne permet pas d’appréhender les risques sanitaires autres que thermiques. À ce jour, seuls quelques juges ont accepté de donner raison à des requérants EHS. J’espère que, dans un avenir proche, cette jurisprudence deviendra majoritaire et fera évoluer le droit en la matière afin que les personnes EHS retrouvent la jouissance pleine et entière de leurs droits fondamentaux.

Actu-Juridique : Vous défendez depuis l’été 2022 des parents qui demandent à pouvoir poursuivre l’instruction en famille (IEF). Où en sont ces dossiers ?

Jody Granados : Au début de l’été, nous avons initié des recours (en référé et au fond) auprès des tribunaux administratifs. Nous avions beaucoup d’espoir et d’optimisme parce qu’il était clair que les refus méconnaissaient le récent dispositif légal et réglementaire, tel qu’éclairé par le Conseil constitutionnel. Nous avons été vite déçus par les rejets des procédures en référé. Aujourd’hui, nous osons voir une éclaircie avec, par exemple, une série de jugements du 10 octobre 2022 par lesquels le tribunal administratif de Rennes a donné raison aux familles. On constate cependant une grande disparité des traitements des recours IEF sur l’ensemble du territoire. Certains tribunaux refusent de voir la spécificité de ces affaires et d’accélérer la procédure : on risque de se retrouver dans une situation ubuesque où des jugements au fond seront rendus après la fin de l’année scolaire 2022-2023. Dans tous les cas, il faut saluer l’engagement sans faille des familles. Elles gardent espoir, redoublent d’ingéniosité pour faire avancer les choses. Elles constituent des collectifs, font un merveilleux travail de lobbying auprès des rectorats, des politiques et je suis certaine que cela portera ses fruits.

Actu-Juridique : Quels sont aujourd’hui les thèmes qui vous passionnent ?

Jody Granados : Le droit de l’énergie étant mon domaine de prédilection, c’est toujours avec beaucoup d’intérêt et de plaisir que je travaille sur le dispositif de l’ARENH (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique), les relations fournisseurs/consommateurs, les dispositifs de maîtrise de l’énergie, l’autoconsommation et autres outils juridiques – certes techniques, mais passionnants – permettant aux différents acteurs de passer le cap de la crise énergétique.

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