Seine-et-Marne (77)

« Le département profite toujours d’un flux important de nouveaux arrivants »

Publié le 07/06/2021 - mis à jour le 14/06/2021 à 11H05

Me Julien Courtier, 42 ans, a été élu au mois de septembre 2020 en tant que président de la Chambre des notaires de Seine-et-Marne. Notaire associé à Meaux depuis 2007, il a été membre de la Chambre régionale de discipline des notaires de 2016 à 2018 et membre titulaire du Conseil régional de 2016 à 2020. Passionné par son métier, il espère développer la médiation par les notaires dans le département.

Actu-Juridique : Pouvez-vous présenter votre parcours ?

Julien Courtier : J’ai fait mes études à l’université Panthéon-Assas (Paris 2). À la sortie, j’ai travaillé dans plusieurs études parisiennes puis j’ai rejoint l’étude familiale en 2006 à Meaux. C’est un peu dans les gènes puisque nous sommes notaires depuis six générations, de père en fils. Le mien a pris sa retraite en 2011, j’ai donc pu travailler avec lui pendant quatre ans. Aujourd’hui l’étude comprend dix notaires répartis sur le site de Meaux et celui de Lieusaint.

AJ : Vous avez donc un ancrage fort avec votre territoire ?

J.C. : Je suis né à Meaux, j’y suis très implanté et attaché. Toute une partie de la clientèle est ancienne et très fidèle. Encore aujourd’hui, je rencontre des personnes pour qui mon grand-père a rédigé des actes.

AJ : Quelles sont les spécificités de la Seine-et-Marne ?

J.C. : C’est un territoire très diversifié, avec une partie rurale à l’est et au sud du département, et une partie plus urbaine tournée vers Paris, en fort développement économique. Nous avons une activité très variée et il n’est pas rare que dans une même journée nous traitions de droit de la famille, d’immobilier, de droit rural et de droit de l’entreprise.

AJ : Comment a évolué votre étude ?

J. C. : Notre étude s’est beaucoup développée ces dernières années, ce qui nous a permis de nous spécialiser. Mes associés et moi sommes très différents, mais complémentaires. Je m’occupe plutôt de l’immobilier : construction, urbanisme, promotion, lotissement, etc. Nous investissons beaucoup de temps et d’énergie à la satisfaction client. Nous avons entamé une démarche qualité et l’étude est certifiée ISO 9001 depuis le début de l’année. Nous nous sommes également engagés dans une démarche zéro papier et une démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) pour améliorer notre efficacité, notre qualité de vie au travail, et préserver l’environnement.

Pierre-Olivier/AdobeStock

AJ : Comment s’est passé votre début de mandat à la présidence de la Chambre des notaires de Seine-et-Marne ?

J. C. : Le début de mon mandat a été très perturbé par la crise sanitaire qui a empêché la mise en place de nombreux projets et événements. J’aurais d’ailleurs dû prendre mes fonctions en mai 2020 mais l’assemblée générale a été reportée au mois de septembre. Je ne m’attendais pas spécialement à être élu si jeune mais je suis très heureux de pouvoir donner un peu de mon temps à la profession.

AJ : Avez-vous tout de même quelques ambitions ?

J. C. : J’aimerais instaurer un service de médiation notariale au niveau départemental. Nous avons en effet une forte demande des tribunaux qui aimeraient profiter de notre expertise, notamment en droit de la famille, pour orienter un certain nombre de dossiers vers la médiation. Nous avons besoin pour cela de constituer une équipe de notaires volontaires formés aux spécificités de la médiation. Pour le reste, la crise sanitaire a mobilisé une grande partie de notre temps et de notre énergie et a empêché la réalisation de la plupart des événements que nous organisions traditionnellement.

AJ : Avez-vous ressenti des changements au niveau des demandes de la clientèle ?

J.C. : Il y a effectivement une forte demande de maisons avec jardin, sans doute en partie due au confinement, et l’activité des études au niveau départemental est restée très soutenue depuis le début de la crise sanitaire. Le département profite toujours d’un flux important de nouveaux arrivants et nous avons eu la chance, contrairement à d’autres professions, de pouvoir maintenir l’activité de nos offices durant la crise.

AJ : Comment la profession évolue-t-elle selon vous ?

J.C. : On observe un rajeunissement dû à la loi Macron du 6 août 2015 (L. n° 2015-990, 6 août 2015) mais aussi une féminisation. La profession a connu une très forte augmentation du nombre de notaires ces trois dernières années. Au départ, nous étions inquiets sur la capacité du département à absorber ces nouveaux arrivants. Aujourd’hui, la plupart des installations sont réussies ou en bonne voie. La Chambre met d’ailleurs tout en œuvre pour accueillir et intégrer ces notaires nouvellement nommés. La loi Macron a également multiplié le nombre de notaires salariés, dont le statut connaît un grand succès pour des raisons parfois très variées : absence de contraintes liées au statut de chef d’entreprise, absence d’investissement financier, étape intermédiaire avant une association.

AJ : Quels sont les principaux défis relevés durant cette crise ?

J.C. : Nous avons dû relever deux défis majeurs durant cette crise. D’abord la mise en place accélérée du télétravail traditionnellement peu utilisé dans la profession. Mais nous avons surtout fait un bond en avant en matière de technologie. Il a en effet fallu, dans l’urgence, mettre en place des procédures de signatures électroniques à distance afin de pouvoir continuer à recevoir des actes sans clients physiquement présents dans nos études.

AJ : Le grand public a encore du mal à comprendre le métier de notaire, faut-il mieux communiquer ?

J. C. : Il y a effectivement un décalage important entre la perception de nos clients et la réalité de notre travail au quotidien. La clientèle a une approche de plus en plus consumériste du service notarial. Par exemple, les clients ont du mal à comprendre qu’un dossier de vente puisse prendre plusieurs mois. Mais c’est souvent par méconnaissance du processus d’élaboration de nos actes qui nécessite un grand nombre de contrôles et de vérifications. La communication peut sans doute être améliorée sur ce point. Par ailleurs, les notaires ont également du mal à valoriser l’activité de conseil qu’ils pratiquent au quotidien souvent gratuitement, parfois à la plus grande surprise des clients.

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