​Michaël Fontaine : « Nous avons du mal à attirer dans nos cabinets les nouvelles générations »!

Publié le 27/10/2022 - mis à jour le 27/10/2022 à 10H05

Victime d’une représentation figée dans le passé, la profession d’expert-comptable peine à recruter de nouveaux profils. Pour inverser cette tendance, l’Ordre des experts-comptables vient de lancer une nouvelle campagne de communication. « L’expertise-comptable est un métier très riche en raison de sa diversité d’actions », estime Michaël Fontaine, vice-président du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables et rapporteur général de la 77e édition du Congrès de la profession organisé fin septembre.

Actu-juridique : Pour quelles raisons l’Ordre des experts-comptables vient-il de lancer une campagne de communication nationale ? Rencontrez-vous des difficultés à recruter ?

Michaël Fontaine : Notre profession, comme beaucoup d’autres par ailleurs, est confrontée à un problème d’attractivité. Cette nouvelle campagne de communication s’adresse donc aux étudiants, jeunes diplômés et à leurs parents sur le modèle d’une campagne semblable menée au Québec depuis une dizaine d’années qui a profondément transformé la vision du grand public sur notre métier. Au-delà d’un déploiement média classique avec des spots TV, nous avons convenu d’un dispositif spécifique pour les réseaux sociaux afin de toucher un public différent.

AJ : Votre objectif est-il aussi de changer l’image de votre profession ?

Michaël Fontaine : Si nous ne manquons ni de travail, ni de client, il est vrai que nous avons du mal à attirer dans nos cabinets les nouvelles générations. Beaucoup d’étudiants ont une image tronquée de la profession d’expert-comptable ce qui crée un vrai décalage avec la réalité. La majorité des étudiants pensent que nous sommes, toute la journée, derrière un bureau et un écran avec des chiffres dans des tableaux. Or nos activités sont bien plus variées. Nous sommes aussi bien au contact quotidiennement des chefs d’entreprise que du service des impôts, de l’Urssaf, des banques. Et nos missions s’étendent bien au-delà de la comptabilité puisque nous intervenons sur la politique RSE, le numérique, le développement à l’international, le conseil patrimonial ou encore la cession-acquisition… L’expertise-comptable est un métier très riche en raison de sa diversité d’actions, nous voulons le faire savoir aux jeunes et au grand public en général.

AJ : « L’expert-comptable au cœur de la société » était le thème de votre dernier congrès national. Était-ce important de répéter ce message ?

Michaël Fontaine : Les experts-comptables ont toujours été des acteurs essentiels des bouleversements sociétaux. Le dernier en date, la crise sanitaire, en est la preuve parfaite. Durant tous ces mois et ces multiples confinements nous avons été là, aux côtés des entreprises pour les aider à faire face et à trouver les ressources nécessaires pour assurer leur continuité. Nous avons été également les interlocuteurs privilégiés du gouvernement pour cibler les besoins des acteurs économiques et co-construire avec les ministères les dispositifs de soutien aux entreprises.

Aujourd’hui, l’Ordre et tous les professionnels s’attellent à avancer sur les sujets de la sobriété énergétique, de la durabilité, des nouvelles formes de management, de la comptabilité extra-financière ou encore de la cybersécurité. Ce sont autant de thématiques qui structurent les changements de la vie économique actuelle et future et sur lesquels nous travaillons sans cesse pour accompagner les entreprises. Notre congrès, organisé à la fin du mois de septembre, nous a permis de faire le point sur ces enjeux grâce à une série d’ateliers.

AJ : Comment pouvez-vous assister les entreprises vers la sobriété énergétique ?

Michaël Fontaine : C’est un thème évidemment d’actualité bien que de nombreuses entreprises soient engagées sur des contrats de plusieurs années avec leurs fournisseurs. Nous avons déjà des clients qui nous alertent en constatant que leurs factures sont multipliées par cinq ou dix. Beaucoup d’entre eux ne tiendront pas si rien n’est fait et c’est là justement notre rôle : aider les entreprises à trouver des solutions pour baisser leurs consommations. Concrètement, il s’agit pour nous, de scruter des données pour réfléchir à des solutions. Je pense, par exemple, à un boulanger qui aurait pour habitude de faire tourner ses fours en continu pour avoir du pain chaud. Il peut s’avérer pertinent de réduire la tranche horaire de production pour réaliser des économies d’énergie. Même chose pour un supermarché qui réduirait sa consommation d’électricité à travers l’extinction d’éclairages la nuit, de nouveaux horaires d’ouverture ou la vérification des fermetures des espaces frais. Ce sont, vous le comprenez, des éléments concrets qui peuvent être observés grâce à des chiffres auxquels l’expert-comptable a accès et qu’il sait, évidemment, interpréter.

Aussi, notre mission est de remonter au gouvernement des informations du terrain pour trouver des solutions adaptées. Comme durant la crise Covid, nous sommes des témoins des difficultés rencontrées au cœur des territoires.

Dans ce contexte, nous avons soumis au gouvernement un plan d’attaque pour la sobriété énergétique en trois étapes. Tout d’abord, nous proposons la création de dix indicateurs extra-financiers simples, harmonisés et donc comparables à intégrer dans la liasse fiscale pour aider les entreprises à prendre conscience de leur impact environnemental et permettre à l’administration de disposer d’une base de données fiable pour l’ensemble des TPE/PME. Ensuite, les experts-comptables auront tout loisir de procéder à l’accompagnement des entreprises dans le diagnostic et l’audit que j’évoquais plus haut. Enfin, pour encourager les entrepreneurs à passer à l’action, nous avons formulé des propositions de dispositifs incitatifs (provision pour investissement durable et suramortissement fiscal). Lors de notre congrès, Jean-Marc Jancovici, ingénieur, enseignant et conférencier, a validé cette stratégie et Olivia Grégoire, la ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme, nous a encouragé à poursuivre dans cette voie et nous a assuré de son soutien.

AJ : La comptabilité extra-financière fait aussi l’actualité de votre profession. De quoi s’agit-il ?

Michaël Fontaine : La comptabilité extra-financière concerne tous les éléments d’une entreprise hors aspect purement financier. Cela comprend notamment l’environnement, la société et la gouvernance. Au niveau européen, la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité (CSRD) obligera, à partir de 2024, les grandes entreprises (plus de 250 salariés et 40 millions de chiffre d’affaires) à rendre publiques les conséquences de leurs activités sur l’environnement, les droits de l’Homme ou encore la déontologie. Leurs sous-traitants seront également contraints de fournir ces informations dans une version simplifiée.

Les experts-comptables, comme pour la comptabilité dite « classique » interviennent à trois niveaux. Ils ont pour rôle, d’abord, de collecter toutes ces données. Ils doivent ensuite se charger de les rendre intelligibles en les référençant dans un référentiel extra-financier. Enfin, ils certifient l’ensemble des éléments via une mission d’assurance ou d’audit.

AJ : Comment le sujet de la facturation numérique, qui deviendra obligatoire dans deux ans, est-il vécu sur le terrain ? Les entreprises seront-elles prêtes ?

Michaël Fontaine : Le déploiement de la facturation électronique sera progressif avec une obligation qui débutera le 1er juillet 2024 pour les grandes entreprises. Un an plus tard elle s’étendra aux entreprises de taille intermédiaire puis l’année suivante encore, donc le 1er juillet 2026, aux petites et moyennes entreprises et microentreprises. Toutefois, dès le 1er juillet 2024, toutes les entreprises quelle que soit leur taille seront dans l’obligation d’être en capacité de réceptionner des factures électroniques.

Globalement les entreprises, particulièrement les plus importantes, sont déjà en train de réviser leur système d’information pour collecter et émettre les factures. Elles seront prêtes en temps voulu.

Au niveau de l’Ordre des experts-comptables, nous travaillons actuellement sur le développement de la plate-forme de dématérialisation partenaire (PDP) JeFacture.com pour permettre aux cabinets et à leurs clients de bénéficier d’une solution sûre et 100 % digitale, et ce de la gestion des factures jusqu’à leur règlement. JeFacture.com permettra à ses utilisateurs d’augmenter leur productivité, de sécuriser leurs données et de poursuivre la digitalisation de leurs activités.

Plan
X