Twitter rempli de Mô

Publié le 22/02/2021 - mis à jour le 25/02/2021 à 10H08

Le barreau a appris samedi la disparition à l’âge de 53 ans de M. Jean-Yves Moyart, avocat pénaliste à Lille, également connu sur Internet en tant que blogueur et twittos sous le pseudonyme de Maître Mô. Cette nouvelle a suscité une immense émotion, notamment sur les réseaux sociaux où il était très actif.  Sa consoeur bordelaise Michèle Bauer a souhaité rendre hommage à cet avocat profondément humain, drôle et généreux. 

Bannière du blog de Maître Mô
Bannière du Blog de Maître Mô (capture d’écran)

Samedi 20 février 2021, un samedi comme les autres, quelques rayons de soleil adoucissent les températures. Sur les réseaux sociaux, c’est le calme après une tempête dans un verre de thé : la team juristes et avocats s’est émue, voire scandalisée, des pratiques managériales d’un confrère révélées par un grand quotidien national. On se remet à peine de l’émotion d’avoir découvert le pot aux roses ou plutôt le pot aux thés.

Un samedi comme les autres, où les avocats libérés des prétoires avaient un peu délaissé les réseaux sociaux pour profiter d’une journée de presque printemps.

Un samedi qui devait être comme les autres et qui ne l’a pas été. Non, ce samedi  a été rempli de « Mô », de maux, de mots pour « Mô ».

Sur le fil de Twitter est réaapparu comme un sinistre présage un ancien Twitt de Maître Mô, alias Jean-Yves Moyart, avocat lillois pénaleux comme il aimait se qualifier.

Je comprends vite que Maître Mô est mort, ceci est confirmé par tous les articles de presse de la Voix du Nord au Monde en passant par Libération,  le Parisien et le Huffington Post qui viennent lui rendre hommage.

Ces articles ne sont rien à côté de la pluie d’ hommages des twittas et twittos amis proches de notre Confrère Jean-Yves Moyart qui rapportent tous une anecdote drôle ou touchante sur lui.

Certains l’ont simplement croisé, mais se souviennent de sa gentillesse ; je pense à cette greffière qui raconte une instruction difficile, des maltraitances sur un bébé alors qu’elle était elle-même enceinte, Mô lui a offert un chocolat chaud, la chaleur d’un « ça va » et lui a conseillé de rejoindre la vraie vie.

Il y a aussi ceux qui ne l’ont jamais rencontré comme moi mais qui avaient l’impression de le connaitre  à travers ses billets de Blog ou ses gazouillis bienveillants et drôles sur Twitter.

Des inconnus pour certains émus aux larmes comme si un de leurs proches les avaient quittés. Il faut dire que notre Confrère Mô avait plus de 70 000 abonnés parmi lesquels tous n’étaient pas avocats, loin de là.

Certains, dont je fais partie, ont  grandi avec Maître Mô et son ami Maître Eolas.

Un frère en humanité

Quand j’ai connu le Blog de Maître Mô, par l’intermédiaire de celui de Maitre Eolas, j’avais à peine 5 ans de barre.

Le premier article que j’ai lu de lui est Ad-vocatus  dans lequel Maître Mô conte sa première correctionnelle alors qu’il assure une permanence pénale. Il narre ce que nous avons tous vécus du haut de nos quelques mois de barre, le client « chiant et ingérable », ne supportant pas qu’un novice le défende, qui hurle :  « Vas-y , dégage bouffon ! », «  Va changer ta couche ! ». La bienveillance du président qui mène l’audience et l’imprévu aussi … Je vous laisse lire ou relire le billet, et rire….

Les écrits sont souvent révélateurs d’une personnalité, les siens étaient sensibles, drôles, empathiques et pudiques.  Quelques fois, il évoquait sa vie privée, je me souviens par exemple de ce billet sur les premiers pas de son fils, un tantinet moqueur et si tendre.

C’est parce que les Blogs de Maître Mô et Eolas ont existé que j’ai moi aussi créé un Blog, je ne suis pas la seule. Pour paraphraser La Rochefoucauld, il y a des gens qui n’auraient jamais blogué s’ils n’avaient pas lu les mots de Mô ou d’Eolas.

Même si je ne l’ai pas connu, même si je n’ai jamais osé seulement  interagir avec lui, Maître Mô  était vraiment « ce frère en humanité » de son client, ainsi qu’il s’était un jour décrit à l’occasion d’une interview.

Ce samedi 20 février n’était pas un samedi ordinaire, le temps a semblé être suspendu, les querelles et mesquineries quelques fois un peu trop présentes sur Twitter se sont éclipsées d’elles-mêmes, sentant qu’elles n’avaient pas leur place. Pour quelques heures, Twitter est devenu plein de Mô bienveillants, tristes et tendres, drôles, de beaux mots, de Mô d’amour, de tendresse.

A son image.

 

 

A litre également, l’hommage de Me Eric Morain sur le site de La Gazette du Palais.

 

 

 

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