« Une communication fluide entre cabinets permet d’offrir un meilleur service à nos clients »

Publié le 27/12/2019

Eurojuris international, premier réseau de cabinets d’avocat en Europe, a élu à la fin du mois d’octobre dernier un nouveau président, Olivier Vibert. Pour les Petites Affiches, ce dernier revient sur le fonctionnement de ce réseau, dont le but est de simplifier la coopération entre des partenaires situés dans différents pays.

Les Petites Affiches

Pouvez-vous nous présenter l’association Eurojuris, que vous présidez ?

Olivier Vibert

Eurojuris international représente à peu près 500 cabinets d’avocats et 6 000 avocats dans le monde. Ces réseaux d’avocats sont principalement situés en Europe. Nous avons une présence forte en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Espagne, qui constituent notre centre névralgique. En Europe, les cabinets adhèrent à Eurojuris en passant par des associations nationales, comme Eurojuris France. Nous avons aussi, dans d’autres zones du monde où nous n’avons pas d’associations nationales, des cabinets directement membres. Nous sommes présents partout dans le monde, à l’exception de l’Afrique.

LPA

À quoi sert ce réseau Eurojuris ?

O. V.

Ce réseau veut être un lieu d’échange, où se rencontrent différents avocats du monde entier. Nous avons un congrès annuel tous les ans en octobre. En 2020, il se tiendra à Paris. Ce congrès est l’occasion d’échanger sur des thèmes transversaux : l’évolution de la profession, les nouvelles réglementations, la structuration des cabinets. Nous échangeons par groupes de spécialité ou « practise groups » : les confrères ayant les mêmes activités se retrouvent pour échanger sur leurs pratiques et les évolutions législatives dans leurs pays. Ces practise groups se réunissent physiquement au mois de mai. Nous créons donc dans l’année deux occasions de rencontres. Les lieux de rendez-vous changent selon différents critères. Parfois, quand on n’a pas de membres dans un endroit donné, c’est aussi une manière de prendre attache avec de nouveaux membres potentiels… Enfin, nous avons un groupe « jeunes avocats » au sein duquel se rencontrent une fois par an les avocats de moins de quarante ans.

LPA

Vous présidez le réseau. Quel a été votre parcours avant cela ?

O. V.

Je suis avocat depuis 2004, spécialisé en droit des affaires et tourné vers l’international depuis le début. Le cabinet IFL avocats était membre d’Eurojuris lorsque je l’ai rejoint, comme collaborateur puis comme associé. Notre cabinet a toujours été assez impliqué au niveau international. Nous avons des collaborations à double sens avec des cabinets étrangers. Quand des cabinets étrangers ont des opérations en droit français – contentieux mais aussi création de filiale ou investissement –, ils nous sollicitent. Quand, à l’inverse, nos clients ont des affaires à l’étranger, nous sollicitions des cabinets partenaires. Notre action est transfrontalière et s’appuie sur ce réseau. J’ai participé à ces activités de réseau car le cabinet m’a rapidement demandé de le faire. J’ai d’abord été au bureau des jeunes avocats et président des jeunes avocats d’Eurojuris. En octobre 2018, j’ai été élu membre du conseil d’administration d’Eurojuris international.

LPA

Quelle est, en tant que président, votre ambition pour le réseau Eurojuris ?

O. V.

Le but n’est pas de tout révolutionner. Le travail que je mène collectivement avec le board consiste surtout à capitaliser sur les forces du réseau. D’une part, en améliorant les congrès et les practise groups, qui sont le cœur de notre réseau. D’autre part, en fournissant davantage de services, en multipliant le plus possible les échanges entre nos membres pour avoir plus d’occasions de collaborer. La difficulté est qu’un maximum de gens participent activement au réseau et viennent à chaque fois. Cela nécessite des déplacements, de prendre du temps sur son travail et son cabinet. Un des axes forts de mon mandat est également le développement du réseau en Asie, avec le projet Asiajuris, auquel on croit beaucoup.

LPA

Qu’est-ce que ce projet Asiajuris ?

O. V.

Nous avons créé une nouvelle association régionale départementale, Asiajuris, afin de développer davantage un réseau du continent asiatique pour avoir une meilleure représentativité là-bas. Cela nous permettra d’associer également des cabinets d’Océanie, qui ont de forts échanges avec la zone asiatique. Le but est d’avoir un réseau implanté localement, qu’il y ait de forts échanges entre cabinets d’Asie, pas uniquement avec l’Europe. Cela rendrait le réseau plus dynamique et attractif en Asie.

LPA

Que permettent ces échanges ?

O. V.

Le fait que ces avocats se rencontrent est important. En se connaissant mieux, ils vont pouvoir travailler ensemble plus facilement. Les avocats d’Eurojuris international ont ainsi l’occasion d’assister des clients étrangers, ou peuvent mieux assister leurs clients lorsque ceux-ci ont des difficultés ou des investissements à faire à l’étranger. Quand on a un client qui a un problème dans tel pays, on appelle un avocat qui va répondre tout de suite car nous le connaissons bien, on peut avoir une première réponse quasi immédiate, ce qui est très agréable et rassurant pour le client. On essaye que la communication soit la plus fluide possible pour offrir le meilleur service possible au client. Le but est que lorsque celui-ci s’adresse à un cabinet Eurojuris en France ou en Thaïlande, il ait un service identique et une approche similaire de la relation avocat-client.

LPA

Quels sont les cabinets membres de ce réseau ?

O. V.

Les cabinets membres sont plutôt orientés vers une clientèle de droit des affaires. Ce n’est pas exclusivement du droit des affaires, certains font du droit de la famille. Mais par la force des choses, il s’agit plutôt de cabinets tournés vers les entreprises. Eurojuris international reçoit des demandes de cabinets, et statue selon un certain nombre de critères. Par exemple, pouvoir travailler dans différentes langues et pouvoir répondre à des demandes étrangères, ou avoir certains domaines d’activité. Nous veillons aussi à maintenir un équilibre entre les régions et les domaines d’activité. On essaie d’avoir une approche large et ouverte, on accueille parfois des cabinets ayant des domaines identiques à un autre cabinet membre, mais avec une spécialité pas forcément représentée.

LPA

Avec autant de nationalités, la communication est-elle aisée ?

O. V.

La langue principalement utilisée est l’anglais. Même quand quelqu’un n’est pas très à l’aise dans cette langue, il peut trouver quelqu’un qui va parler français, espagnol… Quand on a envie d’échanger, il n’y a pas tellement de barrières de langue. Échanger avec des avocats étrangers est une richesse, notamment pour aborder l’évolution de la profession. Par exemple, au Royaume-Uni, les cabinets ont vécu une ouverture du marché du droit beaucoup plus brutale qu’en France. Discuter de ces évolutions nous permet d’anticiper ces évolutions à venir chez nous, de réfléchir à la position que l’on doit avoir en tant qu’associé dans un cabinet d’avocat français. Les avocats danois ont, eux, été précurseurs sur les réseaux sociaux, dont ils ont développé la pratique il y a une quinzaine d’années, avant que cela ne se généralise en France…

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Référence : LPA 27 Déc. 2019, n° 149s4, p.3

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