Val-de-Marne (94)

La Seine, un axe encore sous-exploité

Publié le 25/10/2021 - mis à jour le 25/10/2021 à 10H59

Le 21 septembre dernier a eu lieu le Sommet du Grand Paris, un événement organisé par la Chambre des notaires de Paris, l’association Acteurs du Grand Paris et le journal La Tribune. Pour cette nouvelle édition, les participants et participantes s’interrogeaient sur l’impact de la Métropole sur le reste du territoire. Plusieurs tables rondes étaient dédiées à l’axe Seine comme un enjeu majeur de développement économique et culturel.

La crise sanitaire a permis de réaliser un retour accéléré vers le local pour la vie quotidienne mais aussi pour les vacances. Pour le transport, les Franciliens et Franciliennes ont plébiscité le vélo et la marche à pied pour leurs déplacements. Mais un mode de transport n’a pas encore été suffisamment mis en avant : le transport fluvial. Lors de deux tables rondes du Sommet du Grand Paris, la Seine a été centrale, que ce soit pour le développement du tourisme ou pour favoriser des échanges économiques grâce à l’axe Le Havre-Rouen-Paris.

Tourisme : de Paris au Grand Paris par la Seine

Luc Carvounas est maire (PS) d’Alfortville dans le Val-de-Marne (94) et vice-président de la Métropole du Grand Paris chargé du tourisme. Invité à débattre de l’avenir du tourisme francilien, il s’est d’abord réjoui de pouvoir amener le sujet sur la table. « C’est assez rare qu’on parle de l’industrie du tourisme, alors qu’il faut comprendre que ça représente 7,4 % du PIB national. Dans cette part, le Grand Paris, c’est 20 % ». Consciente de l’importance du secteur, la Métropole s’est dotée de l’appui d’une chargée du tourisme. « On parle de 93 000 entreprises et 500 000 salariés », poursuit-il.

Malgré une année 2021 meilleure que 2020, la perte de touristes par rapport à 2019 s’élève à 33 millions sur le Grand Paris. « C’est une perte du chiffre d’affaires de 85 % pour Paris », complète Luc Carvounas, avec moins de 50 % de fréquentation sur les sites culturels. Face à la situation, le fonds de résilience a permis d’accompagner 560 entreprises représentant 2 900 salariés. Mais, dit-il « nous avançons sur ces sujets depuis une seule petite année ».

Sans aller vers le défaitisme, le maire d’Alfortville se positionne sur un « tourisme urbain revisité » avec de « nouvelles pratiques ». « Le contexte est extrêmement réjouissant parce que nous allons accueillir la Coupe du monde de rugby en 2023, les Jeux olympiques en 2024. Nous essayons donc d’élargir la marque du Grand Paris, parce que le touriste étranger qui va à Disneyland ne dit pas qu’il va en Seine-et-Marne mais à Paris » !

L’Office de tourisme de Paris a donc la volonté de travailler dans le périmètre de la Métropole. Dans cette recherche de nouveaux « produits de gondole », la Seine apparaît comme « la colonne vertébrale » qui peut relier tous les départements du Grand Paris les uns aux autres.

Alfortville est la seule ville d’Île-de-France qui a un phare, tandis que la région compte 70 ports. Ces « pépites » doivent être mises en avant. Le rêve de Luc Carvounas ? « Choisir les guinguettes de la Métropole du Grand Paris pour bénéficier des mêmes pratiques de loisir qu’on va chercher à Paris et développer la clientèle locale. D’autant que 60 % du tourisme se fait en-dehors de Paris, en petite couronne ».

Cette nouvelle « marque » du Grand Paris se tournerait donc vers un tourisme « zéro carbone » avec la Seine comme, peut-être, « la Tour Eiffel du XXIe siècle » en termes de symbole. « Nous vivons au bord de la mer », s’amuse le vice-président. « Il n’y a rien de plus beau que de se retrouver au bord de Seine. À ce jour, ce fleuve n’est utilisé que pour du fret et non pas suffisamment pour du transport urbain. Nous devons amorcer tout cela. Je crois que ce doit être le point commun entre tous nos territoires. Il faut profiter de cette crise pour avancer et parler à notre première cible : les habitants de la Métropole ».

La Seine, un axe encore sous-exploité
Écluse d’Alfortville ©Philippe Prudhomme / AdobeStock

L’axe Le Havre-Rouen-Paris

Si le tourisme, notamment d’affaires, a repris dans la capitale, l’offre doit pouvoir suivre la demande, avec des exigences nouvelles. L’aéroport de Paris-Charles de Gaulle est en cela « une première porte d’entrée pour le tourisme, pour la métropole et la France », constate Edward Akwright, directeur général du groupe ADP. Selon lui, la suite s’agira de « satisfaire les enjeux politiques d’un tourisme plus local, durable et tout aussi accueillant ».

Or près du Havre, Total développe la production de biocarburants aériens à produits à partir de déchets et résidus, issus de l’économie circulaire (graisses animales, huiles de cuisson usagées…). « Total sera donc en mesure de répondre, à partir de ses sites de production en France, à l’évolution de législation française qui prévoit un mandat d’incorporation de 1 % de biocarburants aériens dès 2022, puis un objectif de 2 % à horizon 2025 et de 5 % à horizon 2030 », indique le groupe français. Le biocarburant aérien durable, appelé SAF pour sustainable aviation fuel, est une alternative au kérosène d’origine fossile. Le lien avec la Seine est donc tout trouvé puisqu’il permettra d’approvisionner les aéroports parisiens avec ce nouveau carburant.

Cet axe fluvial fait justement l’objet d’un engagement entre les villes du Havre, de Rouen et de Paris pour relier la mer à la capitale. Cette ambition, toujours en construction, devrait permettre une répercussion sur les communes tout le long du fleuve. Nicolas Mayer-Rossignol est maire de Rouen et président de la métropole Rouen Normandie : « Cette ambition ne date pas d’hier. D’autres ont lancé cette dynamique. L’enjeu est de concrétiser au maximum les sujets les plus pertinents. Et de forger une affection auprès des gens ». L’une des premières étapes sera de rendre le transport fluvial plus compétitif pour les marchandises.

Nicolas Bouzou, économiste, a participé au Sommet du Grand Paris comme expert. Il confirme : « La mondialisation est une affaire de bateaux, avec des flux qui se densifient à l’échelle locale. Il faut bien avoir en tête que c’est déterminant pour la compétitivité. Ce continuum Paris-Rouen-Le Havre est essentiel pour la France ». Mais, s’impatiente Patrick Ollier, ancien ministre, président de la Métropole du Grand Paris, « on rame pour rattraper nos concurrents. On parle de la porte de sortie et de la porte d’entrée, mais l’axe Seine, c’est tout ce qu’il y a entre. Il faut associer et partager notre ambition. C’est entre les deux qu’il faut organiser les choses ». Impatient, il déclare : « Le pacte pour la politique métropolitaine est une goutte d’eau par rapport à ce qu’on doit faire sur cet axe »

Nicolas Mayer-Rossignol se veut plus optimiste : « Si les entreprises se mettent ensemble [pour développer le transport de leurs marchandises sur des barges fluviales], on crée un écosystème. En 2024, ce sont les Jeux Olympiques et paralympiques, mais aussi les 150 ans de l’impressionnisme de Paris au Havre. Il y a quelque chose d’extraordinaire à faire vivre en trouvant de bonnes synergies. Il y aura, en Île-de-France, le long de la Seine, un intérêt culturel et artistique. Il faut un pacte pour porter ce projet stratégique ».

C’est dans ce sens que Nicolas Bouzou conclut sur l’importance de mener des « politiques volontaristes » : « Si on veut développer cette logistique, cela nécessite de la coordination interterritoriale. L’État central ne peut pas le faire parce que je ne pense pas que ce soit à l’État de décider. C’est une question d’urbanisme qui se pose ».

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