Yvelines (78)

Benoît Lebeau : « Bien avancé, le pôle scientifique et technologique de Paris-Saclay aboutira à l’horizon 2035 » !

Publié le 05/08/2022 - mis à jour le 08/08/2022 à 10H59
Benoît Lebeau : « Bien avancé, le pôle scientifique et technologique de Paris-Saclay aboutira à l’horizon 2035 » !
Pôle pharmacie, côté Saclay

C’est un programme d’envergure nationale qui s’étend sur un territoire de plus de 70 km2. Paris-Saclay regroupe trois communautés d’agglomération à cheval entre les départements de l’Essonne (91) et des Yvelines (78). Opération d’intérêt national décrétée en 2009, puis un Établissement public d’aménagement (EPA) créé en 2010, le projet du plateau de Saclay comprend plusieurs domaines : académique, économique et urbain. Un programme décliné sur plusieurs territoires reliés par le projet de la ligne 18 du Grand Paris Express. Le soutien de l’État est massif. Au total l’investissement public atteint les 5 milliards d’euros. Douze ans après le lancement de l’EPA Paris-Saclay, Actu-Juridique fait le point avec le directeur de l’aménagement Benoît Lebeau.

Actu-Juridique : Quelles sont les prémisses du développement urbain, économique et scientifique du plateau de Saclay ?

Benoît Lebeau : Le projet actuel du plateau de Saclay est la traduction d’une volonté de l’État de la fin des années 1950 d’intervenir sur ce territoire. À l’époque, il portait déjà l’ambition de constituer un grand pôle scientifique avec la fondation du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ou encore de la facultés de sciences à Orsay. Et puis, il y avait également une vision d’un développement d’une polarité métropolitaine. Elle se traduisait, dans les années  1960, dans le schéma d’aménagement de la région parisienne de Paul Delouvrier. Il prévoyait de faire une ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines à Massy. Finalement, seule la partie Est de ce projet s’est réalisée avec la ville nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines. Sur la partie Ouest, les implantations universitaires et scientifiques se sont poursuivies avec HEC, Polytechnique ou encore CentraleSupélec. Au début des années 2000, l’État s’est remis à l’ouvrage sur le territoire. Il a donc réfléchi à la création d’une opération d’intérêt national (OIN), en bifurquant par rapport aux intentions d’aménagement de Paul Delouvrier : le plateau de Saclay ne sera pas entièrement urbanisé.

Actu-Juridique : Dans quel projet de développement s’inscrit actuellement le territoire de Paris-Saclay ?

Benoît Lebeau : La réflexion se fait autour d’un développement équilibré sur le territoire. Il y aura à la fois un volet de préservation des espaces agricoles, naturels et forestiers. L’aménagement se fera autour des quartiers des gares de la future ligne 18 du Grand Paris Express. L’OIN a été créée par le décret n° 2009-248 du 3 mars 2009. C’est d’abord un périmètre réglementaire qui comprend des terres agricoles, des zones de développement et des zones d’activité existantes notamment le parc d’activités de Courtaboeuf ou la zone d’activité de Trappes-Élancourt. L’impulsion du projet de l’État est de dynamiser aussi ces territoires économiques déjà existants. Puis, en 2010, la loi du Grand Paris a créé l’Établissement public d’aménagement, en charge d’impulser et coordonner le développement du pôle scientifique et technologique de Paris-Saclay et d’en assurer le rayonnement international. Le législateur a donné pour mission à l’EPA Paris-Saclay de définir des zones nécessaires au développement de ce pôle. Les quartiers doivent être compacts, avec une mixité forte et des logements. Ces zones prédéfinies, les autres territoires de Paris-Saclay sont protégés : c’est la zone protection naturelle agricole et forestière (ZPNAF) du plateau de Saclay qui est également inscrite dans la loi qui charge l’établissement de garantir la pérennité de l’activité agricole. Le décret pris en Conseil d’État qui délimite cette zone de protection s’impose aux règlements d’urbanisme.

Actu-Juridique : Quels sont ces quartiers définis par Paris-Saclay et qui sont en cours de développement ?

Benoît Lebeau : Nous avons d’abord la frange Sud du plateau de Saclay, qui va se développer en trois zones d’aménagement concertées (ZAC) : le quartier de l’École Polytechnique à Palaiseau, la ZAC de Moulon située entre Orsay et Gif-sur-Yvette et la ZAC de Corbeville à Orsay. Ensuite, dans les Yvelines, nous développons des projets à Guyancourt autour de la future gare de Saint-Quentin Est sur la ligne 18. Le quartier sera construit sur une friche industrielle du groupe Thales et une partie du terrain à proximité du Technocentre de Renault. Nous souhaitons le développer d’ici à l’horizon 2023. Enfin, à Versailles, nous avons un projet sur la friche militaire de Satory. Nous avons créé la ZAC de Satory Ouest. Globalement, tous ces quartiers seront desservis par la ligne 18 du Grand Paris Express. Nous avons cherché sur ce territoire l’équilibre entre protection et développement. Finalement, nous sommes dans un rapport de 1 à 10 sur la consommation des espaces agricoles et forestiers. Nous avons pris 400 hectares d’espaces agricoles et forestiers pour le développement et nous en avons sanctuarisé plus de 4 000 hectares. Sans la ZNPNAF, ce sont 10 à 20 hectares par an qui étaient utilisés pour de l’étalement urbain.

Actu-Juridique : En quoi les différents territoires mentionnés sont-ils complémentaires malgré leur différence d’antériorité ?

Benoît Lebeau : Effectivement, quand on parle du territoire de Paris-Saclay, on peut avoir du mal à trouver un lien entre chacun d’entre eux. Nous avons voulu travailler à cette échelle-là et sur les départements de l’Essonne et des Yvelines pour plusieurs raisons. D’abord, dans la partie essonnienne du plateau de Saclay, il y avait essentiellement de la recherche académique publique. Dans les Yvelines, la R&D est plutôt privée avec une forte présence industrielle : Airbus à Élancourt, le Technocentre Renault de Guyancourt, le pôle d’activité de Vélizy avec l’industrie automobile et aéronautique, Air Liquide aux Loges-en-Josas, etc. Un des enjeux était de relier ces deux communautés au service de l’innovation. Une fois les travaux de la ligne 18 terminés, ces deux territoires seront très proches, à moins de dix minutes. Il sera très facile depuis Versailles d’aller sur la frange Sud du plateau de Saclay. Pour nous, le sens est de connecter les secteurs de développement situés dans les Yvelines avec ceux de l’Essonne.

Actu-Juridique : Quels objectifs vous êtes-vous fixés en 2010 au moment de la création de l’EPA Paris-Saclay ?

Benoît Lebeau : L’objectif fixé par la loi du Grand Paris était de créer un pôle scientifique et technologique avec trois domaines. D’abord, un volet académique très fort pour accompagner la structuration des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, avec la poursuite d’implantation. Ils viennent rejoindre ceux implantés depuis plusieurs années pour se fédérer autour de deux pôles : d’une part l’université Paris-Saclay et d’autre part l’institut Polytechnique de Paris. Cette programmation académique est quasiment achevée. Dès la rentrée 2022, les deux derniers établissements arrivés sur le plateau de Saclay ouvriront. Il s’agit de la faculté de pharmacie, chimie et biologie, qui arrive de Châtenay-Malabry et AgroParisTech. L’objectif de ce regroupement d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche est de créer de l’activité économique comme scientifique (l’université Paris-Saclay est aujourd’hui classée à la 13e place mondiale du prestigieux classement de Shangaï, première mondiale pour les mathématiques), pour permettre à la France de rester dans la compétition internationale de l’innovation.

Ensuite, depuis 10 ans, concernant l’activité économique, nous avons eu un certain nombre d’implantations de grands centres de recherche privés. C’est le cas notamment d’EDF, d’IBM, des laboratoires Servier, de Danone qui conforte sa présence sur le site en construisant un nouveau bâtiment. Nous travaillons aussi à l’accueil de start-up qui se développent sur le plateau de Saclay, en construisant de nouveaux bâtiments. Grâce à la programmation académique, nous avons plus d’une centaine de start-up par an qui se créent sur le territoire. Notre enjeu est de maintenir leur présence ici et qu’elles se développent notamment à l’international.

Enfin, nous avons le volet logement familial. Nous le développons en fonction du calendrier des travaux de la ligne 18 qui desservira la frange Sud du plateau de Saclay à l’horizon 2026. Elle desservira le territoire des Yvelines en 2030. Nous nous calons sur ces objectifs. Sur le Sud du plateau, 1 000 logements sont déjà livrés sur 5000 prévus à terme. Nous enclenchons la vitesse supérieure sur ce programme. L’idée est de produire 500 logements par an sur les six prochaines années. D’ailleurs, dès l’année prochaine, nous mettons en chantier 600 logements à Palaiseau. Ce volet est accompagné par une programmation importante de logements étudiants. À terme, 12 000 lits étudiants dont 7 000 sont déjà livrés à ce jour. Puis les services et les commerces commencent aujourd’hui à se développer. Sur certains sites, une vie urbaine commence à s’installer.

Benoît Lebeau : « Bien avancé, le pôle scientifique et technologique de Paris-Saclay aboutira à l’horizon 2035 » !
Autour de l’ENS, Paris-Saclay

Actu-Juridique : Quel bilan faites-vous de votre activité depuis la création de l’Établissement public d’aménagement Paris-Saclay ?

Benoît Lebeau : Par rapport à la feuille de route initiale, nous terminons une première phase nécessaire. Elle est impulsée par l’État avec les investissements qui portaient sur l’immobilier des établissements d’enseignement supérieur et sur les infrastructures avec la ligne 18. Cette première phase s’achève et va permettre aux investissements privés de prendre le relais. Aujourd’hui, l’objectif d’être attractif en matière de développement économique commence vraiment à se réaliser. Maintenant, sur la carte mondiale de l’innovation, il y a le territoire de Paris-Saclay. Nous sommes très bien positionnés. Les investisseurs étrangers s’intéressent à notre projet. Aujourd’hui, notre défi est de faire la ville autour des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Cette phase de création d’une vie urbaine que nous voulons inclusive prend plus de temps. Elle est linéaire avec la livraison des logements et de la ligne 18. Surtout elle doit nous permettre de mettre en œuvre des solutions en termes de constructions, d’énergies, de mobilités et d’environnement capables de répondre aux enjeux de la transition énergétique et du développement durable.

Actu-Juridique : À quel moment pourra-t-on dire que le pôle scientifique et technologique de Paris-Saclay est abouti ?

Benoît Lebeau : Nous visons l’achèvement du campus urbain sur la frange Sud du plateau en 2035. Nous avons encore une grosse dizaine d’années devant nous. Nous sommes sur un temps très long. Souvent, nous subissons des jugements hâtifs de gens qui regardent l’avancement et la livraison tel qu’il est sans se projeter à terme. C’est compréhensible et la gestion du temps long est assez complexe. Nous avons un objectif assez lointain mais nous devons arriver aujourd’hui à intensifier nos usages. C’est ce que va permettre l’arrivée des logements. Il y a déjà des changements concrets sur le territoire. Beaucoup de commerces ont ouvert depuis un an. La vie urbaine commence à démarrer notamment sur le mail Pierre-Potier dans le quartier de Moulon à Gif-sur-Yvette et autour de la place Marguerite-Perey à Palaiseau.

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