Essonne (91)

Université Paris-Saclay, un développement en temps de Covid

Publié le 04/06/2021 - mis à jour le 14/06/2021 à 11H04

Actrice majeure dans le paysage de l’enseignement supérieur et de la recherche en France, l’université Paris-Saclay a été créée il y a près d’un an et demi, au 1er janvier 2020. Son modèle institutionnel, constitué à la fois de composantes universitaires et de grandes écoles mais également d’une association forte avec des organismes nationaux de recherche (ONR), lui a permis d’intégrer directement les premiers rangs mondiaux en termes de recherche et de formation. Son histoire est également liée à celle de la pandémie. Retour sur une création exceptionnelle avec Sylvie Retailleau, la présidente de l’université Paris-Saclay.

Actu-Juridique : Comment s’organise l’université Paris-Saclay depuis plus d’un an ?

Sylvie Retailleau : À distance et en visio, comme une bonne partie de la société. Pour le personnel administratif et technique notamment, le télétravail s’est très largement déployé. Après plus d’un an, bien que tout ne soit pas parfait, nous avons réalisé un bond quant au développement des outils numériques et la prise en main de plateformes. A contrario, il est plus difficile de maintenir l’esprit collectif avec la distance. Certaines tâches administratives peuvent aussi prendre plus de temps à être réalisées. Je pense notamment aux traitements des courriers. À tout cela s’ajoutent également les problématiques liées à la vie personnelle et à la Covid qui s’entremêlent au travail.

Concernant les étudiants et la formation, nous assurons aujourd’hui 20 % des enseignements en présentiel et les travaux pratiques dans le premier cycle quand cela est possible. Nous maintenons également ouvertes nos bibliothèques et salles informatiques. Le Crous continue également sa mission, avec par exemple les repas complets à 1 €. À l’université Paris-Saclay nous faisons appel depuis quelques semaines à ce que l’on nomme des « sentinelles ». Ce sont des étudiants formés par le Service universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé (SUMPPS) qui sensibilisent leurs camarades au respect des gestes barrières afin de limiter la propagation du virus sur les campus, notamment au moment des repas. Ils peuvent aussi informer et orienter leurs pairs sur les permanences de tests Covid mis en place à l’université ou sur tout autre question liée à la Covid-19. Des tuteurs interviennent également dans la vie étudiante pour appeler, soutenir ou orienter ceux qui le demandent et qui sont dans le besoin. En plus des chèques d’accompagnement psychologiques développés par l’État, nous avons recruté un psychologue supplémentaire. De la même manière, nous avons multiplié par quatre le montant des aides financières pour les étudiants les plus en difficulté, notamment pour le matériel et l’achat d’ordinateurs ou de cartes 4G. Au total, nous aidons actuellement 1 500 à 2 000 étudiants. Si toutes ces mesures ne suffiront pas nécessairement à répondre aux besoins de chacun, elles restent précieuses en ces temps extrêmement compliqués pour les étudiants.

AJ : Qu’en est-il des examens ?

S.R. : Nous avons essayé, dans la mesure du possible, de maintenir les épreuves en présentiel. Conformément à la circulaire du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, aucun examen n’a pu se tenir en présentiel durant les quatre semaines du confinement du mois d’avril dernier. Nous avons donc choisi soit de faire passer ces épreuves en distanciel, soit de les décaler de manière à ce qu’elles puissent avoir lieu en présentiel avec un protocole strict dans le courant du mois de mai ou début juin prochain. Pourrons-nous néanmoins toutes les faire comme souhaité ? Nous ne pouvons pas encore le savoir, mais nous faisons notre possible à Paris-Saclay pour que l’option « présentiel » soit toujours privilégiée. Nous devons aussi considérer la situation des étudiants qui ne sont pas de la région et qui sont rentrés chez eux pour des raisons de confort ou économiques. Il nous faut faire preuve de souplesse. La période des examens est d’ordinaire stressante pour tout le monde, elle l’est évidemment beaucoup plus dans la situation actuelle.

AJ : Le retour à l’université un jour par semaine et, d’une manière générale, l’ensemble des aides apportées aux étudiants sont-ils vraiment utiles pour faire face à leur détresse ?

S.R. : Cela les aide c’est certain, bien que cela puisse être jugé insuffisant par les intéressés eux-mêmes. Malgré le site internet, les réseaux sociaux, les lignes téléphoniques mises à disposition spécialement durant cette période, ou les campagnes SMS, certains jeunes ont tellement décroché psychologiquement qu’ils ne s’informent plus ou ne savent plus comment s’y prendre. Des étudiants qui vivent sur le campus ou en région parisienne ne savent pas que les bibliothèques sont restées ouvertes ou que des services sont là pour les accompagner dans leurs démarches. Nous avons notamment une cellule de crise disponible tous les jours pour eux. Pour combler ce biais communicatif, nous prévoyons l’embauche, durant ces prochaines semaines, de personnes en CDD qui seront chargées de contacter chacun des étudiants et cerner leurs besoins, les guider. Tous les étudiants qui seront inscrits pour la rentrée 2021 seront ainsi contactés.

Les professeurs aussi jouent un rôle d’alerte désormais. Ils sont davantage attentifs aux absences répétées, même à distance, de manière à prévenir les services en cas de problème. C’est tout un système qui s’est ainsi développé depuis plusieurs mois pour encadrer et aider au maximum les étudiants.

Enfin, pour lutter contre la diffusion du virus, nous organisons depuis la fin de l’année 2020, des permanences avec des tests gratuits. Elles sont ouvertes cinq 5 jours par semaine sur 8 sites.

Et pour terminer sur le sujet des cours en présentiel, crucial du point de vue psychologique, nous espérons, avant la fin de l’année universitaire, pouvoir autoriser le retour à 50 %, comme l’a annoncé récemment la ministre de l’Enseignement supérieur. Et pourquoi pas totalement en présentiel à la rentrée prochaine si tout le monde est vacciné.

AJ : À ce propos, les universités pourraient-elles devenir des centres de vaccination ? En aurez-vous la capacité quand le tour de la vaccination des plus jeunes viendra ?

S.R. : L’université Paris-Saclay est déjà volontaire. Nous avons proposé à la préfecture de l’Essonne des locaux pour qu’ils puissent devenir des centres de vaccination. Les médecins de l’université sont en contact quant à eux avec l’Agence régionale de santé (ARS) pour que l’on étudie la possibilité de vacciner les personnels. Nous voulons vraiment être utiles et force d’action sur le dossier des vaccins.

AJ : Comment se porte la recherche au sein de l’université ? Les 9 000 chercheurs et enseignants-chercheurs, répartis dans vos 275 laboratoires, arrivent-ils à travailler dans les conditions imposées par la Covid ?

S.R. : Tout dépend des disciplines. Pour les recherches expérimentales, réalisées sur des plateformes, la distance et la visio ne sont d’aucune utilité. Les activités de recherche sont donc maintenues, sous contraintes de jauges bien sûr. Finalement, ce sont les doctorants qui sont le plus pénalisés avec la difficulté pour tous de poursuivre, dans de bonnes conditions, leurs travaux avec des financements qui ne peuvent pas être toujours renouvelés ou prolongés.

AJ : La crise a-t-elle un impact sur l’attractivité de l’université ?

S.R. : Non pas vraiment, la Covid est un sujet international, toutes les universités sont donc impactées et logées à la même enseigne, avec des problématiques similaires notamment pour le fonctionnement des laboratoires de recherche. La campagne de recrutement des enseignants-chercheurs a été rassurante à ce propos, l’université Paris-Saclay reste attractive.

AJ : L’université Paris-Saclay a fait une entrée remarquée l’an dernier au classement international de Shanghai, en se classant 14e. La Covid pourrait-elle affaiblir votre progression mondiale ?

S.R. : Le classement de Shanghai est évidemment très important pour la renommée de l’université, et celle de la France plus largement. C’est la première fois qu’un établissement français réussit à se hisser dans le top 20 mondial, c’est donc une immense fierté pour nous. Mais cela ne doit pas pour autant être un objectif trop « obnubilant ». L’université Paris-Saclay ne se résume pas qu’à un classement, aussi important soit-il. Nous sommes davantage concentrés actuellement à maintenir un bon niveau de recherche sur l’ensemble de nos sites. Et ce, dans un cadre particulier, puisqu’au-delà de la crise actuelle qui affecte toute la société, l’université Paris-Saclay est une jeune université, créée officiellement le 1er janvier 2020, et qui rassemble en son sein 10 composantes universitaires, 4 grandes écoles, 2 universités membres associés plus un partenariat renforcé avec 6 organismes nationaux de recherche. Nous sommes donc encore dans une phase d’articulation et de développement du collectif et de l’université de manière générale.

AJ : Avez-vous des inquiétudes quant aux financements qui pourraient se raréfier à cause de la pandémie ?

S.R. : Oui, davantage que pour l’attractivité des recrutements dont nous parlions, même si cela peut être lié. Nous constatons notamment des baisses du versement, par les entreprises, de la taxe d’apprentissage, ou des dons des particuliers ou entreprises faites à la Fondation Paris-Saclay. En revanche, et c’est une bonne nouvelle, nous n’avons pas encore eu de désengagements de contrats de recherche avec des industriels et partenaires. Mais qu’en sera-t-il dans quelques semaines ou mois ? C’est un vrai sujet d’inquiétude.

AJ : Votre histoire est liée à celle de la pandémie puisque vous avez été élue à la présidence de l’université Paris-Saclay en mars 2020. Le développement et la structuration de l’université ont-ils été ralentis ?

S.R. : Rendez-vous compte, j’ai été élue le 2 mars 2020, mon équipe a été finalisée le 9 mars et nous avons été confinés une semaine plus tard. Ce furent donc des débuts rocambolesques et originaux pour nous. Il nous a fallu notamment, dans ce contexte particulier, réécrire les règlements intérieurs pour donner suite à la création de l’université. Mais aussi organiser par vote électronique les élections des représentants des personnels et usagers aux conseils des graduate schools et au conseil de l’école universitaire de premier cycle de l’université. Nous avons dû également travailler à l’articulation des services entre les différentes composantes de l’université, créer une culture commune, former les instances et les commissions qui composent évidemment l’université. Ce sont des tâches inhérentes à la création d’une telle structure, qui vont encore prendre quelques temps avec des problématiques telles que : qui est décideur, qui contacter, quel processus développer ? C’est un travail riche, enthousiasmant et complexe à la fois.

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