La Métropole du Grand Paris s’engage contre le changement climatique

Publié le 20/03/2018

Pièce maîtresse du dispositif de lutte contre le changement climatique, le projet de Plan Climat Air Énergie Métropolitain a été arrêté le 8 décembre 2017. Un schéma qui s’articulera avec les douze plans climat territoriaux de l’intercommunalité francilienne.

Avec l’entrée en vigueur officielle de ses compétences opérationnelles au 1er janvier 2018, la Métropole du Grand Paris continue de développer ses chantiers à une cadence effrénée. Outre le plan d’habitat et d’hébergement, le schéma de cohérence territoriale, le projet du Vélib’ Métropolitain ou l’opération Centre-ville vivants, l’intercommunalité présidée par Patrick Ollier est aussi en charge du Plan Climat Air Énergie Métropolitain (PCAEM). Le document stratégique est capital puisqu’il doit faire converger l’action des 131 communes et 12 territoires de la Métropole dans la lutte contre le changement climatique, tout en encourageant la transition énergétique des territoires. La démarche s’inscrit directement dans la continuité de l’Accord de Paris, signé en décembre 2015, à l’issue de la COP21, qui vise à limiter l’augmentation mondiale des températures sous la barre des 2° C. Pour le PCAEM, les objectifs sont en tout cas ambitieux : neutralité carbone à l’horizon 2050 avec la réduction de 80 % des émissions de gaz à effets de serre, amélioration de la qualité de l’air et accélération de la transition énergétique. D’autres mesures plus originales sont également présentes, comme le développement d’îlots de fraîcheur et un retour de l’élément aquatique en milieu urbain. L’adoption définitive est prévue pour le second semestre 2018, après quoi la Métropole devrait être pleinement opérationnelle pour prendre des mesures contre la pollution.

Pour les Petites Affiches Daniel Guiraud, vice-président de la Métropole du Grand Paris, délégué de la mise en œuvre de la stratégie environnementale et au développement des réseaux énergétiques, et maire des Lilas, revient sur toutes ces questions environnementales.

Les Petites Affiches

Quelle est l’importance du PCAEM au sein des multiples chantiers menés de front par la Métropole ?

Daniel Guiraud

Le Plan Climat Air Énergie Métropolitain est un document stratégique essentiel qui va servir de schéma global pour mettre en œuvre des mesures très concrètes. La loi nous a confié le soin de le réaliser dans un laps de temps très court. La Métropole n’est en effet âgée que de deux ans, et nous avions une première étape importante avec l’arrêt du projet avant la fin 2017, ce qui a été fait le 8 décembre dernier en conseil métropolitain. Le PCAEM est le tronc commun métropolitain des douze déclinaisons territoriales qui seront toutes dévoilées d’ici la fin de l’année. Notre rôle est d’assurer la convergence entre ces différents plans climat territoriaux et une grille d’analyse a d’ailleurs été élaborée afin de pouvoir passer au crible les projets. Celui de Paris, qui a été présenté par la ville en novembre dernier, a déjà été rendu et analysé. Il en reste onze autres mais certains sont très avancés, ceux de Plaine commune, Est-ensemble ou Grand Paris Seine Ouest par exemple.

LPA

Comment le PCAEM va-t-il s’articuler avec les plans climat territoriaux ?

D. G.

Cela va se faire naturellement puisque nos objectifs sont les mêmes et ont été définis par un ensemble de décisions : le schéma régional climat air énergie (SRCAE) qui a été acté par l’État et la région en 2012, les objectifs contenus par la loi Royal relative à la transition énergétique pour la croissance verte de 2015, la résolution de la COP21 et enfin les mesures Hulot tout récemment. À partir de cette base, les objectifs communs sont la neutralité carbone d’ici 2050, le recours aux énergies renouvelables en lieu et place des énergies fossiles et l’amélioration de la qualité de l’air pour atteindre un niveau satisfaisant. Ce qui nous intéresse, c’est le chemin à parcourir pour atteindre ces objectifs. Notre plan climat ne sera d’ailleurs pas figé et restera en constante évolution : nous avons choisi de procéder à une évaluation régulière des objectifs à l’aune des résultats afin de s’assurer que nous allons dans le bon sens. Il s’agit donc de l’affaire de tous : de la Métropole, de ses territoires, mais aussi des communes et de tous ses acteurs concernés par l’action environnementale. Je pense notamment aux ALEC (agences locales de l’énergie et du climat) qui seront la force de frappe locale pour atteindre les objectifs fixés.

LPA

Dans le détail, quelles sont les grandes lignes du projet qui a été arrêté le 8 décembre dernier ?

D. G.

Notre action a vocation à couvrir un champ général. Ce sera celui de la thermique des bâtiments par exemple, afin de réduire les déperditions de chaleur et optimiser la consommation énergétique des immeubles. Sur ce point le PCAEM n’est d’ailleurs pas détachable des travaux que nous allons effectuer avec le plan de l’habitat et de l’hébergement (PMHH), ou même du schéma de cohérence territoriale (SCoT). Il y a aussi le sujet de la circulation routière, source importante de pollution, pour lequel nous souhaitons multiplier les zones de circulation à basse émission. Nous sommes confrontés à un vrai défi climatique et sanitaire auquel nous souhaitons répondre par le biais d’une Métropole innovante, inclusive et résiliente. C’est comme cela que nous parviendrons à atteindre les objectifs : réduction de 80 % de l’émission des gaz à effets de serre, passage à un parc immobilier bâti 100 % bas-carbone et 60 % d’énergie renouvelable dans le mix énergétique.

LPA

Est-il possible de dépasser les enjeux partisans sur ces problématiques liées au changement climatique ? 

D. G.

Il n’est plus possible de faire autrement. Si vous regardez les chefs d’entreprises, ce n’est pas uniquement par philanthropie qu’ils s’intéressent à l’environnement, mais c’est parce qu’ils ont constaté que les consommateurs s’attachent désormais à lire les étiquettes et à savoir comment sont fabriqués les produits qu’ils achètent. C’est la même chose pour les hommes politiques, qu’ils soient convaincus ou non, ils doivent faire face à une opinion publique dont la conscience environnementale est croissante. Celles et ceux qui l’ignorent ne peuvent que connaitre des déconvenues. À mon échelle de maire, je mesure aussi l’évolution sur ces sujets. Prenons l’exemple des parents d’élèves dans les conseils d’écoles, la qualité environnementale des repas est devenue un sujet de préoccupation fort dans les commissions pour les cantines scolaires. C’est une exigence qui n’existait pas il y a une vingtaine d’années. La population a donc compris que l’enjeu était important, à la fois sur le plan sanitaire et climatique. En fin de compte, on retrouve plutôt une opinion consensuelle sur ces questions. Et même quand il y a des controverses, je prends l’exemple de la piétonnisation des voies sur berges à Paris, personne ne vient remettre en cause le fait qu’il y ait trop de voitures en zones denses dans nos villes. Ce sont les modalités d’application de cette mesure qui ont été questionnées plus que son principe même. Que ce soit sur l’économie circulaire ou la recherche d’alternative aux énergies fossiles, il me semble que tout le monde est aujourd’hui d’accord pour progresser. Je note d’ailleurs que le PCAEM a été adopté à l’unanimité, ce qui est assez rare pour être souligné.

LPA

De quelle manière comptez-vous intégrer la population métropolitaine à la préparation de ce plan Climat ?

D. G.

Jusqu’à maintenant, nous avions dû faire avec un agenda tellement serré pour aboutir à la préparation de ce plan que la concertation n’avait pas pu être véritablement intégrée. Le plan étant désormais arrêté, nous avons maintenant un peu de temps devant nous jusqu’à l’adoption définitive du PCAEM et nous allons l’utiliser pour mettre en place des réunions et un dialogue avec les partenaires concernés et la population. Cela sera à l’image des débats publics que l’on voit surgir à l’occasion de grands chantiers ou d’événements majeurs qui ont un impact sur le territoire.

LPA

On a parlé d’un mouvement de responsabilisation à l’échelle des grandes villes mondiales en réaction du climatoscepticisme du gouvernement américain. Est-ce la bonne échelle pour lutter contre le changement climatique ?

D. G.

La grande leçon de la COP21 de décembre 2015 et de l’Accord de Paris, c’est que la lutte contre le changement climatique concerne tout le monde. Tous les échelons doivent être articulés, que cela soit au niveau de l’ONU, des grandes entreprises, des grandes métropoles mondiales… mais aussi à l’échelle du quartier ou du village, les micro-actions permettront, elles aussi, d’arriver à faire progresser les choses. Le président américain est clairement à contre-courant de l’histoire et je remarque d’ailleurs que les climatosceptiques et experts autoproclamés sont de plus en plus rares à prendre la parole. Il devient compliqué de contester des études scientifiques qui respectent les règles et vont toutes dans le même sens. Celles menées par l’agence Santé publique France (NDLR anciennement nommé Institut de veille sanitaire) établissent par exemple que 6 600 morts prématurées par an sont imputables à la pollution atmosphérique sur la Métropole du Grand Paris. Pour Paris intra-muros c’est 2 500 morts, des chiffres de l’ordre de la canicule de 2003… Ces démonstrations sont irréfutables et peuvent difficilement être remises en cause à moins de raconter n’importe quoi.

LPA

Quelles sont les prochaines étapes ?

D. G.

Maintenant que le PCAEM a été arrêté, il va remonter à l’Autorité environnementale, puis être validé par l’État et la région avant de revenir à la Métropole. D’ici là, nous allons organiser des réunions de concertation entre les mois de mars et de décembre. Le plan climat sera ensuite définitivement acté, même s’il aura vocation à évoluer, comme je l’expliquais. Sur cette analyse des résultats obtenus, nos partenariats avec l’ADEME, AIRPARIF, l’IAU ou l’APUR se révèleront précieux pour évaluer la portée de nos actions. Par la suite, je pense qu’il sera très important de communiquer sur les résultats. En matière d’environnement il y a parfois une forme de scepticisme sur nos capacités à agir qui peut aboutir à une forme de résignation dans la population. Il faut casser cela en montrant que tout effort contraignant consenti est suivi de résultats et d’effets concrets. Et même si la trajectoire n’est pas bonne depuis la COP21 en matière d’objectifs de limitation de réchauffement climatique, il n’est pas trop tard et l’on peut y arriver. C’est ma conviction et celle de tous ceux qui travaillent sur la question.

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Référence : LPA 20 Mar. 2018, n° 134n3, p.4

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