Val-de-Marne (94)

À Fontenay-sous-Bois, la ville première actrice de la lutte pour les droits des femmes

Publié le 10/12/2021 - mis à jour le 10/12/2021 à 10H38
Droits des femmes
Mary Long/AdobeStock

Depuis de nombreuses années, la ville de Fontenay-sous-Bois (94) a multiplié les projets en faveur des droits des femmes. Dernière initiative en date : le recrutement d’une intervenante sociale spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences conjugales.

Dans le long calvaire que traversent les victimes de violences conjugales, le passage au commissariat ne rime pas systématiquement avec le bout du tunnel. Beaucoup de victimes ont du mal à passer la porte, parfois les officiers de police ne sont pas formés à recueillir avec empathie leur parole vacillante. Le dépôt de plainte est particulièrement difficile pour ces femmes victimes souvent d’emprise psychologique.

Depuis septembre, à Fontenay-sous-Bois, le parcours des victimes de violences conjugales va être facilité dès leur entrée au commissariat. La ville a recruté une intervenante sociale spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences conjugales. Elle prendra la suite de la mission de police-secours et de la prise de plainte en écoutant les victimes (des femmes en majorité, mais aussi des enfants) et en les accompagnant sur le temps long pour trouver à l’échelle de la ville des solutions d’hébergement ou de l’aide médico-sociale. Ancienne chargée de prévention des expulsions à la mairie, l’employée est déjà habituée à jongler entre les différents services sociaux et le commissariat. Ce type de poste existe déjà dans certaines municipalités de Seine-Saint-Denis, mais c’est une première dans le Val-de-Marne. C’est suite à une visite, il y a un an et demi, de Marlène Schiappa et du préfet, que l’idée d’un poste co-financé par la ville et l’État a pris racine dans l’esprit de l’édile.

« On a perdu 40 policiers en 20 ans, donc ce poste est particulièrement important pour nous comme pour la nouvelle commissaire de police, qui vient d’arriver de Seine-Saint-Denis et qui connaît ces situations », souligne Jean-Philippe Gautrais, maire de la ville de 52 000 habitants qui regrette que sa commune ait été le théâtre de féminicides ces dernières années, comme l’assassinat en 2017 de Nour, 27 ans, tuée par son mari devant son fils de 8 ans, celui d’Élisabeth en 2016 et de Tanya en 2010.

Un nouveau dispositif qui vient enrichir un véritable arsenal

Jean-Philippe Gautrais est maire affilié PCF de Fontenay-sous-Bois depuis 2016 mais Fontenaysien depuis toujours. Il a grandi dans une ville où – comme partout en France – l’immense majorité des rues portent le nom d’hommes plus ou moins célèbres. Désormais, la mairie ne baptisera ses squares, ruelles ou autres bâtiments publics qu’au féminin, à commencer par Gisèle Halimi, Simone Veil et Agnès Varda. Féministes de conviction, l’homme et son équipe municipale sont fiers de ce nouveau dispositif qui vient enrichir un véritable arsenal visant à accompagner les femmes victimes de violences, mais aussi à réduire les inégalités.

Ce n’est que la dernière initiative en date. Historiquement, la ville se positionne comme pionnière dans la prise en charge des questions féministes. C’est la première cité à s’être dotée d’une délégation d’élus aux droits des femmes, qui s’est ensuite muée en poste d’adjointe aux droits des femmes et à l’égalité doublé d’une chargée de mission. La ville est signataire depuis 2010 de la Charte européenne pour l’égalité entre les femmes et les hommes dans la vie locale. Cette charte invite les collectivités territoriales à utiliser leurs pouvoirs et leurs partenariats en faveur de l’égalité femmes-hommes sur leur territoire et à intégrer l’égalité femmes-hommes dans les politiques publiques au plus près des citoyens. Encore mieux : elle a mis en place en 2020 un Observatoire municipal des violences faites aux femmes et ouvert un partenariat avec l’association HOME, qui propose un hébergement d’urgence pour les femmes seules et avec enfants.

Elle a également déployé de petites initiatives qui ont pu compter – surtout pendant les confinements – comme la mise en place dans les boulangeries de la commune du violento-mètre, un outil inventé par le Centre Hubertine Auclert qui sert à savoir si la relation que l’on vit est bien basée sur le consentement et est dénuée de violences morales, psychologiques ou physiques. « Nous multiplions les formations en interne pour nos équipes municipales (animateurs, service jeunesse) avec des exercices pédagogiques non genrés et sommes l’une des premières collectivités à avoir mis en place l’écriture inclusive dans nos moyens de communication. Nous avons à cœur d’affirmer notre reconnaissance politique du sujet et cela implique de mettre des moyens dans les politiques publiques que l’on mène », souligne Jean-Philippe Gautrais.

Une maison des femmes, objectif de fin de mandat

S’il est trop tôt pour dresser un bilan de la présence de la nouvelle intervenante sociale au sein du commissariat, le maire en est sûr : c’est en multipliant les cordes qu’on ne laisse pas de trou dans la raquette. Son prochain objectif est de doter sa commune d’une Maison des femmes, comme il en existe à Montreuil, Saint-Denis ou Nanterre.

« Il existe différents types de Maisons des femmes, nous ne savons pas encore quel modèle nous choisirons, cela pourrait se coupler avec nos centres de santé ou faire partie de notre réseau déjà bien fourni d’acteurs du médico-social… la municipalité n’est fermée à rien », décrit le maire plein d’optimisme. La ville étant très dynamique et bénéficiant de nombreux investissements, et forte d’une volonté politique qui s’est construite au fil des municipalités, nous n’avons pas de doute que cette nouvelle maison des femmes ouvrira ses portes avant la fin du mandat. « Nous devons changer de culture et c’est par ces décisions politiques que nous y parviendrons », juge Jean-Philippe Gautrais.

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