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Bpifrance IDF : « En 10 ans, nous sommes passés de financeur de la croissance à agent de la transformation des entreprises » !

Publié le 02/06/2022 - mis à jour le 02/06/2022 à 10H29

La banque publique d’investissement faisait partie du projet présidentiel de François Hollande en 2012. Une promesse mise en place dès le début de son mandat. Bpifrance va célébrer ses 10 ans d’existence. Dix années durant lesquelles, elle n’a cessé d’évoluer en prenant en compte les besoins des entreprises et en proposant aujourd’hui une offre globale d’accompagnement. En 2021, au niveau de l’Île-de-France, 11 954 entreprises ont été financées pour un montant de 7,6 Mds€. Une donnée record : l’augmentation de 45 % du financement de l’innovation par les entreprises franciliennes. Un bilan décrypté par Éric Versey, directeur du réseau Île-de-France de Bpifrance.

Actu-Juridique : Quel bilan faites-vous de l’activité de Bpifrance en Île-de-France sur l’année 2021 ?

Éric Versey : L’année 2021 a été particulièrement intense et dynamique, très différente de l’année précédente. En 2020, nous étions dans une phase de soutien contracyclique de l’économie avec la mise en place du prêt garanti par l’État (PGE), des dispositifs d’aide et des mesures successives du plan de relance. Nous faisions face à une demande extraordinaire. En 2021, nous pensions que ce serait l’année de la fin de la crise. Finalement, en début d’année, nous étions dans la poursuite des dispositifs d’aide et de relance. Puis au fur et à mesure que les mois passaient, nous avons basculé dans la reprise économique. Les chefs d’entreprise se sont reprojetés vers les investissements, l’innovation, l’international et la croissance. Avec les équipes de Bpifrance, nous avons été proactifs pour accompagner cette relance.

Actu-Juridique : Comment s’est traduite la phase de relance économique dans votre activité ?

Éric Versey : Nous avons mis en place différents plans d’action. D’abord, il y a eu le plan Touch qui était orienté vers les entreprises de l’industrie créative. En Île-de-France, ce domaine est assez conséquent. Nous avions des produits dédiés, qui ont été packagés, pour permettre de financer les besoins en fonds de roulement (BFR) des entreprises qui repartaient. Le plan Tourisme, utilisé en pleine crise, a été réarmé grâce à la Caisse des dépôts pour pouvoir accompagner les projets d’hôtellerie, de restauration et touristiques de manière générale. Puis le plan Industrie a permis de répondre à des besoins de financement sur des durées longues. Entre septembre et décembre 2021, la reprise a été extrêmement forte.

Ces différents programmes sont composés de produits financiers et de plans d’action dédiés. Pour mes équipes, le quotidien était de faire du mailing, de la prospection, d’appeler les clients pour connaître leurs besoins. Nous avons travaillé en interaction avec nos partenaires notamment les banquiers. Nous leur avons expliqué la manière dont nous pouvions soutenir leurs clients. C’était le cas aussi avec l’ensemble des réseaux en Île-de-France comme la CPME, le Medef, la région Île-de-France ou les Chambres de commerce et d’industrie. L’objectif en 2021 était de sortir de la crise, d’avoir une vision positive de l’évolution économique et de déployer au maximum l’ensemble de notre gamme de produits.

Actu-Juridique : Concrètement, quelles sont les principales données chiffrées de l’année 2021 pour l’activité de Bpifrance en Île-de-France ?

Éric Versey : Globalement, nous avons accompagné près de 12 000 entreprises franciliennes, à hauteur de 7,6 Mds€. Si on fait abstraction de 2020, c’est un record ! Dans les détails, nous avons notamment financé plus de 2,7 Mds€ de crédit. Nous intervenons en financeur ou en cofinanceur avec plusieurs produits comme le prêt sans garantie, le prêt vert, le prêt Touch dédié aux industries créatives ou encore le prêt croissance.

Ensuite, il y a la question de l’innovation. C’est un sujet important en Île-de-France. Nous avons des bassins d’innovation stratégiques comme le territoire de Paris-Saclay. Puis la French Tech francilienne est très dynamique. L’année 2021 a été extraordinaire. Plus de 2 200 entreprises ont été accompagnées sur des sujets d’innovation pour 1,4 Md€. Un chiffre multiplié par trois par rapport aux 10 dernières années depuis la création de Bpifrance ! Nous avons aussi l’activité d’investissement avec l’entrée au capital des entreprises, qui a été remarquable. À travers l’ensemble de nos fonds, nous avons déployé plus de 4 Mds€ dans les sociétés franciliennes.

Enfin, nous poursuivons notre travail d’accompagnement pour conseiller, coacher ou former les dirigeants d’entreprise sur de nombreux sujets comme la stratégie industrielle, la recherche de marchés à l’international, la gouvernance ou encore la transmission.

Actu-Juridique : Comment expliquez-vous l’année record concernant l’innovation ?

Éric Versey : Le plan de relance a participé à cette augmentation de l’accompagnement de l’innovation. Il y a aussi eu l’effet du confinement en 2020. Nous avons constaté le phénomène suivant. De nombreuses entreprises ont fermé leur porte durant cette période. Elles ont cessé une partie de leur activité. Elles ont profité de ce temps-là pour se remettre en cause, réfléchir à des sujets dont elles n’avaient pas forcément le temps de se préoccuper. Ce sont les questions suivantes : comment peut-on réinventer le monde de demain ? Quelles sont les valeurs défendues par mon entreprise ? Quelle est sa raison d’être et quel sens je donne à mes actions ?

Finalement en 2021, il y a eu une émergence de projets d’innovation encore plus forte et dynamique que d’habitude. Puis, c’est aussi le fruit de dix années de montée en puissance de la French Tech. Nous avons contribué à l’accompagnement du dynamisme de la tech. Enfin, les appels à projet et les moyens mis en place par l’État ont permis un boost de l’innovation. Cette crise a aussi fait réfléchir sur la souveraineté industrielle, sur la dépendance de l’énergie, sur l’approvisionnement alimentaire ou textile. La question du patriotisme économique a émergé. Des entreprises se sont lancées dans des projets de relocalisation et réindustrialisation des outils en France.

Actu-Juridique : Bpifrance va fêter ses 10 ans d’existence en 2022. Comment pouvez-vous qualifier votre évolution, depuis votre création ?

Éric Versey : Quand Bpifrance a été créée, le mot d’ordre était d’informer l’écosystème économique et les entreprises de notre offre. Nous nous sommes appuyés sur nos 3 moteurs pour accompagner la croissance de notre pays : l’innovation, le financement et l’export. À partir de ces 3 éléments, nous avons construit notre offre, notre réseau et notre dynamique. Tout cela avec une seule philosophie : accompagner la croissance de nos entreprises. C’est le début de l’aventure.

En 10 ans, nous avons changé d’échelle. Nous avons « scalé » c’est-à-dire ce que nous demandons de faire à nos clients. Nous avons innové. Nous nous sommes enrichis de nouvelles activités. Il y a 4 ans, nous avons intégré les activités de gestion des garanties publiques à l’export de la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface). Nous avons donc intégré la brique internationale qui nous manquait pour être pertinent sur le sujet de l’export. Il y a 5 ans maintenant, nous avons créé le métier de l’accompagnement des dirigeants d’entreprise au sein de Bpifrance. Amener de l’argent c’est bien, mais apporter du capital humain, du conseil et de la formation c’est encore mieux. C’est une transformation majeure de Bpifrance jusqu’à dans notre manière de travailler et d’aller voir les chefs d’entreprise aujourd’hui. L’accompagnement est monté en puissance, connaît un succès en pleine expansion, depuis maintenant 3 ans. Le couple accompagnement/conseil et produits de financement est vraiment complémentaire. Vous allez voir une entreprise. Vous l’aidez à réfléchir à son projet. Vous lui proposez des formations, des diagnostics ou vous lui faites intégrer un Accélérateur afin de la projeter encore plus dans la performance. Avec en plus les produits de financement, c’est une panoplie complète.

Actu-Juridique : Au-delà de votre évolution organisationnelle, il doit y avoir aussi une adaptation aux changements de l’économie ?

Éric Versey : Effectivement, nous avons par exemple un Plan Climat, en commun avec la Banque des Territoires. C’est une grande priorité. La réglementation évolue énormément. Aujourd’hui, nous sommes mobilisés sur ce sujet auprès des entreprises pour les aider à se transformer, trouver les solutions et les financer. Le climat est transversal et touche tous les pans de l’activité économique. Nous avons aussi le sujet de la réindustrialisation ou encore l’accompagnement des innovations de rupture, dites aussi deeptech.

Tous ces sujets mis bout à bout sont assez liés en réalité. De nombreuses entreprises deeptech adressent par exemple l’enjeu de la décarbonation de l’industrie, et sont porteuses de solutions industrielles en ce sens. Il faut accompagner la deeptech la sortie de ces démonstrateurs et usines, pour « verdir » l’économie. Tout est lié à la décarbonation. Chez Bpifrance, nous sommes convaincus que la croissance n’est pas antinomique avec le climat. Il y a 10 ans, nous étions financeurs de la croissance. Aujourd’hui, nous sommes des agents qui accompagnent la transformation des entreprises.

Actu-Juridique : Si nous faisons un focus sur Paris-Saclay, de quelle manière accompagnez-vous le dynamisme de ce territoire d’innovation ?

Éric Versey : C’est un véritable foyer d’innovations. De nombreuses entreprises clientes sont installées sur ce territoire. Paris-Saclay grandit au fur et à mesure des années. Il s’est construit autour de l’université avec une vraie consonance deeptech. Tout un environnement s’est bâti autour de ce territoire et nous y portons une attention extrêmement particulière. Nous souhaiterions dupliquer ce type d’écosystème ailleurs en Île-de-France comme en Seine-Saint-Denis, Paris intra-muros autour de la French Tech de la santé ou encore dans l’est francilien autour de plusieurs incubateurs. C’est un travail que nous faisons en allant à la rencontre des universités, des chercheurs pour transformer leurs recherches, les expertises en innovations de rupture et en projet entrepreneurial. C’est tout l’enjeu du Plan deeptech que nous menons maintenant depuis 3 ans. Paris-Saclay est un bel exemple à ce niveau-là.

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