Paris (75)

CCI Paris Île-de-France : Dominique Restino, un nouveau capitaine face aux crises

Publié le 02/09/2022 - mis à jour le 02/09/2022 à 10H08

Après 5 années passées à la tête de la chambre parisienne, Dominique Restino a été élu en décembre dernier président de la Chambre de commerce et d’industrie Paris Île-de-France. Malgré l’accumulation des tensions dans le domaine économique, Dominique Restino demeure confiant pour l’avenir et son mandat. « Avec toutes les équipes des CCI franciliennes nous observons tous les jours, à travers nos missions d’accompagnement, la capacité de résistance des acteurs économiques », note-t-il.

Actu-juridique : Votre début de mandat a été marqué par le déclenchement de la guerre en Ukraine et la hausse de l’inflation. Après deux années sous le sceau du Covid, restez-vous optimiste ?

Dominique Restino : En tant qu’entrepreneur je ne peux qu’être optimiste, c’est dans ma nature. Aussi, cela ne vous aura pas échappé, j’étais auparavant, 5 ans durant, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Autant dire que nous nous sommes malheureusement habitués aux crises. Attentats, gilets jaunes, Covid et maintenant guerre en Ukraine et ses conséquences sur le pouvoir d’achat. Or, que constatons-nous ? Et bien que le tissu économique de la région est robuste. Les entreprises, entrepreneurs et leurs salariés savent s’adapter, rebondir, se former, rénover, changer. C’est aussi cela qui nous permet d’être positifs. Avec toutes les équipes des CCI franciliennes nous observons tous les jours, à travers nos missions d’accompagnement, la capacité de résistance des acteurs économiques. La région Île-de-France reste de loin la plus importante de France pour la création de richesse (31 % du PIB national). Elle est aussi le premier hub économique d’Europe.

AJ : Comment résumeriez-vous la situation économique de la région ?

Dominique Restino : L’activité repart, et ce malgré les problématiques bien réelles que nous venons d’évoquer. Les touristes sont de retour. Alors pas les Asiatiques bien sûr, mais les Européens c’est clair et les Américains aussi. C’est évidemment une bonne chance pour les professionnels de l’hôtellerie et de la restauration et un mieux par rapport à ces deux dernières saisons estivales. Plus globalement la croissance reste soutenue, tout comme la demande.

Enfin, nos données nous montrent aussi que l’activité des congrès et salons repart ce qui est un bon signe pour les affaires. Pour rappel, nous disposons de plus 700 000 m² d’espaces couverts, ce qui fait de la région l’une des places fortes mondiale en la matière. Hors Covid nous détenons 11 sites dédiés à la tenue des salons et des congrès et nous accueillons plus de 700 évènements et 11 millions de touristes.

AJ : Beaucoup de professionnels s’alarment, depuis plusieurs mois, d’un manque de main-d’œuvre, notamment dans la restauration. Remarquez-vous aussi ce fait à travers une baisse des inscriptions dans vos écoles ?

Dominique Restino : En aucune manière. Nous formons chaque année 39 000 personnes, dont 16 000 apprentis et proposons 500 formations. Je peux vous assurer que les inscriptions ne baissent pas et pour la très bonne raison que nous offrons des formations d’excellence. Que ce soit l’école Ferrandi pour la gastronomie-hôtellerie, ou les Gobelins pour la création-image, les étudiants sont demandeurs d’excellence. Les professionnels qui embauchent ensuite nos jeunes aussi. Ce sont là des marques mondiales qui ne rencontrent pas de problèmes d’inscriptions, bien au contraire. Aussi, nous prêtons attention à répondre au maximum aux besoins du marché. C’est pour cela que nous avons créé en 2020, l’ESIEE-IT, l’école de l’expertise numérique. La demande est forte dans ce secteur.

AJ : Comment expliquez-vous la difficulté rencontrée par certains employeurs à pourvoir des postes vacants ?

Dominique Restino : Je crois que nous découvrons parfois à nos dépens que le temps de la formation n’est pas nécessairement celui de la réalité économique immédiate. Pour former comme il se doit un futur collaborateur, il faut du temps.

Je pense aussi, si l’on s’intéresse précisément au domaine de la restauration, que la crise sanitaire a eu pour conséquence de bouleverser certaines certitudes. Nombre de collaborateurs ont exprimé leur volonté de se réorienter, de changer de vie ou d’activité. Le marché est encore en phase d’adaptation mais je ne doute pas qu’à terme les besoins seront couverts. Enfin, n’oublions pas qu’un manque de main-d’œuvre aussi pénalisant qu’il soit, est le signe d’une activité économique vigoureuse. C’est donc un marqueur ambivalent, pas uniquement négatif.

AJ : Votre mandat sera déterminé aussi par la tenue des Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) de 2024. Quel est votre plan de bataille pour qu’un tel événement profite à tous les acteurs économiques de la région ?

Dominique Restino : Nous sommes évidemment tous focalisés sur les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris mais n’oublions pas non plus que la France organisera, en septembre 2023, la Coupe du monde de Rugby avec de nombreux matchs programmés au Stade de France.

Pour répondre à votre question, la CCI Paris Île-de-France est évidemment déjà au travail pour faire de ce potentiel de développement économique une chance pour tous les territoires. Toutes les entreprises, les petites comme les grandes, doivent pouvoir bénéficier de cette aubaine planétaire. Le monde entier aura les yeux rivés sur Paris et sa région. C’est une chance unique que nous ne connaîtrons plus jamais, en tout cas de notre vivant probablement.

Notre rôle à la CCI est d’épauler les TPE/PME pour qu’elles puissent profiter des marchés qui vont être ouverts dans le cadre de l’événement. Par exemple, nous travaillons avec les acteurs institutionnels du tourisme que sont le Comité régional du tourisme, Atout France ou ADN Tourisme, pour que l’ensemble de la filière se prépare et bénéficie au maximum des retombées économiques des JOP. Nous travaillons à ce propos sur le développement numérique, la transformation environnementale ou encore la responsabilité sociétale des entreprises.

AJ : Au-delà de cet enjeu crucial des JOP quels seront les marqueurs de vos mandats ? Quelle sera la « patte » Dominique Restino ?

Dominique Restino : D’abord, j’aimerais poursuivre la transformation de notre maison dans sa mission d’accompagnement de toutes les entreprises du territoire. Nous avons été un relais essentiel entre les autorités et les acteurs économiques pendant la pandémie. Ce fut pour nous comme un moment de vérité. Je veux que ce moment de vérité soit celui de notre quotidien. Ce qui est fondamental ce sont les territoires. Il nous faut travailler au plus près de ceux qui font ces territoires : les commerçants, artisans, PME, TPE, et PMI.

Non sans lien, je veillerai aussi, avec toute l’équipe de la CCI Paris Île-de-France, à aider les entreprises à faire face à toutes les mutations sociétales. Je pense bien sûr au numérique qui est déjà bien lancé, mais aussi à l’environnemental. La CCI PARIS IDF a un rôle fondamental à jouer dans l’accompagnement des entreprises pour réussir à atteindre l’objectif de 10 % de réduction de la consommation énergétique d’ici 2024 fixé par le gouvernement. Tout cela nécessite bien sûr une formation adéquate de nos apprentis et étudiants. Nous avons du travail, c’est une excellente nouvelle !

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