Seine-Saint-Denis (93)

Concours Go In en Seine-Saint-Denis : une troisième édition sous le signe d’un appel au changement

Publié le 07/09/2020 - mis à jour le 08/09/2020 à 9H57

La troisième édition du concours Go In vise à transformer des idées en actions positives sur le territoire de la Seine-Saint-Denis. Entrepreneurs, candidats issus du monde associatif, artistique ou gastronomique, toutes les bonnes idées sont soigneusement étudiées avant de bénéficier d’un mentorat. Hasard du calendrier ? La thématique 2020, post-covid, porte sur les moyens de changer le monde. Agriculture et alimentation durable, réemploi, végétalisation urbaine, les porteurs de projets ont été invités à postuler jusqu’au 31 août dernier. Axelle Poulaillon, directrice du marketing territorial et du mécénat, responsable de la marque de territoire IN Seine-Saint-Denis du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, et d’anciens lauréats du prix, ont accepté de partager leurs expériences.

Les Petites Affiches : Comment est née l’idée du concours Go In ?

Axelle Poulaillon : Il y a environ quatre ans, le Conseil départemental a eu l’idée de créer une marque de territoire en Seine-Saint-Denis. Habituellement, ce concept s’applique à des départements qui développent une action touristique spécifique ou une activité économique en berne, comme les Ardennes, afin de redynamiser un tissu. Cela peut être très efficace comme à Lyon, où est née la marque OnlyLyon, qui a même absorbé la CCI.

Dans le 93, nous n’avons pas forcément les mêmes moyens. Au départ, la marque a plutôt été pensée comme une identité, une ode dédiée à ceux qui faisaient vibrer le territoire, que ce soit dans un cadre associatif, ou plus classique d’ESS (économie sociale et solidaire), au sein de grands groupes, dans le secteur du théâtre ou parmi des indépendants. En somme, cette marque de territoire se base sur tous ceux qui reconnaissent que leur source créative vient de leur territoire malgré une conscience des difficultés inhérentes à la Seine-Saint-Denis, à ceux qui s’intéressent et connaissent les enjeux et les réponses que l’on peut y apporter. Aujourd’hui, nous avons un réseau de 950 membres, nos « ambassadeurs », qui mélangent des univers très divers. Nous ne cherchons pas du tout à nous substituer à des réseaux entrepreneuriaux du 93, mais nous fonctionnons en dynamique avec eux.

LPA : Justement, comment se passe le « recrutement » de vos ambassadeurs ?

A.P. : Cela se passe beaucoup par le bouche-à-oreille. Nous sommes partis d’un petit groupe d’une trentaine de personnes, emblématiques de notre territoire, mais pas forcément des incarnations connues. Petit à petit, nous avons réfléchi à des actions, afin de valoriser ceux qui font bouger les choses. Ce qui nous intéresse, ce sont les personnes, pas les structures. Désormais, notre petit groupe a essaimé et est devenu assez identifiable. Nous continuons néanmoins de réaliser un travail de veille, afin de repérer de nous-mêmes de jolis projets.  Notre idée est que l’engagement et le co-portage des projets sont indispensables. Si les projets sont porteurs, c’est qu’ils sont nourris, et cela ne peut se faire que si ces ambassadeurs peuvent se connaître, échanger, afin de nourrir leur projet. Je suis persuadée que pour être pertinent, il faut comprendre et connaître son écosystème.

LPA : Comment se traduit votre intérêt pour l’économie locale ?

A.P. : Dans ce contexte, nous avons souhaité, par notre marque de territoire, ne pas rester seulement une vitrine, même si nous relayons beaucoup sur les réseaux sociaux et par nos newsletters, mais aussi créer des actions, comme des concours. C’est une forme à laquelle nous croyons, qu’elle concerne la valorisation de la production ou encore le Made in Seine-Saint-Denis. Par exemple, nous valorisons la production agricole urbaine, artistique ou l’économie sociale et solidaire à l’instar d’entreprises locales comme Lemon Tri (start-up d’éco-industrie qui recycle canettes, cartons ou bouteilles en plastique), Baluchon (qui promeut la réinsertion par la cuisine) ou encore Ici Montreuil (une manufacture collective). Désormais, on vient les chercher et ces start-up sont en train d’essaimer des projets dans toute la France.

LPA : Et le concours Go In ?

A.P. : Le concours Go In vise à faire émerger des talents. Au démarrage, nous avions lancé une petite enveloppe, avec un comité de marque qui analysait les dossiers. Mais nous voulions absolument éviter que ce soient toujours les mêmes porteurs de projets qui postulent, ceux qui avaient déjà accès aux informations, à une certaine culture… Nous voulions aider à ce qu’une idée devienne un projet, que les candidats puissent répondre, se présenter ou présenter un business plan, quel que soit leur milieu ou background. Au même moment, Moussa Kébé, jeune entrepreneur de Seine-Saint-Denis, souvent sollicité pour être jury pour des concours d’entrepreneuriat dans des écoles de commerce, nous a suggéré : « Pourquoi réserver ce concours au monde de l’entrepreneuriat et ne pas ouvrir à des associations ou des créatifs » ? Nous étions bien d’accord avec lui ! Ainsi est né le concours Go In, qui permet l’émergence des idées, que ce soit une nouvelle idée au sein d’une entreprise, une association, de jeunes entrepreneurs… Seule condition : être au moins deux, car pour nous, 1 + 1 = 3. Le collectif, on y croit. Les idées nous parviennent sous toutes les formes possibles : vidéos, poèmes, dossiers classiques, slam… Nous recevons des choses incroyables. Et nous assurons également une permanence, afin de laisser aux candidats l’occasion de nous raconter leur idée, car l’oral peut être agréable aussi.

Lætitia Ngoto : Dans le cadre d’un master en management de la mode, j’ai dû créer une entreprise fictive. C’est là, en 2015, que j’ai commencé à développer mon concept de mise en valeur des cultures africaines et urbaines, que j’ai appelé Art’Press Yourself. Mais en 2019, lorsque j’ai postulé à Go In, je sentais que le projet s’essoufflait et qu’il avait besoin d’un renouveau et d’une restructuration. Tout s’est passé très vite, puisque nous avons postulé puis nous avons appris le lendemain que Art’Press Yourself était sélectionné. Après avoir défendu mon projet à l’oral, j’ai appris que j’allais pouvoir bénéficier d’un accompagnement de quatre mois du Medialab93.

LPA : Est-ce que casser les codes de candidature a permis de toucher d’autres publics ?

A.P. : Oui ! Nous avons cartographié les choses et il s’avère que les porteurs de projets qui postulaient à Go In venaient de villes qui ne répondaient traditionnellement pas à des appels à projets classiques. Comme le Conseil départemental ne peut plus apporter d’aide directe aux entreprises, ce concours permet de bénéficier d’un mentorat et d’échanger entre entrepreneurs.

LPA : Concrètement, que permet l’accompagnement dont bénéficient les porteurs de projet ?

L.N. : Du côté de Art’Press Yourself, nous avons pu bénéficier d’une présence dans un espace de coworking, au sein du Medialab93, en dehors du fait d’appartenir à une équipe incubée. J’ai découvert de nombreux aspects de l’entrepreneuriat, comme le fait que lever des fonds était un véritable métier ou qu’un jour ou l’autre, il faut se doter de personnes en charge de la recherche de nouveaux fonds ou des relations médias pour faire connaître le projet en question, sans oublier les portes qui nous ont été ouvertes au sein des institutions locales.

Guillaume Benoist : Être lauréat de ce prix nous a permis de rencontrer des personnes au courant des aspects financiers ou juridiques, ce qui ne relevait pas du tout de nos compétences, puisque nous étions étudiants en biologie. Par ailleurs, nous avons pu étendre le projet Uni-Vert-Cité (projet écologique mené sur le campus étudiant de Bobigny) à d’autres établissements de Seine-Saint-Denis, collèges, lycées… Une maternelle s’est même montrée intéressée à l’idée d’installer des nichoirs ou des hôtels à insectes. L’accompagnement dont nous avons bénéficié nous a permis de faire mûrir notre projet, notamment en prenant contact, par le biais de notre mentor MC93, avec d’autres associations pour échanger des idées.

LPA : Quid de cette 3e édition, consacrée à la thématique « changer le monde » ? Comment le confinement a-t-il joué sur vos projets ?

A.P. : Notre sélection doit départager entre 16 et 20 dossiers, qui viennent pitcher devant un jury d’environ 16 à 20 représentants, venant de fondations, d’entreprises ou d’artistes… Nous pensons qu’il est intéressant qu’il ne s’agisse pas que d’entrepreneurs qui jugent d’autres entrepreneurs, mais au contraire de favoriser la perméabilité des univers. La spécificité de ce concours, c’est qu’il n’y a ni gagnant, ni perdant. Bien sûr, il y aura une « promotion » de 8 ou 10 projets qui seront particulièrement suivis, mais si une fondation s’intéresse à un autre projet pour assurer son mentorat, rien ne l’en empêche. Les résultats seront donnés à la mi-octobre.

Les porteurs de projets sont très sérieux quand ils déposent leur dossier. Le jour où ils viennent pitcher, c’est un moment fort et très attachant. Les enjeux sont importants. Ce qui montre à quel point leur motivation première n’est pas l’argent mais l’accompagnement, ces deux points étant complémentaires.

L.N. : Pendant le confinement, nous avons lancé les Happy Creative Live, des workshops créatifs d’artistes qui racontent leurs parcours. C’est un concept de base que l’on peut décliner de façon intelligente.

LPA : Le dynamisme du 93, est-ce un cliché ou une réalité ?

A.P. : C’est vrai, à n’en pas douter ! Les chiffres sont là. Mais la vraie spécificité de ce territoire vient peut-être de la connaissance des porteurs de projets de leur écosystème. On voit clairement les limites du hors sol, surtout dans ce contexte post-crise, où le circuit court a été promu. En Seine-Saint-Denis, ces enjeux, on les avait déjà identifiés.

L.N. : Ma sœur et moi avons travaillé ensemble sur notre projet Art’Press Yourself. C’est elle qui habite le 93. Avant de participer au concours Go In, nous organisions des événements à Paris intra muros. Mais quand nous avons été incubées, cela nous a ouvert les portes de la Seine-Saint-Denis. Puis nous avons par exemple découvert Pantin et les Dock B (bar culturel), où nous avons organisé un événement afro-latino. Nos followers, habitués de Paris, nous ont pourtant suivies. Je crois que nous avons contribué à faire changer l’image de la banlieue parisienne auprès de nos followers.

G.B. : La majeure partie des étudiants de mon campus est issue de Seine-Saint-Denis et donc pas forcément familière des jardins. Or nous avons remarqué qu’avec notre projet, la majorité d’entre eux étaient très enthousiastes à l’idée d’installer un potager ou des outils pour construire des nichoirs. Tout le monde se rend compte que reverdir notre université, c’est un énorme plus. Les étudiants font preuve d’une énorme curiosité concernant la mare pédagogique ou encore le projet apicole (ils nous demandaient des informations sur le miel, à quel moment le goûter…). J’ai ressenti de la fierté de voir que les étudiants de notre campus se bougeaient.

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Référence : LPA 07 Sep. 2020, n° 155x9, p.7

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