Paris (75)

Francis Bussière, nouveau président de la CMA Île-de-France

Publié le 05/01/2022 - mis à jour le 05/01/2022 à 10H35

Le président de la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) Île-de-France a été élu lors de l’assemblée générale du 15 novembre 2021. Les élus de région ont choisi Francis Bussière, 64 ans, artisan maçon installé à Paris. Il succède à Élisabeth Détry. La CMA Île-de-France réunit les CMA franciliennes et forme 9 000 jeunes à 80 métiers dans ses centres de formation d’apprentis (CFA).

Actu-Juridique : Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours professionnel ?

Francis Bussière : J’ai effectué une école de commerce, puis le Conservatoire national des arts et métiers et diverses autres formations… Je suis entré dans le secteur bancaire en 1981 après un service militaire dans la Marine. J’ai ensuite intégré un parcours au sein de la BRED (banque populaire) et du CCF (actuellement HSBC). J’ai dirigé des agences, des centres d’affaires et j’ai aussi été chargé de portefeuilles de grandes entreprises. J’ai également réalisé de la gestion de fortune pendant 2-3 ans. Mais je ne m’épanouissais pas assez. J’ai choisi l’entrepreneuriat en intégrant le secteur du bâtiment, d’abord en négoce de carrelage, puis en posant le carrelage avec les Compagnons. Peu à peu j’ai fait de la plomberie, de la maçonnerie… jusqu’à ouvrir une entreprise tous corps d’état. Aujourd’hui je me présente comme maçon parce que cela va dans mon intérêt professionnel, même si mon entreprise propose beaucoup plus que ça.

AJ : À quand remonte votre engagement auprès de la CMA ?

F.B. : Je suis membre de la Chambre en tant qu’élu départemental de Paris depuis une dizaine d’années. J’avais sollicité mon organisation professionnelle, la Fédération française du bâtiment (FFB) pour représenter le bâtiment dans une liste commune. À un moment, je dirais qu’on m’a proposé un engagement plus fort. Ça m’a intéressé. À l’occasion des dernières élections, j’ai relu le Code de l’artisanat, un code que j’engage tous les artisans à lire ou relire, écrit en 1925, qui gère toute la branche de l’artisanat. Il permet d’avoir un cadre. En pleine crise sanitaire, c’est le titre VII qui m’a attiré : la création d’une caisse de secours pour les artisans privés d’emploi. Parce que je me suis aperçu, durant cette crise, qu’il y avait des mailles du filet parfois un peu larges pour certains artisans malgré les aides de l’État, des collectivités locales, régionales, et de toutes les organisations qui se sont mobilisées. Ce sont certes des cas particuliers mais je me suis demandé s’il n’y avait pas quelque chose à faire. C’est ce qui m’a motivé à me lancer dans ces élections.

AJ : Comment envisagez-vous ce mandat ?

F.B. : Cette élection représente la reconnaissance des artisans de l’Île-de-France qui ont choisi de me confier cette responsabilité. C’est un vrai engagement personnel avant tout, presque éthique. Je suis conscient que ce n’est pas ma personne qui importe mais le travail, avec l’ensemble des élus régionaux et des électeurs, pour qu’on puisse apporter le changement dans ces belles chambres qui traversent une période de mutation importante.

AJ : Quelle est cette mutation importante ?

F.B. : Une grosse réforme va se mettre en place en 2023 sur le répertoire des métiers. Cela va bouleverser nos organisations. L’étage affecté à nos organisations va être transféré pour partie à l’Institut national de la propriété industrielle (INPI). Nous aurons des nouveaux métiers à réapprendre pour les salariés de nos chambres. Mais nous devons aussi faire face à des mutations économiques, sociétales, à la numérisation, à la transition écologique, aux difficultés de recrutement et à la tension du marché de l’emploi… Tout cela fait que nos entreprises artisanales ne sont plus les mêmes et qu’elles n’évoluent plus dans le même environnement. Il faut donc que nos chambres soient en proximité des artisans, pour les écouter, et les accompagner dans ces mutations profondes. C’est notre mission de service public. Nous sommes les garants auprès de l’État et de cette valorisation de l’artisanat dans les territoires.

AJ : Que retenez-vous du mandat de votre prédécesseure, Élisabeth Détry ?

F.B. : Je remercie Élisabeth Détry d’avoir initié, creusé le sillon de cette nouvelle CMA Île-de-France. Sans elle, nous n’aurions pas, aujourd’hui, une Chambre en état de marche, fonctionnelle, et qui aborde avec sérénité les modifications et les changements futurs qui se profilent. Je continuerai dans la droite ligne qu’elle a mise en place avec le secrétaire général et les chambres départementales. J’espère et je souhaite porter le message suivant : que la chambre régionale ainsi que les chambres départementales soient les maisons de tous les artisans et qu’une proximité de plus en plus grande se développe sur tous nos territoires franciliens, premier poumon économique de France. J’aimerais qu’on puisse dire que la CMA est présente dans tous les territoires franciliens, physiquement, par des partenariats avec les mairies, les conseils généraux, ou autres établissements publics, mais également numériquement. Nous avons cette transition à faire pour des services qui vont se densifier.

AJ : Comment envisagez-vous la transition numérique pour l’artisanat ?

F.B . : On vend différemment grâce au numérique. Nous avons accès, par le web, à la planète entière. On doit montrer aux futurs clients ou partenaires que nous avons, en Île-de-France, des trésors et des choses merveilleuses faites par nos artisans. De la baguette de pain aux pièces de joailleries, d’importantes innovations technologiques émanent de nos artisans. Le dynamisme de nos entrepreneurs est extraordinaire. Souvent, c’est par là que les fleurons de l’économie française commencent.

AJ : Quels sont les autres enjeux de l’artisanat francilien ?

F.B. : Nous devons rayonner. Nous avons une excellence, des pépites, des formations souvent très pointues dans nos centres de formation et d’apprentissage. Je pensais récemment à la Guadeloupe et je me faisais la réflexion : est-ce qu’on ne peut pas travailler avec ces régions-là ? Il y a une nécessité d’ouvrir des fenêtres et des portes. Il y a de beaux parcours professionnels, mais il n’y a pas forcément de formations proposées : est-ce qu’on ne peut pas imaginer une transversalité entre différents territoires ?

AJ : Cette ouverture est-elle aussi envisageable à d’autres échelles ?

F.B. : Tout à fait. Nos apprentis ont besoin d’aller « courir le monde ». L’Europe est là. J’ai envie de mettre cela en place. Je rêve d’un Erasmus de l’apprentissage afin d’envoyer de jeunes apprentis découvrir de nouvelles entreprises et façons de voir l’apprentissage. Cela me paraît fondamental.

AJ : Une nouvelle école internationale des Artisans de Paris a d’ailleurs ouvert en septembre dernier.

F.B. : J’espère pouvoir continuer à travailler avec Pascal Barillon, ancien président de la Chambre de Paris. Il faut accentuer ce magnifique projet qui en est à ses débuts et lui donner sa dimension internationale.

AJ : Que souhaitez-vous transmettre aux futurs artisans ?

F.B. : L’apprentissage et la formation sont l’un des cœurs de métier de nos chambres. Mais un certain nombre de jeunes attirés par des métiers « gestuels » plutôt « bons élèves » ne sont pas orientés vers l’artisanat. Je trouve cela dommage parce que les métiers de l’artisanat sont la réunion totale de l’esprit, du cerveau et du reste du corps. L’adéquation découlant de ces métiers peut permettre à un homme ou une femme de magnifiquement s’accomplir et le nombre très important de reconversions l’atteste. C’est pour cette revalorisation des métiers de l’artisanat que je milite. C’est mon parcours. J’avais besoin de retrouver la transformation, la matière lorsque j’étais dans la banque. Je peux vous assurer que ce n’est pas évident de transformer la matière. C’est un combat. Ce sont des gestes répétés des centaines de fois pour finalement arriver au bon. Pour faire du très beau. Quand vous voyez une belle baguette, c’est beau. Ce beau fait du bien.

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