Seine-Saint-Denis (93)

Grand Paris : les entrepreneuses mises à l’honneur

Publié le 28/09/2021 - mis à jour le 28/09/2021 à 10H38

Premier du nom, le prix du Cercle des femmes du Grand Paris, a récompensé, vendredi 10 septembre à Épinay-sur-Seine, quatre entrepreneuses franciliennes fondatrices ou cofondatrices de projets en lien avec les quartiers prioritaires de la ville. Parmi elles, Joséphine de Leusse, cofondatrice de m-work, une jeune start-up qui propose aux entreprises d’organiser le télétravail, en mesurant notamment son impact et en garantissant aux salariés les meilleures conditions de travail. La jeune entrepreneuse se dit « heureuse » et « fière » de représenter son département, la Seine-Saint-Denis.

Actu-juridique : Que représente ce prix pour vous ?

Joséphine de Leusse : Nous sommes très heureux d’avoir reçu ce prix. Cela signifie beaucoup pour nous en tant que jeune start-up, c’est une reconnaissance de notre travail et un encouragement pour le développement de l’entreprise. Ce prix nous a permis de rencontrer, depuis plusieurs semaines déjà, des personnes influentes de la métropole du Grand Paris ainsi que des entrepreneuses aguerries. En tant qu’entreprise de Seine-Saint-Denis c’est une fierté pour nous de représenter positivement notre territoire.

AJ : Le prix vous permet d’accéder à un accompagnement spécialisé. De quoi s’agit-il précisément ?

J.d.L. : Cet accompagnement a débuté en mai dernier. Les partenaires du prix que sont Willa et le Cercle des Femmes du Grand Paris nous aident notamment à booster notre projet et nous font bénéficier d’un réseau stratégique. Nous avons reçu des conseils d’experts sur les thématiques clés de l’entrepreneuriat et d’une mise en relation avec des acteurs de marché pertinents. Pour une jeune entreprise comme la nôtre, c’est une chance incroyable.

AJ : Quel est votre parcours professionnel et celui de m-work, votre entreprise ?

J.d.L. : Après mon baccalauréat, j’ai effectué une double licence entre l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et Sciences Po Paris en mathématiques appliquées et sciences sociales. Ensuite, j’ai étudié l’innovation, la finance et la stratégie entre Sciences Po Paris et Télécom Paris. Durant mes années d’études j’ai cumulé les expériences en entreprise, notamment en data analysis. J’ai travaillé par la suite deux ans au sein de Raise France, un fonds d’investissement à impact environnemental et social. C’est lors de cette expérience professionnelle que j’ai rencontré mon associé, Edouard Bouyala, avec qui j’ai fondé m-work.

Durant les confinements, nous nous sommes rendus compte que l’ensemble des salariés ne bénéficiaient pas des mêmes conditions pour télétravailler, qu’il y avait des inégalités patentes à ce sujet. Mais aussi que le télétravail était une chance pour diminuer l’impact environnemental des trajets domicile-travail, ou encore pour recréer du lien social dans des territoires, notamment des quartiers résidentiels. Nous avons donc cherché à combiner toutes ces problématiques pour offrir un panel d’outils à même d’y répondre, et nous avons créé avec Edouard m-work en mars 2021.

Avec notre start-up, nous accompagnons les entreprises dans l’organisation du travail à distance, avec notamment un outil de planification très simple d’utilisation et qui permet un gain de temps très précieux, mais aussi des moyens pour suivre et mesurer l’impact du télétravail sur la santé mentale des salariés et pour l’environnement. Ou encore des informations concernant la disponibilité pour les salariés d’espaces de travail à proximité de leurs domiciles. Nous savons notamment qu’une partie des collaborateurs des entreprises ne peuvent pas s’isoler chez eux pour travailler ou qu’ils n’ont pas accès à tous les équipements nécessaires pour le faire efficacement. Notre réseau de partenaires d’espaces de travail permet de pallier ces difficultés.

AJ : Quels sont les services et solutions que vous proposez concrètement pour le suivi et l’impact du travail à distance ?

J.d.L. : Notre but est de permettre aux entreprises de suivre précisément l’impact du télétravail, que ce soit sur l’environnement, avec la réduction notamment des trajets entre le domicile et le travail, soit 1h28 en moyenne par jour, ou la consommation énergétique des bureaux. Mais également pour la santé psychique des collaborateurs car le télétravail peut créer un fort sentiment d’isolement. m-work se propose d’être un tiers de confiance entre l’entreprise et le salarié avec l’aide notamment à la détection de risques psychosociaux ou une expertise de notre partenaire en santé mentale. D’après une étude d’Odoxa parue l’an dernier, 44 % des personnes en 100 % télétravail présentent des symptômes de détresse psychologique.

AJ : D’après vous, le télétravail va s’installer durablement dans le monde professionnel ? Les effets négatifs évoqués ne risquent-ils pas à long terme d’encourager un retour plus important en présentiel ?

J.d.L. : Des discussions et des échanges que l’on a avec nos clients, il est évident que le télétravail va s’imposer dans la durée. Pour beaucoup d’entre eux c’était à peine un sujet avant la crise sanitaire, aujourd’hui celui-ci est devenu incontournable. Pour les entreprises qui peuvent l’appliquer, du fait de leur activité, il paraît difficile, il me semble, de ne permettre aucun travail à distance. Le télétravail présente de nombreux avantages, pour l’environnement nous le disions, mais aussi pour les salariés qui peuvent ainsi combiner plus facilement leur vie professionnelle et leur vie personnelle, et qui par conséquent sont aussi plus épanouis dans leur activité. De plus, les outils digitaux se sont améliorés et ont désormais fait leurs preuves.

Plus globalement, chez m-work, nous croyons davantage à un modèle « hybride ». Nous ne pensons pas que le 100 % télétravail soit quelque chose de viable, du moins pour tous. Il y a un besoin de rencontre et de travail en commun aussi bien pour les salariés que pour les employeurs. Le rôle du « bureau » est donc amené à évoluer. Il doit être un point de collaboration et non un lieu de déplacement obligatoire pour des tâches individuelles qui peuvent être faites aussi efficacement à distance. La solution finalement se trouvera dans la capacité des entreprises et des salariés à faire preuve de flexibilité dans leur organisation. Comme je l’évoquais, tout le monde ne peut pas travailler chez soi, par exemple. Il faut donc trouver des moyens pour réduire aussi ces inégalités. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de m-work : mieux structurer le télétravail pour tous et diffuser les bonnes pratiques.

AJ : Le prix du Cercle des Femmes du Grand Paris vise à récompenser des entrepreneuses qui agissent dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Ce sont des sujets qui vous préoccupent également ?

J.d.L. : Oui, énormément. Nous discutons très souvent avec les différents acteurs locaux de la Seine-Saint-Denis pour démontrer notamment que ce territoire est riche d’entrepreneurs et entrepreneuses, et d’initiatives intéressantes. C’est un sujet qui nous tient à cœur avec mon associé. Concernant plus précisément la place des femmes dans l’entreprenariat, les difficultés sont connues de tous aujourd’hui, il y en a trop peu qui osent se lancer, notamment dans la tech. Ce prix est donc le bienvenue il me semble, il est très inspirant notamment puisqu’il est porté par des femmes qui ont réussi et qui peuvent servir d’exemple. La notion de « modèle » est essentielle d’après moi. Il faut que les femmes comprennent que c’est possible de réussir, en se lançant seule ou à plusieurs, et qu’elles ne doivent pas se freiner elles-mêmes ou s’arrêter à quelques refus ou difficultés.

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