« L’acheminement des marchandises est un enjeu crucial pour le e-commerce en IDF »

Publié le 13/05/2016

Selon une récente étude du Centre régional d’observation du commerce de l’industrie et des services, l’Ile-de-France est un terrain propice au développement du e-commerce. Pour maintenir le cap, la région aux 8 millions de cybers-acheteurs doit combattre son éternel problème d’engorgement quotidien des axes routiers qui freine l’acheminent des colis. Chargé de mission au CROCIS, Julien Tuillier revient sur les chiffres de cette étude et les pistes d’évolution pour fluidifier le transport des colis en Ile-de-France.

Les Petites Affiches – Pourquoi le secteur du e-commerce, qui progresse de 10 % cette année1, tire-t-il son épingle du jeu ?

Julien Tuillier – Aujourd’hui 65 % des Français achètent sur internet et de manière de plus en plus fréquente2. Internet offre à la fois du choix, des prix imbattables et la facilité d’acheter sans se déplacer. Les Français sont de plus en plus connectés, notamment via leur tablette numérique et leur smartphone qui représentent aujourd’hui plus de 10 % du marché total du e-commerce. La dynamique d’achat via le e-commerce est fulgurante : hausse des ventes de 39 % en 1 an, ce qui représente 6 milliards d’euros en 2015.

LPA – En quoi l’Ile-de-France joue-t-elle un rôle important dans le développement du e-commerce ?

J.T. – La région francilienne contient une part importante de « profil type » du e-consommateurs (8 millions en IDF). Bien que tout le monde soit concerné par les achats sur internet, les jeunes continuent d’être majoritaires (90 % d’entre eux consomment en ligne), or 20 % des Français âgés entre 18 et 34 ans habitent en IDF. L’achat sur le web est également fonction du niveau de revenu du consommateur, quel que soit son âge. Plus de 70 % des cadres et des professions intellectuelles supérieures, dont 36 % habitent la région francilienne, déclarent avoir consommé en ligne au cours de l’année écoulée, contre 30 à 60 % pour les autres catégories. Sans oublier que la région regroupe 25 % de l’effectif des salariés français et que ces derniers sont payés en moyenne 26 % plus élevé qu’ailleurs en France.

LPA – L’encombrement des routes d’IDF n’est donc pas une contrainte rédhibitoire pour le e-commerce ?

J.T. – Les contraintes liées au e-commerce se multiplient (accroissement du nombre de transactions, augmentation du volume de colis, zones géographique de livraison de plus en plus vaste) et contribuent à complexifier la logistique et l’organisation urbaine francilienne. Actuellement, la moitié des clients optent pour une livraison à domicile (48 %) l’autre en points relais (45 %) et seuls 6 % d’entre eux choisissent de venir récupérer leur colis en boutique (click and collect). L’avantage du e-commerce est que le client n’a pas ou peu à se déplacer, c’est pourquoi l’acheminement des marchandises et des moyens utilisés pour y parvenir est un enjeu crucial en IDF. Une logistique maîtrisée est l’une des clés de la réussite d’un e-commerce.

LPA – Quelles sont les pistes d’amélioration pour fluidifier le réseau francilien ?

J.T. – Placées dans les lieux de passage, notamment les gares du réseau francilien, les consignes numériques pourraient répondre aux besoins de proximité des consommateurs (retrait des colis à la fin de la journée de travail par exemple) et permettraient surtout de regrouper les livraisons dans un endroit unique. Cette solution existe déjà dans certaines stations de RER, à Nogent-le-Perreux par exemple sur la ligne E du RER. Le Grand Paris Express qui prévoit de créer 68 gares supplémentaires, réparties sur l’ensemble de la région, constitue autant d’opportunités de mettre à disposition des usagers, et donc des clients potentiels, des lieux de retrait de marchandises.

Le développement des « hôtels logistiques » pourrait également simplifier les contraintes du « dernier kilomètre ». L’initiative de la Sogaris, qui a aménagé 42 000 mètres carrés d’emprise ferroviaire en base fret durable dans le XVIIIe arrondissement de Paris, mérite d’être pris en exemple.

Enfin, le colis-voiturage, mode de livraison collaboratif, est aussi une solution envisagée par 15 % des sites.

LPA – Le commerce traditionnel a-t-il encore de l’avenir en IDF ?

J.T. – Oui, bien que certains secteurs souffrent plus que d’autres de la concurrence d’internet. C’est le cas du secteur culture/loisirs et de celui de l’habitat dont le nombre d’enseigne physique a baissé respectivement de 12 % et 21 % en dix ans dans la métropole. À l’inverse, les agences de voyages ont connu une hausse de plus de 11 % alors qu’elles constituent l’une des demandes les plus fortes sur internet.

Aujourd’hui, tout est imbriqué. Il ne faut pas opposer commerce et e-commerce alors qu’ils se complètent. Le client veut vivre une expérience globale, et cela se renforce, avec l’ouverture des points de vente physique par certains pure players (LDLC, Spartoo, etc.). L’an passé 68 % des clients en magasin se sont d’abord renseignés sur internet avant de concrétiser leur achat, et 41 % se sont déplacés en boutiques avant d’acheter en ligne. Le commerce électronique n’est pas une menace pour le commerce de proximité mais plutôt un canal de vente complémentaire.

En 2013, un commerçant francilien sur deux déclarait disposer d’un site web permettant de commercialiser ses produits, 73 % utilisaient internet dans le cadre de leur activité. Ce taux atteignait même 88 % dans les commerces de 10 à 49 salariés (selon une étude de la CCIR IDF).

Notes de bas de pages

  • 1.
    Chiffres issus du Bilan 2015 du e-commerce en France réalisé par la FEVAD (fédération e-commerce et vente à distance).
  • 2.
    Chiffre issu comme les suivants de l’étude réalisée par la CCI Paris IDF sur 1 000 commerces en Ile-de-France.

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Référence : LPA 13 Mai. 2016, n° 115b2, p.4

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